Présidentielle 2017 : François Fillon

François Fillon a gagné la primaire de la droite et du centre en se positionnant pour le libéralisme économique, pour la tradition et pour l’honnêteté. En août 2016, il lance à propos de Nicolas Sarkozy : « Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen? (…) Il ne sert à rien de parler d’autorité quand on n’est pas soi-même irréprochable ». Ce sont les trois points qui l’handicapent aujourd’hui pour rassembler derrière lui la droite, alors que Jean Lassalle, Emmanuel Macron et Nicolas Dupont-Aignan chassent sur ses terres.

Pour l’honnêteté, évidemment cela ne marche plus. L’affaire des emplois fictifs de sa femme (le « penelopegate » ou « affaire Fillon »), le salaire de ses enfants embauchés comme attachés parlementaires alors qu’ils n’avaient pas le diplôme requis, les costumes et les montres de luxe qu’il a reçu en cadeau, sa société de conseil etc. mettent en lumière tout un système d’enrichissement personnel.

Cependant, son côté catholique rigoriste, qui suit le Vatican a la lettre, énerve aussi certains esprits à droite. François Fillon s’est opposé au PACS, à la légalisation de l’avortement et au mariage pour tous. Il s’appuie durant sa campagne sur le groupe Sens commun, mouvement politique contre le mariage homosexuel comptant des catholiques intégristes. Il s’oppose aussi à l’adoption des couples homosexuels et veut « lutter fermement contre le totalitarisme islamique ».

Enfin, sa ligne économique libérale dure est un pari risqué : même à droite, elle est parfois qualifiée de « sectaire » – c’est par exemple le terme employé par Dominique Tiberi, qui soutient Macron. En effet, Fillon a un programme libéral décomplexé, à la Margaret Thatcher. Ainsi, il veut reculer la retraite à 65 ans, alléger les charges sociales et les impôts des sociétés, perséverer dans le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), encourager l’autonomie des écoles, collèges et lycées, supprimer 500 000 postes de fonctionnaires, rendre dégressives les allocations chômage, baisser l’impôts sur les successions, augmenter la TVA, supprimer l’ISF, rendre plus facile les licenciements, assouplir la loi sur les logements sociaux, augmenter la durée du travails, supprimer l’aide médicale d’état et diminuer le remboursement des soins de santé. Sur l’écologie, François Fillon veut sortir du principe de précuation, relancer les OGM et le gaz de schiste. Il ne s’en cache pas, il est le candidat des grandes entreprises et de la grande bourgeoisie ; il est tellement antisocial que s’en est presque une caricature.

Sur l’ordre et l’immigration, François Fillon n’est pas en reste. Il veut aussi « réduire l’immigration au strict minimum », durcir les conditions du regroupement familial, durcir le droit du sol, faire que « l’impunité zéro sera la règle », renforcer l’état d’urgence (c’est le seul qui a cette position). En géopolitique, il est atlantiste mais prône un rapprochement avec la Russie.

Le pire, c’est sans doute que François Fillon se présente comme un sauveur pour la France, alors que son bilan en tant que Premier ministre de Nicolas Sarkozy pendant cinq ans n’est vraiment pas brillant.

Les Républicains

Nicolas Sarkozy a une idée : renommer son parti Les Républicains. Probablement que ce sera rapidement validé par ses pairs. L’intérêt ? Faire oublier toutes les affaires que traine l’Union pour un mouvement populaire (UMP) comme un boulet, les problèmes des Balkany, Woerth, Dassault, Copé etc. Le truc avait déjà été utilisé lors de la création de l’UMP, pour faire oublier le vieux RPR : le nom rappelait trop aux électeurs la politique et les magouilles de Chirac et Pasqua. En plus de sembler nouveau, le nom Les Républicains sonne énormément américain, peu étonnant quand on connait l’atlantisme forcené de Sarkozy. Inutile de présenter le Republican Party de Reagan et de Bush père et fils. Bonne nouvelle : les réactionnaires se reconnaitront bien dans ce nouveau nom.

