Salvini contre les ONG

Le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, a gestisculé ces deux dernières semaines, pour empêcher l’accostage du navire de sauvetage Sea-Watch 3. Le bateau de l’ONG ne contient que 40 réfugiés, mais Salvini, en expert des médias, s’en sert. Salvini attise les haines et le nationalisme pour s’accaparer encore un peu plus du pouvoir, dans un context politique particulièrement favorable : le mouvement 5 étoiles a été phagocyté par son allié, tandis que la droite de Berlusconi comme la gauche de Renzi peinent à convaincre les électeurs après leur expérience désastreuse du pouvoir.

Sea-Watch est une ONG qui participe au sauvetage des migrants en Méditerranée. Même si les ONG favorisent peut-être indirectement le travail des passeurs, elles ne font que sauver des vies en mer et n’organisent en aucune sorte l’immigration de réfugiés, qui, désespérés, sont prêts à prendre la mer coûte que coûte, navires humanitaires ou pas. Sea-Watch sauve des gens de la noyade, ce qui est simplement du bon sens. Elle les remet ensuite dans un port sûr, selon le droit international de la mer, où ces personnes peuvent être prises en charge. C’est la raison pour laquelle les réfugiés sont déposés en Italie et non pas en Libye, où les immigrés subissent de mauvais traitements. Les ONG remplissent un rôle humanitaire que les états ne remplissent pas. Sea-Watch, comme par exemple SOS Méditerranée, Médecins sans Frontières ou la Croix Rouge, sont là pour aider bénéveloment à palier une crise dont elles ne sont pas à la cause. Aucun état ne devrait s’en prendre aux ONG, qui sont pacifiques et utiles à la société, quand bien même le gouvernement n’approuverait pas leurs actions.

Disons le tout de suite, le cas des 40 migrants de SeaWatch-3 est un non-problème. Durant les deux dernières semaines, plus d’une centaine d’autres réfugiés sont arrivés à Lampedusa et ont été pris en charge sans aucune réaction du gouvernement. De plus, l’archevêque de Turin Cesare Nosiglia s’était dit pris à accueillir les migrants, tout comme le maire de Livourne : par conséquent, ces réfugiés ne représentent que très peu de charge pour l’état. Enfin, il y a très peu de navires de sauvetage en Méditerranée, en regard du nombre d’embarcations de fortune contenant des réfugiés. Ainsi, en juin 2019, le Sea-Watch 3 est le seul navire humanitaire au large de la Libye : une goutte d’eau dans l’océan. Cependant, Matteo Salvini veut faire du SeaWatch-3 un symbole fort. Il a compris le pouvoir des médias et cherche tout ce qui peut lui permettre d’occuper la lumière en permanence.

Les réfugiés affluent en masse en Italie, en Grèce ou en Espagne, ces pays étant ensuite livrés à eux-mêmes pour gérer cette immigration conséquente. C’est bien sûr un problème. Cependant, plutôt que de s’en prendre à Sea-Watch, Matteo Salvini devrait passer moins de temps dans les médias et plus de temps dans son bureau. Le problème de l’immigration ne peut être résolu qu’à un niveau diplomatique et international, en travaillant sur la répartition des réfugiés, ainsi que contre les conflits armés et les catastrophes écologiques. Surtout, il devrait passer plus de temps à Bruxelles à essayer de porter ce sujet au niveau européen. C’est là que la bât blesse. Comme le rappelle Le Monde, dans son éditorial du 27 juin, « M. Salvini n’a […] pas jugé utile d’être présent à six des sept réunions des ministres de l’intérieur qui ont eu lieu depuis sa nomination, en juin 2018 ». De plus, le chef de file de la Ligue dit souhaiter la relocalisation automatique des demandeurs d’asile dans les pays de l’Union, mais il fustige dans les médias l’Allemagne (Sea-Watch est une ONG allemande), les Pays-Bas (le bateau Sea-Watch 3 bât pavillion néerlandais) et fréquemment la France, des pays qui y sont favorables. Pendant ce temps là, il passe sont temps à faire du pied à l’extrême-droite autrichienne ou à Viktor Orbán, opposés à cette mesure.

