Présidentielles : Les mauvaises propositions

J’ai relevé, pour chaque candidat, une ou deux propositions dans son programme qui me paraissent mauvaises, insolites, divertissantes, stupides ou démagogiques. Inutile de préciser que cette liste n’est pas exhaustive, il existe encore beaucoup de propositions étranges ou choquantes dans chaque programme.

Bayrou

– Opposition au mariage et à l’adoption des couples homosexuels

Besancenot

– Vote d’une loi interdisant les licenciements
– Reconnaissance du droit de vote et d’éligibilité à toutes les élections pour les étrangers

Bové

– Embauches massives dans la fonction publique

Buffet

– Interdiction des saisies et des expulsions
– Triplement de l’ISF pour les patrimoines supérieurs à 1,2 millions d’euros

Laguiller

– Baisse de la taxe sur les carburants
– Pas de programme du tout pour sur plein de sujets (exemple: Nouvelles technologies de l’information et de la communication)

Le Pen

– Instauration de la préférence nationale
– Rétablissement de frontières internes à l’Union Européenne

Nihous

– Combattre la politique environnementale des Verts
– Pas de programme du tout pour beaucoup de sujets (ex: défense, politique étrangère)

Royal

– Scolarisation obligatoire à 3 ans

Sarkozy

– Instauration de l’immigration choisie
– Réformes des lois sur la laïcité : l’état pourra participer à la formation et au financement des cultes

Schivardi

– Sortie de l’Union Européenne

De Villiers

– Libéralisation de l’âge de la retraite et abrogation des 35 heures
– Instauration de l’uniforme à l’école

Voynet

– Régularisation de tous les sans-papiers

France 2007 : Les 4 suivants

Analyse des candidats à la présidentielle en France : Laguillier, Le Pen, Nihous, Royal.

Arlette Laguiller, Lutte Ouvrière (LO)

Elle a des propos parfois sensés et semble sincère dans son engagement pour défendre les « travailleurs ». Cependant, on a l’impression qu’elle veut diviser la société en montant les patrons contre les employés, les riches contre les pauvres, etc. ce qui frise parfois le racisme anti-riches primaire. Elle semble n’avoir aucune idée concernant plusieurs domaines, par exemple la culture ou les nouvelles technologies. Son discours n’est pas très neuf, je suis prêt à parier que son parti disparaîtra dès qu’elle quittera la vie politique.

Jean-Marie Le Pen, Front National (FN)

Rien de nouveau. Le Pen se pose en victime et en alternative aux grands partis. Il profite des problèmes sociaux pour mettre en avant ses thèses d’extrême-droite xénophobe. Il essaie de s’adoucir un peu pour séduire les grands-mères et les braves gens qui ont peur. Il essaie de brouiller les pistes et de se poser en défenseurs des « minorités » (même immigrées).

Frédéric Nihous, Chasse Pêche Nature Tradition (CPNT)

Chasse, pêche, nature, tradition. C’est un peu sectaire : si on est pas chasseur ou pêcheur, ce parti n’est pas pour nous. Si on cherche à élargir, ce parti sent un peu la vieille droite conservatrice. C’est un peu bizarre pour une élection où on va élire un président de tous les Français. Pourquoi pas un parti tir-à-l’arc, bowling, montagne, révolution?

Ségolène Royal, Parti Socialiste (PS)

Royal mise sur sa qualité de femme et prône la nouveauté. Elle a un programme avec pas mal d’idées. Par contre, elle a montré en campagne beaucoup d’inexpérience et dit fréquemment des énormes aneries. Elle se présente comme nouvelle et comme rompant avec le passé, pourtant elle est depuis très longtemps dans le paysage du PS et a occupé plusieurs postes importants dans des gouvernements de gauche, sans oublier que c’est une énarque. Elle représente plutôt la branche droite du PS et a soutenue activement le TCE, même après l’échec du référendum.

Bye Bayrou

Bayrou. On ne parle que de lui pour les présidentielles. Il serait très haut placé dans les « fameux sondages » qui ne sont, rappelons-le, que des statistiques et donc pas neutres. Il battrait Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal au second tour des élections. Bon, ça, ce n’est pas dur : on ne parle que de ces deux derniers depuis un an, ils énervent tout le monde et comme dirait l’autre : « Ségolas Sarkolène, un seul candidat, un seul programme » (ce qui n’est quand même pas tout à fait vrai). On a donc un nouveau venu dans le débat. François Bayrou. Mais qui est-il, au juste ?

