Une victoire de Trump ne serait pas si grave

Les médias de toute l’Europe parlent tous les jours de la primaire américaine. Quand il y a une élection fédérale allemande, on en parle pendant environ une heure. Pour les États-Unis d’Amérique, c’est toujours un mois minimum, avce une piqûre de rappel à chaque ‘flash info’. Si on avait un doute sur qui a le pouvoir sur l’information mondiale, on est fixé.

Comme à chaque élection présidentielle américaine, les médias européens sont enthousiastes pour le candidat démocrate. Pour les journalistes européens, Hillary Clinton va gagner, c’est certain. Pourtant, pour le réalisateur Michael Moore, le résultat est plus incertain et je partage son analyse. Donald Trump, le chien fou prêt à tout pour séduire la frange la moins éduquée du peuple, a des troupes motivées. Quant à Hillary Clinton, elle souffre de sa proximité avec les milieux financiers et reste comme une arête en travers de la gorge des partisans de Bernie Sanders.

Hillary Cliton est évidemment une candidate raisonable pour les américains, même si c’est la candidate de l’establishment et qu’elle ne semble pas motivée pour apaiser les tensions avec la Russie. Donald Trump lui, est populiste, vulgaire, une sorte de Berlusconi sauce ketchup qui serait sorti d’un mauvais remake cinématographique comme Hollywood sait parfois si bien le faire. Cependant, une victoire de Donald Trump pourrait ne pas être si négative que ça. Il a présenté un programme plus isolisationiste et a critiqué l’OTAN qu’il trouve « obsolète » et qui « coûte une fortune », ainsi que l’accord TAFTA. Ce désangagement pourrait être une opportunité pour les pays européens pour prendre plus d’indépendance vis-à-vis de leur partenaire d’outre-atlantique et pour jouer de nouveau un grand rôle sur la scène internationale. Évidemment, pour cela, il faudrait des meneurs charismatiques et déterminés en Europe, ce qui pour l’instant n’existe pas.

Référendum d’association avec l’Ukraine

Le 6 avril prochain, les Néerlandais devront répondre à la question suivante par référendum : « Êtes-vous pour ou contre la loi de ratification de l’Accord d’association entre l’Union européenne et l’Ukraine ? ». Ce référendum découle d’une pétition de la population, comme le permet la loi néerlandaise. Les 27 autres pays de l’Union Européenne ont déjà ratifiés cet accord de rapprochement politique et économique avec l’Ukraine. L’accord ne peut être ratifié qu’avec l’unanimité des voix : dans le cas où les Pays-Bas se prononceraient contre l’accord, celui-ci n’entrerait pas en vigueur. Le référendum n’étant que consultatif, le choix du gouvernement néerlandais est incertain. Bloquera t-il le processus dans un souci démocratique ? Ou le gouvernement passera t-il en force, comme ce fut le cas pour le traité établissant une constitution pour l’Europe (TCE), refusé par les peuples français puis néerlandais en 2005 et néanmoins adopté ?

En fait, ce référendum, derrière l’anodine question qu’il semble poser, est d’une importance capitale. Il ne s’agit pas vraiment de se rapprocher d’un énième pays à faire rentrer dans l’Union, comme on pourrait étudier le cas de l’Albanie ou de la Serbie. Un de plus, un de moins, cela ne semble pas dramatique quand on est déjà trop vingt-huit. En fait, il s’agit d’une décision aux conséquences géopolitiques majeures. Les vraies questions sous-jacentes sont : veut-on tendre davantage les relations avec la Russie, pour laquelle l’Ukraine est la chasse gardée ? Avec quel pays fait-on effectivement un rapprochement, sachant que le gouvernement ukrainien qui négocie cet accord ne contrôle ni la Crimée, annexée par la Russie, ni l’est du pays, contrôlé par les séparatistes ? Est-ce l’intérêt de l’Europe de porter l’OTAN aux frontières de la Russie, alors que l’armée américaine déploie de nouvelles troupes en Pologne, Lituanie, Lettonie et Estonie ?

Les états de l’Union Européenne ne doivent pas jouer à un jeu dont les règles sont dictées à Washington ou à Moscou. Chacun doit rester à sa place. Si d’une part les Etats-Unis sont un allié géostratégique historique de l’Europe occidentale, d’autre part La Russie devrait être un partenaire priviligié de l’Union Européenne, par sa position géographique et ses capacités économiques et militaires. Le rôle de l’Europe est de tempérer l’ardeur de ces deux géants et d’éviter d’attiser l’animosité dont elle en paierait cher les conséquences sur son territoire. Pour cette raison, la réponse logique au référendum néerlandais serait « non ». Ce n’est pas dans l’intérêt des Pays-Bas – ni de la France, de l’Allemagne et des autres pays membres – de mettre le grappin sur l’Ukraine.