De même, Salvini stigmatise systématiquement les réfugiés et les étrangers, les accusant par exemple de trafics de drogue. Pourtant, tout le monde sait que c’est la mafia (‘Ndrangheta, Sacra Corona Unita etc.) qui organise le trafic. Il les accuse aussi de voler le travail aux Italiens. Pourtant, ce sont des Italiens qui exploitent les Africains dans l’agriculture, les faisant travailler et dormir dans des conditions dignes de l’esclavage, avec la complicité des autorités. D’autre part, si le taux de chômage des jeunes de 18 à 24 ans est d’environ 30% depuis plusieurs années, ce n’est pas la faute des immmigrés, mais d’une politique inefficace. L’immigration non contrôlée est un vrai souci, mais ce n’est sans doute même pas dans le top 10 des problèmes de l’Italie. La corruption, un système universitaire inefficace, le sous-investissements des entreprises italiennes, le chomâge et les emplois précaires, le faible respect de la loi, l’emprise de la mafia sont autant de problèmes qui n’ont aucun rapport avec les gens venus d’ailleurs qui fuient des conditions de vie souvent horribles. Matteo Salvini se trompe volontairement de cible. C’est un peu comme si dans le cas d’un incident criminel, au lieu de rechercher les coupables, on accusait les victimes et on entravait le travail des pompiers. Enfin, avant de s’attaquer aux émigrés, Salvini devrait également penser à ses concitoyens. Des millions d’Italiens ont émigré au nord des Alpes ces dernières années (160 000 en 2018) en recherche d’une vie meilleure – eux aussi sont des immigrés dans leur pays d’accueil.

Le ministre de l’Intérieur italien veut détruire les ONG car elles offrent une alternative à son discours nationaliste. Il cherche à les déstabiliser, par des attaques administratives (perte de pavillion, interdictions de débarquer, amendes, navires placés sous séquestre) et des menaces sur leurs membres (poursuite en justice de l’équipage). C’est la même méthode qui avait été appliquée contre la réussite en matière d’accueil de migrants par l’ex-maire de Riace, Mimmo Lucano. Menaces, intimidations, harangues, ce sont là les méthodes classiques de l’extrême-droite au pouvoir.

Les deux factions qui menacent la France

D’un côté, les « bobos », bien pensants, salariés, issus de la classe moyenne et de la petite bourgeoisie. Ils consomment, vont au « stomato », sont politisés pour défendre des avancées sociétales (exemple : le mariage pour tous) mais aux abonnés absents pour défendre Snowden, lutter contre la loi sur le renseignement ou s’opposer à la réforme de la retraite. Ils lisent les grands médias, prônent la mondialisation et le métissage, en refusant de voir les problèmes sociaux et l’immigration. Pourvu qu’ils puissent acheter des produits « bios », utiliser des « huiles essentielles », manger des sushis et aller à une exposition d’art contemporain, ils resteront déconnectés de la réalité. Ne jamais essayer de leur expliquer quelque chose qui n’est pas ”mainstream” : ils répondront avec une phrase qu’ils ont entendu à la télévision. Politiquement, ils votent écologiste ou socialiste, parfois même au centre-droit, car l’échiquier politique se déplace depuis quelques années vers la droite.

D’un autre côté, la grande famille d’extrême-droite. Bien que cette famille soit très diverse, Marine Lepen et son éminence Florian Philippot ont réussi à en faire une synthèse quasi-parfaite. On y trouve pêle-mêle les catholiques intégristes façon Christine Boutin, les anti-arabes primaires, les vieux antisémites et des pro-israéliens, des pro-Poutine, même des nationalistes corses. Le Front national exergue le nationalisme dans le sud, pour les bourgeois peureux, et le socialisme dans le nord et l’est, pour les chômeurs et les ouvriers. On n’y trouve pas que des skinheads, qui ont les idées aussi courtes que leurs cheveux ; certains plus insérés dans la société sont séduits par l’opposition du parti à l’islam et la mondialisation. On observe aussi de plus en plus une union des droites, tant souhaitée par Patrick Buisson. En cas de victoire du Front national, Les Lepen seraient rejoint probablement par une partie des politiciens de droite – Éric Ciotti, Patrick Devedjian, Christian Estrosi, Nadine Morano, Guillaume Peltier etc. – et leurs électeurs. Une bonne dose de beaufs, une bonne dose de gens issus de la droite traditionnelle, regroupés dans la peur de l’autre, dans la défense de l’ordre et des valeurs d’antan, de la plus mauvaise manière qui soit. Tout le mal viendrait de l’étranger et des étrangers. Dans cette classe d’extrême-droite, on pourrait mettre aussi les fondamentalismes musulmans et les intégristes juifs qui prônent le comunautarisme et l’exclusion de tout ce qui n’est pas comme eux.

Ces deux familles ont des points communs : elles comptent énormément de gens dans leurs rangs. Dans les deux cas, elles sont incultes, se regardent le nombril, sont incapables de donner des réponses correctes à la réalité qui les entourent. Les deux concourent à détruire la France chacune à sa manière, et étant incapables de dialoguer entre elles, pourraint bien mener le pays à la guerre civile.