Le terrorisme ne tombe pas du ciel

Avant de commencer, je tiens à présenter mes entières condoléances aux victimes, leurs familles et leurs proches. Le terrorisme est une chose particulièrement répugnante.

Les attaques terroristes du 13 novembre dans le 11e et le 10e de Paris et à Saint-Denis marquent un cap. Non pas parce qu’elles ont été les plus meurtrières perpétrées en France depuis des décennies. Parce que les Français ont modifié leur comportement. Les Français singent les Américains après les attaques de New York du 11 septembre 2001. En tous points, que cela en est pathétique. C’est d’autant plus facile à déceler, que sous l’effet du choc, chacun y va de son commentaire peu réfléchi, sur les réseaux sociaux et autres blogs.

  • Comme les Américains en 2001, les Français ne comprennent pas comment cela est possible qu’une attaque survienne sur leur territoire, eux qui vivent dans un pays de paix, d’amour et de tolérance. Oui, sauf qu’ils ont oublié d’ouvrir les journaux : la France est en guerre. La France a fait la guerre en Libye en 2011, où elle a armé les rebelles pour faire tomber le dictateur, dont les armes se sont ensuite évaporées dans la nature ; la France a fait la guerre contre les islamistes au Mali en 2014 et surtout, la France fait aujourd’hui la guerre au Sahel (l’opération Barkhane) et contre l’État islamique (l’opération Chammal). Pour un pays de paix, on repassera. L’autre pays qui vient d’être touché par un attentat terroriste est la Russie (Vol 9268 Metrojet), le 31 octobre : 217 morts. Or, la Russie est justement le pays le plus actif dans la guerre contre l’État islamique. Malgré ce que l’on peut entendre, ce n’est pas eux qui nous ont déclaré la guerre : c’est nous.
  • Un élan de patriotisme a soufflé sur la France. Drapeaux français, reprise de l’hymne national. Ils se disent fiers d’être Français, fiers d’être Parisiens. D’acccord, mais pourquoi maintenant ? Les terroristes n’attaquent pas la baguette, ni le béret, ni la gastronomie. Certes ils attaquent le TGV, fleuron de notre industrie passée 😉 Sérieusement, les terroristes attaquent internationalement et poursuivent des buts politiques. Ils rejettent le monde occidental, mais n’ont pas de problème spécifique avec l’identité française a priori. Certains Franças disent entrer en résistance. En résistance contre quoi ?
  • La population comme le gouvernement s’empressent de valider un USA Patriot Act à la française : mise en place d’un état d’urgence étendu à trois mois et un rétablissement des contrôles aux frontières. On nage en pleine dérive sécuritaire : un état d’urgence, ce sont des perquisitions sans l’aval d’un juge, des plein pouvoirs à la police et des privations de libertés diverses et variées. Déjà après les attentats contre Charlie Hebdo en janvier, la France avait définitivement pris le chemin du totalitarisme avec la loi sur le renseignement qui instaurait de facto une surveillance de masse. Bienvenue dans le gentil monde de l’état cow-boy.

Pour l’anecdote, on notera le mauvais accaparement du sujet sur les réseaux sociaux. Facebook se veut directif et dit aux gens ce qu’ils doivent faire (et ça marche !) : « Il semble que vous soyez dans la région touchée par Attaques terroristes à Paris. Dites à vos amis que vous êtes en sécurité. » ; « Changez votre photo de profil en y mettant le drapeau français pour montrer votre soutien à la France et aux Parisiens. ». Facebook, très américain, attise donc le patriotisme. Twitter aussi américanise le sujet, avec le #PrayForParis fort mal à propos dans un pays peu religieux touché par le fanatisme.

