Les nouveaux chanteurs n’aiment pas le français

Une exception française est en train de disparaître. Pendant longtemps, la musique produite en France se faisait majoritairement dans la langue locale. Cela s’observe également dans quelques grands pays européens (Italie, Espagne, Pologne, Russie), mais ailleurs dans le monde, cela fait déjà au moins trente ans que la musique commerciale (disons les plus gros artistes) chantent très majoritairement en anglais. C’est le cas en Scandinavie, aux Pays-Bas ou en Allemagne. Souvenez-vous, Abba ou Scorpions, cela ne date pas d’hier. En revanche, depuis un peu moins de dix ans, on observe une rapide progression de chanteurs français chantant en anglais. En général, il s’agit de nouvelles générations, bilingues en anglais, bien plus mondialisées que leurs aînés : à l’heure de Netflix, on connaît mieux ce qui se passe à New York que dans son quartier, donc on chante directement en anglais. Le phénomène s’amplifie rapidement et pourrait même dans quelques décennies ghettoïser les chanteurs qui chantent en français. Ironie du sort et pour l’anecdote, les Allemands suivent le chemin inverse : depuis les années 2000, ils ont recommencé à chanter en allemand.

Évidemment, inutile de parler du monde de l’électro. Les musiciens et les DJ de la fameuse French touch ont été des pionniers dans l’adoption de l’anglais dès les années 1990. Daft Punk, David Guetta ou Bob Sinclar sont des stars à Miami et la coqueluche des producteurs américains. La relève est assurée avec des artistes comme Madeon.

Dans le rock, l’anglicisation date du début des années 2010. Les derniers groupes à la mode – Shaka Ponk, Skip the Use, Stuck in the Sound – chantent tous en anglais. Ils dégagent pas mal d’énergie, par contre les textes sont moins intéressants, bienvenue dans le monde du globish. Même chez les anciens la tentation est grande : Détroit (le groupe de Bertrand Cantat, ex-Noir Désir) a fait plusieurs titres en anglais et Indochine met de plus en plus d’anglais dans ses chansons. Étonnament, Superbus, précurseur en la matière, a toujours des refrains en anglais et quelques titres anglophones, mais le groupe semble vouloir garder une base francophone solide. La scène métal n’est pas épargnée. Les poids lourds français d’aujourd’hui, tels Dagoba ou Gojira, chantent en anglais quand leurs aînés (Mass Hysteria par exemple) chantaient en français.

Le reggae est fortement imprégné de critique du système – Babylone … – et de défense des cultures et des peuples. Pour cette raison, les artistes chantent généralement dans leur langue natale. C’est encore le cas, pourtant là aussi ce n’est plus tout à fait la norme. Début janvier, un concert regroupait autour de Sinsemilia quelques étoiles du reggae et ragga français, dans un morceau Reggae addict’s connection. Le titre et le refrain sont en anglais, mais tous les participants chantaient les couplets en français. Tous, c’est à dire Sinsemilia, Bouchkour et Komlan de Dub Inc, Balik de Danakil… sauf un, le jeune Naâman. Ce jeune aux yeux rouges chante toujours en anglais avec l’accent jamaïcain, tellement archétype du reggaeman qu’il en perd toute personnalité – il rappelle parfois un peu Pierpoljak dans sa période jamaïcaine. Ce n’est pas un cas isolé. Parmi les jeunes groupes de reggae en anglais à succès, il faut citer Jahneration, groupe emmené par deux jeunes chanteurs parisiens bien proprets.

La variété française résiste bien à la déferlante de l’anglais. La langue, c’est un peu sa spécificité : difficile de faire du Brassens ou du Brel dans la langue de Shakespeare. Ainsi, il n’y a pas vraiment de chanteur français de variété qui remporte du succès en chantant en anglais. Les plus gros vendeurs de l’année dernière, Renaud, Christophe Maé, Kendji Girac, Louane chantent tous en français. Mylène Farmer est sans doute une exception, elle chante de plus en plus en anglais, malgré un accent plutôt mauvais. Une autre exception, la jeune chanteuse Marina Kaye fait tous ses titres en anglais, poussant le mauvais goût jusqu’à chanter en anglais sur un album de reprises de Daniel Balavoine. Toutefois, c’est toujours les Vianney, Joyce Jonathan ou Indila qui emportent les faveurs du public.

Dans le rap, musique populaire par essence, où on décrit son quotidien, l’anglais est impossible : dans les rues de Seine-Saint-Denis, du Val-d’Oise ou des quartiers nords de Marseille, on ne parle pas anglais. En revanche, s’ils chantent en français, la majorité des rappeurs des années 2000 sont à l’image de la culture des cités françaises : américanisée. Au menu, vêtements de sport, on parle arme, drogue, alcool, sexe tarifé, voitures de luxe et grosses coupures. Bienvenue dans le monde de MTV, du rêve américain et de la société de consommation. Heureusement, certains sortent du lot, comme Orelsan, Big Flo & Oli.