En chien de faïence, le gouvernement de Manuel Valls fait une politique de plus en plus libérale. Le symbole en est la loi Macron (en réalité : loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques). François Hollande, qui s’est dit l’ennemi de la finance lors de la campagne électorale de 2012, a en fait choisi un banquier au ministère de l’Économie. Finalement, la politique économique d’Hollande/Valls est très proche de celle de Sarkozy/Fillon. Le Parti socialiste n’a guère de socialiste plus que le nom. On pensera évidemment au Democratic Party américain ou au Labour Party anglais.

Bref, la politique française ressemble de plus en plus à la politique nord-américaine : deux grands partis, différents sur les questions sociétales mais très proches sur le reste… Seule originalité : un parti d’extrême-droite fort. Tout cela n’est guère ragoûtant !

Les antiracistes sont ils racistes?

Le racisme progresse singulièrement en Europe occidentale depuis plusieurs années, excepté peut-être en Allemagne et en Angleterre. Pour contrer cette poussée xénophobe, plusieurs personnes ont eu l’idée de monter des associations antiracistes et/ou pour la défense des étrangers et des immigrés, ou de certaines communautés culturelles françaises. C’est une bonne idée, car pour combattre la propagande raciste, être bien organisé peut être un atout majeur. De plus, l’intégration des immigrés en France et en Europe est un sujet très important. Malheureusement, les associations de lutte contre le racisme ressemblent parfois davantage à des associations soutenant des replis identitaires. Dans cet article, faisons le tour des sites Internet de différentes associations.

Commençon par le Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP). Les plus geeks d’entre vous noterons au passage que le site est fait à l’aide de Zope/Plone, des logiciels libres. Maintenant, arrêtons nous au contenu. Dans le communiqué du 4 février 2006 on apprend que le MRAP condamne la publication des caricatures de Mahomet et même va porter plainte contre des journaux qui les ont publiées. Le MRAP se place donc publiquement en faveur du blasphème et contre la liberté d’expression. Le mouvement confond aussi racisme et critique de la religion qui me paraissent pourtant être des notions bien différentes. Dans un autre communiqué de juin 2006, on apprend que les différentes associations se font la guerre… bel exemple « d’amitié entre les peuples »! À propos du MRAP, on se rappelle d’autres prises de positions troublantes, comme celle en faveur de la libération de Maurice Papon en 2001 (sur laquelle le mouvement est revenu). L’association défend aussi systématiquement les islamistes, en se prononçant en faveur du voile à l’école et en allant même jusqu’a demander que des repas halal soient servis dans les écoles (sur France 2, en janvier 2005).

Rendons nous maintenant sur un autre site, celui de la Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme (LICRA). La première remarque qu’on peut se faire, évidemment, c’est le nom de l’organisation. Le fait de distinguer racisme et antisémitisme me choque : il y a t-il une hiérarchie des racismes ? Pourquoi mettre l’antisémitisme à part de tous les autres racismes ? Dès la première page, beaucoup de textes au ton alarmiste : « Les eurodéputés veulent déclarer le président iranien « persona non grata » » ; « Pologne : tolérance zéro contre l’antisémitisme » ; « Agression du grand rabbin de Pologne à Varsovie » ; « Bruno Gollnisch : ordonnance de non lieu infirmée en appel ». De nombreux titres du même genre, ce qui donnerait presque envie de devenir paranoïaque. C’est sûr, on a l’impression d’être sur le site d’une association qui fait la guerre et des procès, pas qui essaie de lutter calmement et avec pédagogie contre le racisme. Chose étonnante, dans le menu sur le côté, il est écrit « Signalez nous un contenu xénophobe ». Si on clique dessus, on arrive sur un joli formulaire de délation. Je ne vois pas bien l’utilité de ce genre de chose, les membres de la LICRA pourront trouver tout le contenu raciste qu’ils veulent avec un moteur de recherche. D’autre part, je ne pense pas que la meilleure façon de lutter contre le racisme soit de faire des procès et de fermer des sites, cela devrait plutôt être de démonter les arguments des xénéphobes.

