Catalogne – l’illusion de l’indépendance

Les séparatistes catalans espagnols tentent de mettre la pression pour obtenir une indépendance de l’Espagne. Il s’agit presque d’un hold-up, d’une part parce que les indépendantistes n’ont pas la majorité au parlement de Catalogne : ils ont obtenu 47,8% en 2015. D’autre part, le référendum organisé le 1er octobre dernier est illégal – il a été suspendu par le Tribunal constitutionnel – et il s’est déroulé dans des conditions non sereines avec des bureaux improvisés. Enfin, les motifs ne sont pas forcément nobles. Pour de nombreux Catalans, ce séparatisme trouve sa source dans le refus de partager ses bons résultats économiques avec les régions les plus pauvres (on retrouve la même chose en Flandre belge ou en Italie du Nord).

C’est vrai, les forces de police ont usé d’une violence disproportionnée pour faire échouer le référendum. C’est vrai, l’état espagnol fera probablement tout, même de manière illégale (voir au Québec avec l’affaire Claude Morin/GRC et le scandale des commandites), pour bloquer l’indépendance. La Catalogne est une ancienne région européenne qui a son histoire et ses traditions. Même si elle n’a jamais été indépendante (la principauté de Catalogne du Moyen-Âge dépendait du royaume d’Aragon), c’est authentiquement une nation. Je suis également en faveur du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ou droit à l’autodétermination. Ce n’est pas pour cela qu’il est pertinent d’exercer ce droit.

L’indépendance d’une région comme la Catalogne est purement théorique : elle pourrait avoir un siège à l’ONU, un hymne, un drapeau, figurer sur les cartes. Elle aurait les symboles et la fierté, mais d’indépendance, que nenni. Bien peu d’états aujourd’hui peuvent se targuer d’être relativement indépendants. La Catalogne sera t-elle indépendante économiquement, dans une économie mondialisée où il faut se battre avec les États-Unis d’Amérique, la Chine, l’Inde, le Brésil ? Comment fera t-elle pour conserver son économie catalane, alors que probablement beaucoup de sièges sociaux seront transférés de Barcelone vers Madrid ou d’autres capitales européennes (cela a déjà commencé) ? La Catalogne pèsera t-elle diplomatiquement sur la scène internationale, elle qui ne sera probablement pas membre de l’Union Européenne (l’Espagne pourrait mettre son veto, tout comme d’autres états ayant peur du Brexit) ? Comment saura t-elle se défendre militairement face à la Corée du Nord ou la Russie ? En réalité, le jour où la Catalogne prend son indépendance de l’Espagne, ce sera pour s’enchaîner immédiatement à une ou plusieurs autres grandes puissances qui lui dicteront la conduite à tenir sur les grands dossiers.

Se séparer pour se rattacher à un autre état pourrait avoir du sens. En revanche, en prenant son indépendance de l’Espagne, la Catalogne s’affaiblira elle-même et affaiblira l’Espagne en même temps. Deux perdants.

La France n’est pas responsable du Vél d’Hiv

Emmanuel Macron a déclaré, lors d’une cérémonie en présence du premier ministre israélien, que « c’est bien la France qui organisa » la rafle du Vél d’Hiv en juillet 1942 et la déportation de milliers de juifs. C’était Jacques Chirac, qui, le premier, avait affirmé la responsabilité de la France en juillet 1995. Évidemment, la déclaration de ces deux présidents a des visées électoralistes et diplomatiques. On sait aussi qu’Emmanuel Macron est plus à l’aise en économie qu’en histoire-géographie : on se souvient de sa sortie sur le fait qu’« il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse» en février ; du fait que la Guyane est pour lui une île en mars et que dans son livre Révolution, publié en novembre 2016, il place « Villeurbanne en région lilloise ».