Quel est le bilan, du point de vue terroriste ? Sur l’aspect semer la terreur, ils ont réussi : les Français ont peur. Ils ont aussi remporté une victoire dans leur guerre asymétrique contre la France. Sur l’ordonancement, ce n’est pas trop mal : plusieurs attaques non détectées et effectuées au même moment. Sur la destabilisation, c’est plutôt bon : la France s’est précipitée dans une dérive sécuritaire et nationaliste, restreignant les libertés, probablement exactement ce que recherche l’État islamiste. Sur l’efficacité par contre, on frise clairement l’amateurisme. Certains attentats suicides n’ont fait comme seule victime que leur auteur, et il n’y a qu’une centaine de morts alors qu’une cible était un stade de football et une autre une salle de concert (de death metal !) pleine à craquer. La plupart des témoignages de policiers et de témoins évoquent un manque d’organisation étonnant. On voit que l’État islamique est en phase de rodage et n’a pas de réels agents efficaces. Tant mieux.

Rapidement, on a vu fleurir des messages appelant à ne pas stigmatiser les Français arabes, les musulmans ni les réfugiés. Il ne faut effectivement ne pas faire d’amalgame. Toutefois, il ne faut pas faire d’angélisme non plus. Les attaquants du 13 novembre sont tous d’origine immigrée (sauf un Réunionais, si j’ai bien lu) et sont tous musulmans. Ils ne s’appellent pas Patrick ou Jean-Pierre et ne sont pas issus de vieilles familles du Poitou. La majorité des Maghrébins et des musulmans français sont pacifiques et de nombreux immigrés contribuent à la richesse de la France, à tous points de vue. Cependant, il faut assumer : l’Europe a un problème avec certains immigrés et certains musulmans. Évidemment, même les musulmans communautaristes et intégristes ne sont pas pour autant des terroristes potentiels. Mais il y a un danger de ce côté là : l’État islamique cherche à les séparer du reste de la société. Le but ? Pouvoir les enrôler d’une part, d’autre part les séparer du reste de la société, faire monter le fascisme et tendre vers la guerre civile.

Le terrorisme est là, il va falloir s’y habituer. Ces attaques ne sont pas les dernières. Il vise en particulier les pays impliqués dans le conflit contre l’État islamique ainsi que les pays identifiés comme « islamisables ». En dehors du vol 9268 Metrojet russe déjà évoqué, rappelons que Beyrouth a été touché le 12 novembre (quarante morts), Ankara le 10 octobre (cent morts) et citons les deux attaques tunisiennes sur la plage de Port El-Kantaoui le 26 juin (trente-neuf morts) et au musée du Bardo le 18 mai (vingt-quatre morts). Il est difficile de mettre en place des mesures sécuritaire efficaces contre le terrorisme, à part des patrouilles de police et l’utilisation des services de renseignements extérieurs et intérieurs. Fermer les frontières par exemple, c’est du vent : qu’est ce qui distingue un terroriste français ou belge d’un gentil français ou belge ?

Que faire ? La première chose est de repenser sérieusement la diplomatie et la défense de la France. Réfléchir à quels sont les intérêts de la France et quelle doit être sa position au niveau international? Ces dernières années, la France a eu une position et une stratégie brouillone ; elle a combattu avec les islamistes (en Libye, en Syrie) et contre les islamistes (au Mali, au Sahel, en Syrie encore) ; elle est tour à tour contre puis avec le gouvernement iranien, les présidents el-Assad et Poutine. La France doit aussi revoir ses partenariats avec certains pays comme le Qatar, souvent accusé de financer le terrorisme, l’Arabie Saoudite ou le président turc Erdogan, qui jouent double-jeu. Bref, il faut identifier les alliés et les ennemis, faire les guerres nécessaires et éviter les conflits inutiles ou qui ne nous concernent pas. Le cas échéant, il est nécessaire d’assumer et de prévoir les conséquences – riposte terroriste – de nos implications militaires. Il faut aussi avoir les moyens militaires et de renseignement à la hauteur de ses ambitions (ce qui n’est pas le cas actuellement). Une bonne stratégie est aussi celle qui se veut la plus indépendante possible : la France doit se détacher de l’OTAN et ne plus se comporter comme un vassal des États-Unis d’Amérique.