Naviguons chez SOS Racisme. Le site parait d’abord plus agréable que les deux précédents, si toutefois on ne fait pas attention au bandeau contre les lois Sarkozy qui détruit un peu les yeux. Pourtant, on trouve un article qui énonce toute une série de crimes dit « racistes », où il me semble bien que dans certains cas le caractère raciste du délit n’a pas été prouvé. De même que sur les sites d’extrême-droite on dresse des listes d’agressions où on souligne le patronyme de l’aggresseur (alors que le nom de famille du délinquant n’a sans doute pas grand chose à voir avec les faits), ici on insiste sur le nom de la victime… Ensuite on apprend sur le site que SOS Racisme continue de faire du testing, technique qui est quand même fortement criticable. Un point commun avec la LICRA, dans la catégorie dossiers, une rubrique est consacrée à l’antisémitisme, mais pas aux autres racismes (racisme anti-maghrébin, anti-noir etc.), comme si l’antisémitisme était un racisme à part. On peut penser que cela est dû à la forte présence de membres du syndicat étudiant « sectaire » Union des Étudiants Juifs de France (UEJF) – à la tête de SOS Racisme.

Je sais que conduire un combat comme celui là n’est pas simple. Ces associations font sûrement de leur mieux. Cependant, il est affolant de remarquer que ceux qui prétendent lutter contre les discriminations et le racisme ressemblent davantage à des organisations qui soutiennent le repli communautaire. Dommage, parce qu’on aurait bien besoin de ces associations à l’heure ou les Le Pen, de Villiers et Sarkozy poussent comme des champignons.

À vos marques, prêts, zidentielle

Celaa fait un moment que notre cher ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a annoncé son ambition présidentielle. Maintenant que nous sommes à un an de la grande élection française, tous les politiciens ambitieux se lancent dans la course, avec un lot de propositions fantasques!

Ségolène Royal, la candidate favorite du Parti Socialiste, a récemment déclaré lors de sa campagne en Seine-Saint-Denis vouloir confier les jeunes délinquants à un encadrement militaire. Il est vrai que la droite ne doit pas avoir le monopole de la sécurité et que la gauche doit aborder ce thème. Cependant, pour une candidate socialiste (donc à priori plutôt au centre qu’à droite), on aurait préféré qu’elle mette l’accent sur « plus de social » pour lutter contre la délinquance et contre l’aggravation de la situation dans les banlieues. La répression, on ne fait que ça depuis des années ! De la part de Madame Royal, j’aurais plutôt aimé entendre qu’elle désire développer les postes d’éducateurs, d’assistante sociale et de professeurs, améliorer le soutien scolaire, la prise en main des plus jeunes etc. Tant pis. On peut toutefois se demander si une fois de plus, le Parti socialiste cherche à plaire aux électeurs de droite, comme à l’époque de Lionel Jospin qui scandait que son programme n’était pas socialiste.

Cette (possible) stratégie de Ségolène Royal de plaire aux électeurs de droite n’est pas nécessairement une bonne idée. On peut penser que ces derniers préféreront voter directement pour Nicolas Sarkozy plutôt que pour un de ses ersatzs. Mais bon, il reste encore un an de campagne. Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy pioche sur les plates-bandes de l’extrême droite avec sa réforme sur le Code de l’Entrée et du Séjour des Étrangers et du Droit d’Asile (CESEDA) en proposant une immigration choisie, en limitant radicalement le regroupement familial et en supprimant la délivrance automatique d’une carte de séjour aux étrangers en situation irrégulière qui sont sur le sol français depuis dix ans. À droite toute? Pendant ce temps, celui que Cabu appelle « le grand blond avec une chemise noire », c’est à dire Jean-Marie Le Pen, ne dit rien. J’imagine qu’il va rentrer dans la campagne le plus tard possible, pour nous dire que tous les autres politiciens sont des corrompus qui ne pensent qu’à se chamailler et que tout est de la faute des Arabes.