Je l’ai rencontré en vrai la première fois aux Rencontres Mondiales du Logiciel Llibre à Nancy en juillet 2006. Il venait pour parler de son engagement contre la loi DADVSI et pour les logiciels libres. De tous les politiciens présents, c’était le seul qui semblait s’intéresser davantage à recruter des électeurs et à faire sa publicité qu’à s’intéresser vraiment au sujet. Pour sa défense, on notera tout de même que les autres n’étaient pas candidats potentiels à la présidentielle, même si c’était des élus. Une autre chose qui m’a profondément déplu, c’est qu’il serrait des mains sans même regarder ou écouter la personne à qui appartenait la patte. Un pur comportement politicien. Ce n’était pas les cas de Michel Rocard (député européen PS), Richard Cazenave (député UMP) ou Martine Billard (députée Verts) également présents. On rappelera qu’il y a encore 2 ans, il était favorable aux brevets logiciels en Union Européenne, qui menacent directement les ligiciels libres. En outre, son parti et lui-même refusent toujours de s’exprimer sur ce sujet. Bref, tout cela n’est pas très cohérent.

Regardons plutôt son histoire politique. Il a commencé sa carrière politique en 1982, il est d’abord conseiller général, puis quatre ans plus tard député UDF des Pyrénées-Atlantiques. Situons l’UDF dans l’échéquier politique : c’est un parti de centre droit fondé en 1978 pour servir Valéry Giscard d’Estaing. La majorité des membres de l’UDF sont proches du RPR devenu UMP et nombreux ont quitté l’UDF pour rejoindre l’UMP ces dernières années. Depuis 2002, l’UDF fait alliance avec l’UMP à l’Assemblée Nationale et a participé au gouvernement de Raffarin et de celui de de Villepin. Ce n’est que depuis 2006 que l’UDF tient ses distances avec l’UMP. On notera pour l’anecdote que Pierre-Christophe Baguet, député UDF, est exclu du groupe UDF de l’Assemblée nationale en octobre 2006 après avoir déclaré son soutien dès le premier tour de la présidentielle à Nicolas Sarkozy; cependant, ses collègues conseillers généraux lui renouvellent leur confiance en le confirmant comme président du groupe UDF du Conseil général des Hauts-de-Seine (92). Au final, on n’est pas vraiment sûr si l’UDF est au centre, mais en tous cas, il est à droite.

Revenons à notre ami Bayrou. En 1993, il est nommé ministre de l’Éducation nationale dans le gouvernement de cohabitation d’Édouard Balladur. Lors de l’élection présidentielle de 1995, il soutient, de même que Nicolas Sarkozy, le candidat Balladur (RPR). François Bayrou est un catholique pratiquant et il crèche pour sa paroisse. Resté ministre sous Alain Juppé, il veut à tout prix intégrer au budget de l’État les investissements et la construction des établissements d’enseignement confessionnel, et intégrer à l’Éducation nationale les enseignants du privé. Il n’y parvient pas à cause du «tollé» que cela provoque dans l’opinion publique favorable à l’école publique laïque. En 2002, il se présente comme candidat de l’UDF à l’élection présidentielle; plusieurs leaders de l’UDF appellent à voter pour Jacques Chirac dès le premier tour, mais il arrive à obtenir 6,84% des voix au premier tour. En 2005, il soutient activement le Traité Constitutionnel Européen libéral, comme Sarkozy et Royal. Maintenant, il est candidat à la présidentielle de 2007.

Quelle est sa stratégie ? Bayrou joue à fond, et ça marche, la carte du centriste. Puisque depuis un an on oppose la gauche Royale et la droite Sarkozy, il se déclare, « ni de droite, ni de gauche ». Puisqu’il est acquis que son parti est ancré à droite, il déclare qu’il pourrait nommer, s’il était élu, un premier ministre socialiste. Puisque l’UMP et Sarkozy subissent les foudres des gens qui n’aiment pas la politique des gouvernements UMP depuis 2002, il déclare qu’il est désormais dans l’opposition. Puisque c’est à la mode, il signe le pacte écologique de Nicolas Hulot. Bref, Bayrou a l’air d’un type bien sympathique, à qui on ne peut rien reprocher, puisqu’il n’a pas vraiment d’étiquette politique claire. C’est un peu comme si un joueur de foot déclarait à ses collègues lors d’un match OM-PSG : « je ne suis ni de l’OM, ni du PSG, passez moi le ballon, vous verrez bien dans quel but je vais tirer ». Ouais. C’est une tactique politique habile. Mais bon, le coup du mec de droite qui veut faire croire qu’il est de gauche (ou l’inverse), ça a déjà été fait.

Ce n’est pas la meilleure

On le sait désormais, c’est Ségolène Royale qui sera candidate du Parti Socialiste pour la campagne présidentielle de 2007. Ce n’est en fait pas vraiment surprenant, d’autant que les médias tentent de nous persuader depuis des mois qu’il n’y aura que deux candidats, un peu comme on nous a vendu le « oui » au TCE en 2005 ou le deuxième tour Chirac-Jospin en 2002. Méfiance, donc. En tous cas, Ségolène Royale a gagné un round.