Ensuite, sur le territoire national, il faut faire un effort pour lutter contre le communautarisme, pour la laïcité, pour l’assimilation, pour les valeurs républicaines héritées des Lumières. Là où aujourd’hui on entend une rhétorique belliqueuse, violente, il faudrait surtout mettre en avant la liberté, la fraternité. Surtout, il ne faut pas négliger la politique sociale : on imagine mal un cadre père de famille, propriétaire d’un petit pavillon, tirer sur des gens avec une kalachnikov le soir après sa journée de boulot. Personne n’en parle, pourtant la pauvreté et l’humiliation attisent les haines. La plupart des terroristes ont grandi dans des cités pourries abandonnées par la République.

En définitive, citons Bachar Al-Assad : la politique française a « contribué à l’expansion du terrorisme ». Même s’il ne pensait sans doute pas exactement aux mêmes causes que moi, il a parfaitement raison.

Doit-on accueillir des migrants ?

Impossible de surfer sur Internet cette semaine sans tomber sur la photo d’un enfant mort. La photo, œuvre d’une journaliste turque relayée par les journaux anglais puis internationaux, est celle d’un enfant syrien, dont le corps inerte s’est échoué sur une plage de Bodrum. Le petit Aylan était sur un bateau de migrants à destination de la Grèce qui a chaviré. Sur les réseaux sociaux (Facebook etc.), la photo est diffusée largement. On en appelle à la solidarité et la générosité.

Syriens, Afghans, Érythréens, Libyens, Nigérians, Pakistanais, Kosovars, Africains divers arrivent en Europe. Ces gens ne viennent pas en occident pour profiter d’une de prestations sociales plus attrayantes. Ces hommes et ces familles fuient la guerre, la misère, la faim. Pour le seul mois d’août, on estime à 50 000 le nombre de migrants arrivés en Hongrie voulant rejoindre l’Autriche et Allemagne. Dans un pays en proie à Daech et Bachar el-Assad, voire simplement le manque de nourriture et la corruption, je prendrai probablement la sage décision d’émigrer. Moi aussi, je voudrais aller en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, pour que mes enfants aient une vie meilleure et ne plus avoir peur de mourir. Même si j’ai fait des études, je serai prêt à faire des ménages pour avoir une vie plus « normale ». Je comprends ces gens.

Cette année, l’Allemagne a promis d’accueillir 20 000 réfugiés, la Suède 1 200, la France 500. La France a d’ailleurs reçu 3 fois moins de demandeurs d’asile politique que l’Allemagne en 2014 (64 310 contre 202 645), tout en étant le 3e pays de l’Union Européenne avec le plus de demande – derrière l’Allemagne et la Suède (1). Certains hurlent au scandale. La France, qui a une grande tradition d’asile, ne fait pas grand chose pour les migrants ! C’est vrai. Ce n’est pas très solidaire, ni très chic, mais cela s’explique. Tout part d’un fait simple : les réfugiés sont des immigrés, un peu particuliers certes, mais des immigrés quand même.

L’immigration d’étrangers éduqués et diplômés est rarement un problème : ils s’intègrent bien, aident le pays d’accueil à se développer et s’enrichir. La situation est plus nuancée pour l’immigration économique (en gros, les étrangers pauvres et peu instruits). Elle vient souvent s’additionner à la pauvreté locale et faire grossir les rangs du chômage. Mais surtout, ce sont des personnes d’une culture lointaine qu’il faut réussir à intégrer à l’arrivée. Les pays d’Europe occidentale ont déjà accueillis de nombreux immigrés par le passé et l’intégration n’est pas toujours un franc succès. Les enfants et petit-enfants d’immigrés donnent parfois beaucoup de fil à retordre au pays d’accueil de leurs parents : il suffit de voyager en Île-de-France pour s’en rendre compte. Dans ces conditions, on peut comprendre que la France, qui compte de très nombreux immigrés, ne soit pas particulièrement motivée pour recevoir de nombreux réfugiés. L’Allemagne, elle, a une attitude différente mais ne nous leurrons pas : ce n’est pas par générosité (rappelons l’attitude inflexible du gouvernement allemand face aux difficultés de la Grèce) mais parce qu’elle a une population vieillissante et qu’elle va avoir besoin de bras.