Toute cette campagne ne serait pas amusante s’il n’y avait pas la grande dispute traditionnelle des Verts. Après les luttes de candidats à la candidature, et les nominations de candidats finalement annulées après plusieurs gaffes (je parle bien entendu d’Alain Lipietz en 2002), on a cette fois-ci encore mieux. Dominique Voynet et Yves Cochet, tous deux de la même tendance au sein des Verts, n’ont pas pu être départagé fin mai lors du deuxième tour de la primaire pour l’investiture présidentielle (deux voix seulement séparaient les deux candidats sur 5000 votants). Se présenter l’un contre l’autre quand on est de la même tendance au sein d’un même parti, n’est-ce pas le comble de la politique politicienne ?

Bref, tout cela nous promet une belle campagne présidentielle!

Paris en flammes

Tout a commencé par un incident qui ressemble bien à une bavure policière. Le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois (Île-de-France), des jeunes apparemment sans problèmes se trouvent nez-à-nez avec des policiers. Ils prennent peur et s’enfuient. Ils sont cinq, trois se réfugieront dans une centrale EDF, et deux décèderont suite à une puissante décharge d’électricité. Le soir, la ville est en flamme, des jeunes mettent le feu à des véhicules et se battent avec la police. Dans le même ville, le lendemai,n un autre incident est mis en avant pour justifier les violences : le lancement de grenades lacrymogène aux abords d’une mosquée. Peu importe l’événement déclencheur, comme beaucoup, je ne suis pas surpris par les violences des jeunes dans les banlieues. Par l’ampleur, un peu… mais pas vraiment. Ca pourrait être pire, si rien ne change, ça sera pire.

Depuis trente ans, les cités sont laissées à l’abandon. Personne ne s’en occupe. Les habitants de ces quartiers, qui n’ont plus confiance ni dans la politique, ni dans la République, ne votent pas ; les électeurs des beaux quartiers n’y vont pas. Donc, pour les politiciens, ces quartiers ne sont pas intéressants. On peut même faire le parallèle avec la prison. Il y a beaucoup de choses en commun entre les prisons et les cités françaises. Dans les deux cas, la population est surtout celle qui vit dans la misère, dans les deux cas ça pue, c’est sale, c’est la loi du plus fort et l’école de la violence. Avec pour seul horizon du béton, il n’y a pas beaucoup d’avenir, beaucoup d’adolescents le savent bien. Ils n’ont plus rien à perdre, mettre le feu aux voitures, narguer les policiers. Il faut préciser aussi que dans les cités, il n’y a pas de bar, pas de restaurants branchés, pas de cybercafés, pas de cinémas. Il n’y a rien à faire à part des âneries sauf peut-être jouer au foot ; même les policiers n’y vont jamais, seulement des incursions des CRS et de la BAC quand ça dégénère trop.

Le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a multiplié ces dernières semaines des sorties très médiatisées dans les cités, où il se montre comme le sauveur du petit peuple et prononce des discours musclés. On peut citer comme exemple son déplacement à la Courneuve où il a dit qu’il fallait « nettoyer au Kärcher » la ville et bien sûr celle d’Argenteuil où il déclare d’un air satisfait: « Vous avez assez de cette bande de racailles ? Et bien on va vous en débarasser » , le 26 octobre, soit la veille des premières nuits d’émeutes. Le problème, c’est qu’à part des sorties médiatisées, le ministre ne fait strictement rien. Comme disait Queneau dans son roman Zazie dans le métro, « tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire ». Dans ces conditions, ses déplacements ne rassurent personne et sont autant de provocations inutiles pour des jeunes qui n’attendent que ça pour se défouler.