Ce n’est pas une catastrophe. Les militants avaient le choix entre trois « éléphants » du parti. C’est sympathique que ce soit une femme, plutôt jeune, qui en sorte. Elle a un certain charisme et un bon impact médiatique, elle présente bien, a priori, c’était le candidat du parti socialiste qui avait le plus de chance de faire un score correct en 2007. Et puis, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, elle est surement meilleure que le petit roquet de l’hôtel de Beauvau. Meilleure aussi que François Bayrou, l’opportuniste qui veut faire croire qu’il est dans l’opposition; j’ai eu l’occasion de le voir parler des logiciels libres aux Rencontres Mondiales des Logiciels Libres, il avait un discours très « campagne électorale » et a omis de souligner pourquoi il était en faveur des brevets logiciels quelques années plus tôt…

Ce n’est pas une catastrophe, mais ce n’est pas génial non plus. J’aurais aimé avoir le choix pour un vrai parti de gauche pour les élections. J’ai peur qu’on ait le choix entre un Parti Socialiste avec un programme pas très courageux et un peu centriste, des Verts qui sont sympas mais qui restent des socialistes qui aiment l’écologie (les deux soutenaient le « TCE ») et des partis d’extrême-gauche qui ont tendance à faire du racisme « anti-riche » et « anti-patron ».

Ce qu’il faudrait, c’est un parti de gauche, mais vraiment de gauche. Avec en priorité, l’éducation, la santé. Avec des consultations populaires. Avec l’arrêt des privatisations et le maintien d’un service public bien organisé et efficace. Avec des aides pour les entreprises. Avec une économie de marché, mais contrôlée : par exemple que les salariés aient droit à une part du gâteau quand leur boîte fait des bénéfices. Avec l’arrêt des politiques sécuritaires et une place plus grande à la prévention plutôt que la répression. Avec également quelques idées pour l’immigration. Oui, tout ça est un brin démago, mais je suis sûr que c’est faisable.

Bon, on aura peut-être pas un chouette parti et un(e) chouette candidat(e). Pour le plus grand parti de gauche, ce sera Ségolène Royale. On verra maintenant qui seront les autres, et qui atteindra le second tour.

À vos marques, prêts, zidentielle

Celaa fait un moment que notre cher ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a annoncé son ambition présidentielle. Maintenant que nous sommes à un an de la grande élection française, tous les politiciens ambitieux se lancent dans la course, avec un lot de propositions fantasques!

Ségolène Royal, la candidate favorite du Parti Socialiste, a récemment déclaré lors de sa campagne en Seine-Saint-Denis vouloir confier les jeunes délinquants à un encadrement militaire. Il est vrai que la droite ne doit pas avoir le monopole de la sécurité et que la gauche doit aborder ce thème. Cependant, pour une candidate socialiste (donc à priori plutôt au centre qu’à droite), on aurait préféré qu’elle mette l’accent sur « plus de social » pour lutter contre la délinquance et contre l’aggravation de la situation dans les banlieues. La répression, on ne fait que ça depuis des années ! De la part de Madame Royal, j’aurais plutôt aimé entendre qu’elle désire développer les postes d’éducateurs, d’assistante sociale et de professeurs, améliorer le soutien scolaire, la prise en main des plus jeunes etc. Tant pis. On peut toutefois se demander si une fois de plus, le Parti socialiste cherche à plaire aux électeurs de droite, comme à l’époque de Lionel Jospin qui scandait que son programme n’était pas socialiste.

Cette (possible) stratégie de Ségolène Royal de plaire aux électeurs de droite n’est pas nécessairement une bonne idée. On peut penser que ces derniers préféreront voter directement pour Nicolas Sarkozy plutôt que pour un de ses ersatzs. Mais bon, il reste encore un an de campagne. Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy pioche sur les plates-bandes de l’extrême droite avec sa réforme sur le Code de l’Entrée et du Séjour des Étrangers et du Droit d’Asile (CESEDA) en proposant une immigration choisie, en limitant radicalement le regroupement familial et en supprimant la délivrance automatique d’une carte de séjour aux étrangers en situation irrégulière qui sont sur le sol français depuis dix ans. À droite toute? Pendant ce temps, celui que Cabu appelle « le grand blond avec une chemise noire », c’est à dire Jean-Marie Le Pen, ne dit rien. J’imagine qu’il va rentrer dans la campagne le plus tard possible, pour nous dire que tous les autres politiciens sont des corrompus qui ne pensent qu’à se chamailler et que tout est de la faute des Arabes.

Toute cette campagne ne serait pas amusante s’il n’y avait pas la grande dispute traditionnelle des Verts. Après les luttes de candidats à la candidature, et les nominations de candidats finalement annulées après plusieurs gaffes (je parle bien entendu d’Alain Lipietz en 2002), on a cette fois-ci encore mieux. Dominique Voynet et Yves Cochet, tous deux de la même tendance au sein des Verts, n’ont pas pu être départagé fin mai lors du deuxième tour de la primaire pour l’investiture présidentielle (deux voix seulement séparaient les deux candidats sur 5000 votants). Se présenter l’un contre l’autre quand on est de la même tendance au sein d’un même parti, n’est-ce pas le comble de la politique politicienne ?

Bref, tout cela nous promet une belle campagne présidentielle!