Cet élan de générosité en faveur des réfugiés est une réaction émotionnelle sympathique du peuple, mais finalement il occulte les causes du problème. En réalité, le plus efficace serait que les personnes qui détiennent véritablement le pouvoir politique (Obama, Poutine et autres Merkel) agissent pour que les réfugiés puissent rester chez eux, comme autrefois. Or, les états occidentaux et la Russie sont largement responsables de la crise syrienne. Poutine a soutenu Bachar, quant aux rebelles syriens récupérés par les islamistes, ils ont été aidés et financés par les Occidentaux et leurs alliés, le Qatar et l’Arabie Saoudite. Daech a lui poussé sur les cendres des guerres de Libye et d’Irak. Bref, le vrai geste en faveur des migrants serait une politique internationale plus réfléchie et une solidarité internationale accrue en faveur des pays pauvres. En attendant, il faut bien aider les personnes qui arrivent, mais gardons une vision à long terme !

(1) voir Asylum statistics (UE)

Paris en flammes

Tout a commencé par un incident qui ressemble bien à une bavure policière. Le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois (Île-de-France), des jeunes apparemment sans problèmes se trouvent nez-à-nez avec des policiers. Ils prennent peur et s’enfuient. Ils sont cinq, trois se réfugieront dans une centrale EDF, et deux décèderont suite à une puissante décharge d’électricité. Le soir, la ville est en flamme, des jeunes mettent le feu à des véhicules et se battent avec la police. Dans le même ville, le lendemai,n un autre incident est mis en avant pour justifier les violences : le lancement de grenades lacrymogène aux abords d’une mosquée. Peu importe l’événement déclencheur, comme beaucoup, je ne suis pas surpris par les violences des jeunes dans les banlieues. Par l’ampleur, un peu… mais pas vraiment. Ca pourrait être pire, si rien ne change, ça sera pire.

Depuis trente ans, les cités sont laissées à l’abandon. Personne ne s’en occupe. Les habitants de ces quartiers, qui n’ont plus confiance ni dans la politique, ni dans la République, ne votent pas ; les électeurs des beaux quartiers n’y vont pas. Donc, pour les politiciens, ces quartiers ne sont pas intéressants. On peut même faire le parallèle avec la prison. Il y a beaucoup de choses en commun entre les prisons et les cités françaises. Dans les deux cas, la population est surtout celle qui vit dans la misère, dans les deux cas ça pue, c’est sale, c’est la loi du plus fort et l’école de la violence. Avec pour seul horizon du béton, il n’y a pas beaucoup d’avenir, beaucoup d’adolescents le savent bien. Ils n’ont plus rien à perdre, mettre le feu aux voitures, narguer les policiers. Il faut préciser aussi que dans les cités, il n’y a pas de bar, pas de restaurants branchés, pas de cybercafés, pas de cinémas. Il n’y a rien à faire à part des âneries sauf peut-être jouer au foot ; même les policiers n’y vont jamais, seulement des incursions des CRS et de la BAC quand ça dégénère trop.

Le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a multiplié ces dernières semaines des sorties très médiatisées dans les cités, où il se montre comme le sauveur du petit peuple et prononce des discours musclés. On peut citer comme exemple son déplacement à la Courneuve où il a dit qu’il fallait « nettoyer au Kärcher » la ville et bien sûr celle d’Argenteuil où il déclare d’un air satisfait: « Vous avez assez de cette bande de racailles ? Et bien on va vous en débarasser » , le 26 octobre, soit la veille des premières nuits d’émeutes. Le problème, c’est qu’à part des sorties médiatisées, le ministre ne fait strictement rien. Comme disait Queneau dans son roman Zazie dans le métro, « tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire ». Dans ces conditions, ses déplacements ne rassurent personne et sont autant de provocations inutiles pour des jeunes qui n’attendent que ça pour se défouler.