Bref, la situation s’est enflammée à Clichy-sous-Bois, et les émeutes se sont étendues au département de la Seine-Saint-Denis, puis à une quarantaine de villes de la région parisienne et enfin dans la plupart des banlieues des grandes villes françaises (Lyon, Lille, Toulouse etc.). À l’étranger, on diffuse des images dignes d’une guerre civile ou de manifestation étudiante dans un pays pas très démocratique. Il faut dire que les images ne sont pas très nombreuses, car depuis peu le ministère de l’Intérieur n’accorde plus d’autorisation aux journalistes pour accompagner les forces de l’ordre…

En tous cas, nous sommes le 15e jour d’émeutes en France, et les violences urbaines se sont traduites depuis le 27 octobre par l’incendie de 4 200 véhicules en Île-de-France, plus de 2 000 interpellations, une vingtaine d’établissements scolaires et une dizaine d’entrepôts endommagés, et beaucoup d’autres véhicules et de bâtiments ont subi des dégradations importantes. La plupart des ambassades en France ont invité leurs ressortissants à prendre certaines précautions. Bref, l’heure est grave. Elle est d’autant plus graves que les politiciens n’ont trouvé que des solutions stupides pour régler la crise.

Le gouvernement a été très surpris et a tenté tout – et surtout n’importe quoi – pour essayer de résoudre la crise. Immédiatement des milliers de policiers ont été déployés sur place. Cependant comme c’était à prévoir, les policiers étaient chaque jour plus nombreux et les violences augmentaient. En fait, la répression est la seule chose qui est faite dans ces cités depuis des dizaines d’années, et la présence des forces de l’ordre excite les émeutiers. Dominique de Villepin a alors appelé « au calme ». Cela n’a pas marché ; peut-être qu’un appel « au social » aurait été un peu mieux perçu. Il a ensuite demandé l’aide des leaders musulmans – délèguer son travail aux religieux, c’est à mon avis augmenter les ennuis dans les cités à moyen terme – en tous cas c’est ainsi que l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) a édicté une fatwa le 6 novembre qui décalre que « il est formellement interdit à tout musulman recherchant la satisfaction et la grâce divine de participer à quelque action qui frappe de façon aveugle des biens privés ou publics ou qui peut attenter à la vie d’autrui ». Il n’y a pas que chez le Premier ministre qu’on a des idées folkloriques, la gauche en a eu de bonnes aussi. Citons notamment Julien Dray, qui disait lors d’un débat télévisé que tout est de la faute de la droite – ce qui est quand même d’une sacré mauvaise foi – et Ségolène Royal qui prônait le 9 novembre le retour au service national, seul moyen selon elle de cadrer des jeunes qui ne l’ont pas été dans leur famille ou à l’école.

Une autre idée lumineuse, c’est de faire s’exprimer « l’arabe du gouvernement », Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances. En même temps, on devine bien au vu du nom de son ministère qu’il est uniquement là pour des raisons de discrimination positive. C’est marrant de voir que pour le gouvernement, « jeune délinquant des banlieues » rime forcément avec « arabe ». Dans le même ordre d’idée, Nicolas Sarkozy en a profité pour faire l’amalgame entre les émeutes actuelles et une présence étrangère ; le ministre de l’Intérieur a déclaré le 9 novembre à l’Assemblée nationale qu’il avait « demandé aux préfets que les étrangers ayant fait l’objet d’une condamnation soient expulsés sans délai du territoire national, y compris ceux en situation régulière ». Bref, s’il y’a un problème, c’est la faute des arabes et des noirs. Il faut dire, cette explication simpliste évite de réfléchir au vraies causes des troubles, et puis aussi sans doute ça lui permet de faire du chiffre.