En revanche, au Maghreb, de nombreuses chansons en arabe contiennent des passages en français, sans doute pour favoriser l’exportation dans la diaspora. Si les chanteurs français abandonnent leur langue, le salut du français viendra peut-être de l’Afrique.

Le racolage actif des chanteuses américaines

De plus en plus, les chanteuses américaines utilisent le sexe pour vendre. Alors même que les gens sont davantage pudique qu’il y a 30 ou 50 ans, la nudité n’a jamais été aussi exposée à la télévision. Les chanteuses n’ont jamais été aussi sexualisées. En regardant les clips américain, on a de plus en plus l’impression de regarder une publicité pour du gel douche, quand ce n’est pas un film érotique. Madonna avait donné le ton, puis plus tard Britney Spears, Jennifer Lopez ou Shakira, cela continue avec Lady Gaga, Beyoncé, Fergie, Miley Cyprus, Rihanna, Selena Gomez, Nicki Minaj, Ariana Grande : la liste est longue. Les clips des chansons Can’t Remember to Forget You et Yoncé en sont une parfaite illustration. Les chansons ont de moins en moins de paroles mais de plus en plus de filles en strings. Tout porte à croire que si tu veux être rentable dans la pop ou le R&B, tu as intérêt à racoler tes clients avec ton corps plutôt qu’avec ta voix. Dommage, certaines de ces filles sont de vraies chanteuses.

Une victoire de Trump ne serait pas si grave

Les médias de toute l’Europe parlent tous les jours de la primaire américaine. Quand il y a une élection fédérale allemande, on en parle pendant environ une heure. Pour les États-Unis d’Amérique, c’est toujours un mois minimum, avce une piqûre de rappel à chaque ‘flash info’. Si on avait un doute sur qui a le pouvoir sur l’information mondiale, on est fixé.

Comme à chaque élection présidentielle américaine, les médias européens sont enthousiastes pour le candidat démocrate. Pour les journalistes européens, Hillary Clinton va gagner, c’est certain. Pourtant, pour le réalisateur Michael Moore, le résultat est plus incertain et je partage son analyse. Donald Trump, le chien fou prêt à tout pour séduire la frange la moins éduquée du peuple, a des troupes motivées. Quant à Hillary Clinton, elle souffre de sa proximité avec les milieux financiers et reste comme une arête en travers de la gorge des partisans de Bernie Sanders.

Hillary Cliton est évidemment une candidate raisonable pour les américains, même si c’est la candidate de l’establishment et qu’elle ne semble pas motivée pour apaiser les tensions avec la Russie. Donald Trump lui, est populiste, vulgaire, une sorte de Berlusconi sauce ketchup qui serait sorti d’un mauvais remake cinématographique comme Hollywood sait parfois si bien le faire. Cependant, une victoire de Donald Trump pourrait ne pas être si négative que ça. Il a présenté un programme plus isolisationiste et a critiqué l’OTAN qu’il trouve « obsolète » et qui « coûte une fortune », ainsi que l’accord TAFTA. Ce désangagement pourrait être une opportunité pour les pays européens pour prendre plus d’indépendance vis-à-vis de leur partenaire d’outre-atlantique et pour jouer de nouveau un grand rôle sur la scène internationale. Évidemment, pour cela, il faudrait des meneurs charismatiques et déterminés en Europe, ce qui pour l’instant n’existe pas.

Obama : le bilan

Barack Obama n’est pas trop vieux, plutôt cool et sympa, fait du basket, est métis. Il fait « moderne », cependant cela ne fait pas un bilan. Barack Obama a été très bon en communication tout au long de son mandat ; au moment où son départ approche, regardons ce qu’il a fait.

À son crédit, on peut mettre avant l’évolution du système de santé, même si la couverture maladie universelle n’a pas été réalisée. Il a aussi soutenu le mariage homosexuel entré en vigueur en 2015. Pour le reste, il n’y a pas vraiment de quoi fanfaronner.

Son bilan en matière des affaires étrangères est mauvais :

  • Obama a affiché un désintérêt, voire un mépris, pour les états d’Europe occidentale, quand bien même si ceux-ci, partenaires historiques de l’Amérique, n’ont cessé de le courtiser ; le président américain trouve l’Asie plus séduisante ;
  • Il s’est complétement désengagé militairement et diplomatiquement des conflits au Moyen-Orient que son pays a pourtant activement provoqué les années précédentes, laissant pourrir la situation et se développer le terrorisme islamiste ;
  • A contrario, les États-Unis d’Amérique ont été actif en Ukraine pour essayer de rallier le pays dans le giron de l’OTAN. Même si Poutine a eu une attitude offensive qui n’a pas facilité les choses, Obama a participé à l’escalade des tensions avec les Russes dans le but de renforce son emprise sur l’Europe de l’Est. Dans le cadre de la crise syrienne, ol a aussi pendant de nombreux mois refusé de se mettre à la table des négociations avec les Russes pour faire front commun, faisant perdre du temps à tout le monde ;
  • Grande tradition américaine, Obama aura au final assuré un soutien solide à la politique israélienne, même si avec un peu moins d’enthousiasme que ses prédecesseurs. Il a aussi protégé ses intérêts dans la région en chérissant l’Iran et l’Arabie saoudite.