Bref, la situation s’est enflammée à Clichy-sous-Bois, et les émeutes se sont étendues au département de la Seine-Saint-Denis, puis à une quarantaine de villes de la région parisienne et enfin dans la plupart des banlieues des grandes villes françaises (Lyon, Lille, Toulouse etc.). À l’étranger, on diffuse des images dignes d’une guerre civile ou de manifestation étudiante dans un pays pas très démocratique. Il faut dire que les images ne sont pas très nombreuses, car depuis peu le ministère de l’Intérieur n’accorde plus d’autorisation aux journalistes pour accompagner les forces de l’ordre…

En tous cas, nous sommes le 15e jour d’émeutes en France, et les violences urbaines se sont traduites depuis le 27 octobre par l’incendie de 4 200 véhicules en Île-de-France, plus de 2 000 interpellations, une vingtaine d’établissements scolaires et une dizaine d’entrepôts endommagés, et beaucoup d’autres véhicules et de bâtiments ont subi des dégradations importantes. La plupart des ambassades en France ont invité leurs ressortissants à prendre certaines précautions. Bref, l’heure est grave. Elle est d’autant plus graves que les politiciens n’ont trouvé que des solutions stupides pour régler la crise.

Le gouvernement a été très surpris et a tenté tout – et surtout n’importe quoi – pour essayer de résoudre la crise. Immédiatement des milliers de policiers ont été déployés sur place. Cependant comme c’était à prévoir, les policiers étaient chaque jour plus nombreux et les violences augmentaient. En fait, la répression est la seule chose qui est faite dans ces cités depuis des dizaines d’années, et la présence des forces de l’ordre excite les émeutiers. Dominique de Villepin a alors appelé « au calme ». Cela n’a pas marché ; peut-être qu’un appel « au social » aurait été un peu mieux perçu. Il a ensuite demandé l’aide des leaders musulmans – délèguer son travail aux religieux, c’est à mon avis augmenter les ennuis dans les cités à moyen terme – en tous cas c’est ainsi que l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) a édicté une fatwa le 6 novembre qui décalre que « il est formellement interdit à tout musulman recherchant la satisfaction et la grâce divine de participer à quelque action qui frappe de façon aveugle des biens privés ou publics ou qui peut attenter à la vie d’autrui ». Il n’y a pas que chez le Premier ministre qu’on a des idées folkloriques, la gauche en a eu de bonnes aussi. Citons notamment Julien Dray, qui disait lors d’un débat télévisé que tout est de la faute de la droite – ce qui est quand même d’une sacré mauvaise foi – et Ségolène Royal qui prônait le 9 novembre le retour au service national, seul moyen selon elle de cadrer des jeunes qui ne l’ont pas été dans leur famille ou à l’école.

Une autre idée lumineuse, c’est de faire s’exprimer « l’arabe du gouvernement », Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances. En même temps, on devine bien au vu du nom de son ministère qu’il est uniquement là pour des raisons de discrimination positive. C’est marrant de voir que pour le gouvernement, « jeune délinquant des banlieues » rime forcément avec « arabe ». Dans le même ordre d’idée, Nicolas Sarkozy en a profité pour faire l’amalgame entre les émeutes actuelles et une présence étrangère ; le ministre de l’Intérieur a déclaré le 9 novembre à l’Assemblée nationale qu’il avait « demandé aux préfets que les étrangers ayant fait l’objet d’une condamnation soient expulsés sans délai du territoire national, y compris ceux en situation régulière ». Bref, s’il y’a un problème, c’est la faute des arabes et des noirs. Il faut dire, cette explication simpliste évite de réfléchir au vraies causes des troubles, et puis aussi sans doute ça lui permet de faire du chiffre.

Mais cette crise n’est pas une catastrophe pour tout le monde. Ainsi Monsieur le Vicomte Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon en profite pour lui aussi se positionner bien à l’extrême-droite en affirmant le 8 novembre qu’il fallait « envoyer l’armée dans les banlieues, pour stopper la guerre civile ethnique (…) On ne résoudra rien si on ne stoppe pas la vague migratoire (…) Ce n’est pas la tolérance zéro qu’il faut, c’est l’immigration zéro ». Jean-Marie Le Pen lui s’amuse de se faire prendre son programme par tout le monde dans des communiqués sur son site et assure qu’il gagne de nombreux nouveaux adhérents chaque jour de la crise. Quant à Nicolas Sarkozy, il prépare tranquillement sa campagne électorale en achetant les mots « émeutes » « banlieues », « incivilité » sur Google pour que le moteur affiche un bandeau vers le site de l’UMP.