Mais cette crise n’est pas une catastrophe pour tout le monde. Ainsi Monsieur le Vicomte Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon en profite pour lui aussi se positionner bien à l’extrême-droite en affirmant le 8 novembre qu’il fallait « envoyer l’armée dans les banlieues, pour stopper la guerre civile ethnique (…) On ne résoudra rien si on ne stoppe pas la vague migratoire (…) Ce n’est pas la tolérance zéro qu’il faut, c’est l’immigration zéro ». Jean-Marie Le Pen lui s’amuse de se faire prendre son programme par tout le monde dans des communiqués sur son site et assure qu’il gagne de nombreux nouveaux adhérents chaque jour de la crise. Quant à Nicolas Sarkozy, il prépare tranquillement sa campagne électorale en achetant les mots « émeutes » « banlieues », « incivilité » sur Google pour que le moteur affiche un bandeau vers le site de l’UMP.

Envoyer l’armée pour résoudre le conflit, De Villepin y a pensé. Mais il ne le fera pas. Il faut dire que c’est vraiment quelque chose qui conduirait à l’escalade de la violence, surtout que dans les banlieues on trouve aussi des armes de guerre. Il a choisi une solution pourtant pas si éloignée : le couvre-feu, une méthode normalement utilisée en temps de guerre. Il s’agit de la loi du 3 avril 1955, utilisée lors de la guerre d’Algérie, qui n’a même pas été employée en mai 1968. Une loi bien musclée qui autorise des interdictions de séjour pour « toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit, l’action des pouvoirs publics », des assignations à résidence pour « toute personne dont l’activité s’avère dangereuse pour la sécurité et l’ordre publics », la fermeture des « lieux de réunion de toute nature » et l’interdiction des « réunions de nature à provoquer ou à entretenir le désordre ». Le gouvernement a même prévu des perquisitions de nuit. Il peut, en outre, faire « prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature », et donner compétence aux juridictions militaires en concurrence avec les juges ordinaires. Bientôt peut-être, De Villepin s’attribuera les pleins pouvoirs et supprimera la liberté de la presse ? Pour finir sur une note positive, signalons que dans un instant de lucidité – ou devant la nécessité de travailler avec elles – le Premier ministre a décidé de rétablir les crédits aux associations de terrain.

Puisqu’apparemment une bonne partie des politiques n’en sont pas capables, il a fallu attendre qu’un footballeur élève le débat. Ainsi Lilian Thuram déclarait le 9 novembre que « la violence n’est jamais gratuite. Il faut comprendre d’où arrive le malaise. Avant de parler d’insécurité, il faut peut-être parler de justice sociale. ». Car évidemment c’est là le problème. Depuis trentre ans, les banlieues ont soit été totalement ignorées, soit le théâtre d’une répression pure et dure orchestrée par des policiers mal formés, qui commettent des bavures, font des contrôles d’identité « à qui mieux mieux » aux personnes bronzées ou se font tirer dessus par des délinquants et autres trafiquants. Bref, il est plus de temps de redonner espoir aux Français des banlieues, et de leur donner les mêmes chances de s’en sortir que partout ailleurs. Évidemment, je ne parle pas de mesures stupides du genre « discrimination positive à l’embauche » ou autre. Je parle d’une nécessité d’accompagner la répression – nécessaire contre les délinquants actuels – d’une vraie volonté de politique sociale dans la durée – pour éviter que les enfants ne soient de futurs déliquants. C’est à dire, repenser l’aménagement du territoire urbain, restaurer les habitats, adapter l’éducation et donner l’envie aux jeunes d’un autre avenir que de celui de dealer de la poudre dans des cages d’escalier qui sentent la pisse. Sinon, il y aura encore un profond malaise social, donc des émeutes. D’ailleurs, avez-vous remarqué que l’on s’intéresse aux cités seulement quand il y a le feu ? Pourtant, déjà en 1995, la chanson Qu’est ce qu’on attend de Suprême NTM expliquait déjà les causes et les conséquences des émeutes à venir.