Surtout, Barack Obama a été le champion des pratiques illégales et liberticides :

  • Il n’a toujours pas fermé la prison illégale de Guantanamo où la majorité des détenus n’ont jamais été condamnés par la justice, alors que c’était une des promesses de sa première campagne ;
  • Il a espionné massivement (cf programme PRISM) les citoyens et les entreprises de son pays, ainsi que les Européens et le reste du monde. Il a cherché à neutraliser par tous les moyens les lanceurs d’alertes tels que Chelsea Bradley Manning, Edward Snowden, Julian Assange ;
  • Il a développé massivement l’usage de drones tueurs assassinant des gens dans des pays avec lesquels les États-Unis ne sont officiellement pas en guerre.

En conclusion, Obama après Bush, c’est un peu comme Hollande après Sarkozy : c’est un nouveau style de présidence, mais le bilan n’est pas meilleur. Bref, on sera vraiment heureux quand il sera parti. On a déjà peur du prochain président du plus puissant état du monde.

Universitop, classement des universités mondiales

Ces derniers jours, j’ai entendu parler du Classement des universités mondiales. J’ai lu dans la presse, « cette université en Allemagne est bien car elle est bien classée dans le Classement. Celle-là en revanche, au Royaume-Uni, est mal classée : n’y envoyez pas vos enfants ». C’est assez divertissant. Les gens parlaient du Top 500 des univeristés mondiales fait par à l’Université de Shangai Jiao Tong. Dans les 20 premiers, on trouve 17 universités américaines. Cela ne paraît pas très réaliste. Examinons la méthodologie qui a été utilisée.

Cette méthodologie peut être trouvée en ligne. Quels sont les critères pour avoir un bon classement?

Le premier critère est le nombre d’anciens élèves et de personnel qui ont obtenu un prix Nobel ou une médaille Fields. Pourquoi pas, mais de mon point de vue, cela ne renseigne pas sur la qualité éducative d’une faculté; si vous êtes un génie (de type Newton, Einstein), vous obtiendrez un prix dans votre vie indépendamment du lieu où vous avez étudié. Einstein est né à Ulm dans le Wurtemberg en Allemagne. Peut-on en déduire qu’Ulm est dans les 20 meilleures villes au monde contenant les personnes les plus intelligentes? Non, évidemment.

Le nombre de citations de chercheurs dans 21 catégories de recherche est aussi un critère. Les articles publiés dans Nature and Science, Science Citation Index-expanded, Social Science Citation Index. Toutes ces publications analysées sont en langue anglaise. Logiquement les deux « meilleurs pays » du classement sont les États-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni, deux états anglophones; Canada n’est pas loin derrière, à la 5e place. Même si l’anglais devient la langue internationale dans le monde académique, de nombreux pays, en Europe en particulier, ne publient toujours pas toute leur recherche en anglais mais dans leur langue maternelle. Par conséquent le Classement est biaisé et les institutions anglophones sont favorisées.

Le dernier critère pris en compte et la taille de l’institution. On voit donc que les critères sont peu nombreux et peu pertinents. Ce dernier critère met le doigt sur un sérieux problème: les différences d’éducation.

En réalité, établir un classement des universités mondiales n’est pas possibe. Les différences sont bien trop grandes entre les universités et les systèmes éducatifs des différents pays. Prenons quelques exemples. Dans certains pays, il a une grosse sélection pour l’entrée à l’Université (i.e. Angleterre), dans d’autres, toute personne ayant un diplôme du secondaire est accepté (i.e. France). Certaines universités sont publiques et d’autres privées (le Classement ignore ce fait). En France, 85,7% du budget des université est financé avec de l’agent public, on tombre à 59,3% au Canada et à 46,9% aux États-Unis d’Amérique. La taille des universités est très différente. La région parisienne compte 17 universités pour 10 millions d’habutants : Paris I à Paris XIII, Université de Marne-la-Vallée, Université de Cergy-Pontoise, Université d’Évry-Val d’Essonne, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. À Tokyo, 12,5 million d’habitants, il y a plus de 100 universités si on compte aussi les « colleges ». Certaines grandes villes du monde ont seulement 4 ou 5 universités. Ce n’est pas équitable. Le budget des universités varie beaucoup: Paris VI, la plus grande université scientifique française a un budget de 243 millions d’euros (2002) pour 30 000 étudiants; Harvard aux États-Unis d’Amérique a 29,2 milliards de dollars (2006), cent fois plus, pour 20 000 étudiants.

Comment qualifié ce classement? Biaisé, non pertinent, faux: choisissez votre terme.