Cependant, cette attribution du Vél d’Hiv à la France est une stupidité d’un point de vue historique. Il ne s’agit pas d’occulter des moments peu glorieux ou de se donner bonne conscience, ni de nier la responsabilité du gouvernement de Pétain, mais de remettre les événements dans leur contexte. Vichy est géographiquement à 50 kilomètres environ de la zone occupée par l’Allemagne nazie, le gouvernement de Pétain en 1942 n’a pas de réelle armée ou pouvoir géopolitique. Le gouvernement de Vichy travaille étroitement avec Berlin. On ne peut pas dire non plus que les Français, sauf peut-être à Vichy même, étaient tous derrière leur gouvernement. Il y a bien entendu tous les Français qui ont caché des Juifs, qui étaient dans la Résistance ou qui étaient simplement hostile au maréchal. Précison aussi que parmi les partisans du maréchal, on trouve à l’époque beaucoup de gens attachés aux traditions et au catholicisme, sans pour autant être en accord avec le volet extrême-droite. Inutile de le préciser, la majorité des Français de l’époque n’étaient ni collaborateurs, ni résistants, ils essayaient de survivre dans la guerre. Le gouvernement de l’époque, installé dans le Massif central, n’était ni légitime, ni souverain, c’était une marionnette de l’Allemagne nazie. Il participait même à l’effort de guerre allemand ! La France n’avait à peine plus de marge de manœuvre que l’Autriche ou la République tchèque. Laval était probablement heureux de collaborer, mais s’il avait exposé ses ambitions au grand jour au vote des Français en 1939 ou en 1945, il n’aurait pas été élu. Enfin, précisons qu’en Allemagne comme en France, la population n’avait pas une connaissance claire des exactions commises par le pouvoir (beaucoup ont découvert les camps de concentration en 1945).

On ne peut parler de responsabilité et de pouvoir que quand l’état est souverain. Ainsi en Syrie, on ne peut pas tenir Bachar El-Assad responsable des exactions qui se passent dans la zone qu’il ne contrôle pas. Daech, ce n’est pas la Syrie, même si une partie est géographiquement en Syrie. Le Vél d’Hiv, ce n’est pas la France.

Présidentielle 2017 : François Asselineau

François Asselineau est un ancien haut fonctionnaire français. Diplômé d’HEC et de l’ENA, il parle japonais. Proche de Charles Pasqua, il rejoint le parti de ce dernier, le Rassemblement pour la France, en 1999. En 2004, il rejoint l’Union pour un mouvement populaire de Nicolas Sarkozy. En 2007, il fonde son parti Union populaire républicaine (UPR). Après avoir échouhé à se présenter à la présidentielle de 2012, il s’est préparé pendant 5 ans pour avoir les signatures nécessaires pour 2017.

Très technocrate et incollable sur les traités européens et la constitution française, François Asselineau aborde essentiellement un seul sujet : l’indépendance de la France. Il désire la sortie de la France de la zone euro, de l’Union européenne et de l’OTAN. Il ne veut rien renégocier mais sortir immédiatement de l’Union européenne, à la britannique. Pour lui, la construction européenne est la cause principale des problèmes des Français. Il s’oppose aussi au poids des banques sur la politique française. En terme de géopolitique, il est pour renouer le dialogue avec la Russie, rompre l’alignement avec le Qatar et l’Arabie Saoudite. Il veut porter le budget de la défense à 3% du PIB (actuellement il est à 1,77%). Enfin, son programme contient des réformes administratives techniques, dont la volonté d’établir une nouvelle constitution soumise à un référendum. Ses mesures sont souvent le plus souvent teintées de gaullisme et de souverainisme. Au sujet des nouvelles technologies, François Asselineau veut favoriser les logiciels libres, garantir l’anonymat sur Internet, protéger les lanceurs d’alerte et établir la neutralité du réseau. François Asselineau veut aussi “lancer une grande politique publique de médecines douces et alternatives, encadrée par des expertises médicales incontestables”, ce qui est particulièrement paradoxal – car le terme “médecine douce” s’oppose à la médecine normale, et c’est cette médecine, non douce, qui est une science encadrée par des expertises.

S’il est souverainiste, on peut lui savoir gré de ne jamais tomber dans le racisme primaire et de s’opposer clairement à la diabolisation des immigrés et des musulmans, comme peut le faire parfois le Front national, tout comme Nicolas Dupont-Aignan ou François Fillon. Ainsi, son programme énonce : Refuser la stigmatisation insidieuse des Français d’origine arabe ou de confession musulmane comme la stigmatisation de tout Français en vertu de ses origines sociales ou ethniques ou bien de ses convictions politiques ou religieuses. Dénoncer la théorie du « choc des civilisations » comme une théorie fausse et nocive et prendre des mesures, notamment éducatives, pour convier les peuples à la « concorde des civilisations ».

Bref, François Asselineau est issu de la tradition de la droite gaulliste, il est farouchement souverainiste et pour un Frexit immédiat. On lui voit une certaine proxmité avec Nicolas Dupont-Aignan. On notera aussi que son proramme est léger. Souvent comparé à l’extrême-droite et Marine Le Pen par les médias, son programme est bien différent : Marine Le Pen est notamment plus floue au sujet d’une éventuelle sortie de l’Union européenne, elle est pour une politique plus sociale et elle est partisane des théories du choc des civilisations et du grand remplacement.