Envoyer l’armée pour résoudre le conflit, De Villepin y a pensé. Mais il ne le fera pas. Il faut dire que c’est vraiment quelque chose qui conduirait à l’escalade de la violence, surtout que dans les banlieues on trouve aussi des armes de guerre. Il a choisi une solution pourtant pas si éloignée : le couvre-feu, une méthode normalement utilisée en temps de guerre. Il s’agit de la loi du 3 avril 1955, utilisée lors de la guerre d’Algérie, qui n’a même pas été employée en mai 1968. Une loi bien musclée qui autorise des interdictions de séjour pour « toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit, l’action des pouvoirs publics », des assignations à résidence pour « toute personne dont l’activité s’avère dangereuse pour la sécurité et l’ordre publics », la fermeture des « lieux de réunion de toute nature » et l’interdiction des « réunions de nature à provoquer ou à entretenir le désordre ». Le gouvernement a même prévu des perquisitions de nuit. Il peut, en outre, faire « prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature », et donner compétence aux juridictions militaires en concurrence avec les juges ordinaires. Bientôt peut-être, De Villepin s’attribuera les pleins pouvoirs et supprimera la liberté de la presse ? Pour finir sur une note positive, signalons que dans un instant de lucidité – ou devant la nécessité de travailler avec elles – le Premier ministre a décidé de rétablir les crédits aux associations de terrain.

Puisqu’apparemment une bonne partie des politiques n’en sont pas capables, il a fallu attendre qu’un footballeur élève le débat. Ainsi Lilian Thuram déclarait le 9 novembre que « la violence n’est jamais gratuite. Il faut comprendre d’où arrive le malaise. Avant de parler d’insécurité, il faut peut-être parler de justice sociale. ». Car évidemment c’est là le problème. Depuis trentre ans, les banlieues ont soit été totalement ignorées, soit le théâtre d’une répression pure et dure orchestrée par des policiers mal formés, qui commettent des bavures, font des contrôles d’identité « à qui mieux mieux » aux personnes bronzées ou se font tirer dessus par des délinquants et autres trafiquants. Bref, il est plus de temps de redonner espoir aux Français des banlieues, et de leur donner les mêmes chances de s’en sortir que partout ailleurs. Évidemment, je ne parle pas de mesures stupides du genre « discrimination positive à l’embauche » ou autre. Je parle d’une nécessité d’accompagner la répression – nécessaire contre les délinquants actuels – d’une vraie volonté de politique sociale dans la durée – pour éviter que les enfants ne soient de futurs déliquants. C’est à dire, repenser l’aménagement du territoire urbain, restaurer les habitats, adapter l’éducation et donner l’envie aux jeunes d’un autre avenir que de celui de dealer de la poudre dans des cages d’escalier qui sentent la pisse. Sinon, il y aura encore un profond malaise social, donc des émeutes. D’ailleurs, avez-vous remarqué que l’on s’intéresse aux cités seulement quand il y a le feu ? Pourtant, déjà en 1995, la chanson Qu’est ce qu’on attend de Suprême NTM expliquait déjà les causes et les conséquences des émeutes à venir.

Sarkonneries

Depuis son arrivée au pouvoir en 2002, l’Union pour la Majorité Plurielle (UMP) multiplie la politique spectacle, les lois anti-sociales et sécuritaires. Ces temps ci, j’ai l’impression que tout s’accélère. Le gouvernement oriente le pays vraiment sur une mauvaise pente, petite explication.

Pour commencer, je voudrais parler d’immigration. Nicolas Sarkozy a décidé récemment de durcir le ton, et de faire des expulsions massives. Il veut « faire du chiffre », c’est à dire renvoyer 23 000 étrangers sans-papiers cette année 2005, contre 15 000 en 2004. Annoncer des chiffres comme ça d’avance, je trouve ça complètement stupide : les immigrés sont des humains, non pas des numéros, et chaque cas est différent. Qu’à cela ne tienne, le ministre de l’Intérieur, dont les parents sont pourtant issus de l’immigration, ne veut faire aucun discernement. Les tribunaux se retrouvent avec des cas où ils doivent rendre l’injustice – comme l’a raconté Maître Eolas – et la situation est si choquante que des policiers la dénoncent fréquemment, comme encore récemment dans une interview au journal Libération. Ainsi, on renvoie désormais des personnes bien intégrées dans la société française, qui sont parfois là depuis des années, et qui ont fait toutes les demandes administratives pour recevoir des papiers en règle. Mais bon, tout ceci n’est pas important : plus on renverra d’immigrés, plus on séduira les partisans d’extrême droite, c’est ce qui compte pour être élu.

Une autre nouvelle alarmante: le site eucd.info nous apprend que le gouvernement a déclaré l’urgence sur le projet de loi Droit d’Auteur et Droits Voisins dans la Société de l’Information (DADVSI), qui transpose la directive européenne European Union Copyright Directive (EUCD). Cette loi menace entre autres la copie privée, la libre concurrence, la mission des bibliothèques, le domaine public, la liberté d’expression des chercheurs en sécurité informatique, le logiciel libre, le droit au respect de la vie privée… Pas mal, non?

Ce n’est pas tout. Nicolas Sarkozy (encore lui), a décidé de spammer près d’un million de personnes pour sa campagne électorale, ce qui est formellement interdit par la loi française. Pire, Nicolas Sarkozy a ainsi transgressé la loi pour la confiance dans l’économie numérique votée par son propre gouvernement en juin 2004 ! Un site, Sarkospam, a été mis sur pied pour des actions en justice éventuelles. Bref, Monsieur Sarkozy est vraiment prêt à tout pour arriver au pouvoir, qu’on y prenne garde. On notera de plus qu’il est à la fois président de l’UMP, président du Conseil général des Hauts-de-Seine, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire (avec le titre de Ministre d’État). Cela fait un sympathique cumul des mandats et pose un problème démocratique, puisque comme chacun sait le ministre de l’Intérieur contrôle le Préfet, qui contrôle la légalité des décisions du Conseil général.

Un dernier point, moins évident mais plus sournois. Lors d’une émission à la télévision, Nicolas Sarkozy a – encore – essayé d’exploiter la peur de la menace terroriste pour faire passer des mesures sécuritaires. Je ne vais pas entrer dans les détails, car Olivier Guerrier l’a déjà fait brillamment sur son blog. Cela rappelle deux choses : la dernière campagne présidentielle française, où le thème de l’insécurité avait permis de faire voter à droite, et le patriot act adopté par George W. Bush aux États-Unis d’Amérique après les attentats de septembre 2001. Sur France 3, Nicolas Sarkozy a ainsi déclaré : « Nous voulons obliger les cybercafés à conserver un certain nombre de données informatiques pour nous (permettre de) pouvoir aller les saisir et de savoir ce qu’il s’y passe ». C’est une méthode qui marche bien, exploiter la peur des gens pour les convaincre qu’ils ont besoin de plus de policiers, et aussi que les écoutes téléphoniques, la lecture de notre courrier personnel, les perquisitions sans mandats… sont pour notre sécurité.

Le gouvernement UMP n’a de cesse de diriger le pays d’une main de fer, gérant le pays pour les intérêts des gros acteurs économiques en se moquant éperduemment du peuple et de ses droits. Tout cela me fait m’interroger sur l’avenir de la République française, pays dont la devise est « liberté, égalité, fraternité ». Que restera t-il de ces valeurs dans quelques années si cela continue ? La France sera t-elle une sorte d’États-Unis bis, avec des lois sécuritaires, un service public désastreux, une concurrence des universités, sans service de santé pour tous? Une république bananière dirigée par des crétins ambitieux? En tous cas, c’est à nous citoyens de réagir devant notre démocratie menacée. À méditer.