Désinformation gouvernementale

Au cœur de la politique libérale du tandem Hollande/Valls, la contestation sociale bat son plein. Les manifestations contre la loi travail dite El Khomri sont fréquentes, le mouvement parisien “Nuit debout” s’est durablement installé place de la République, les grèves se multiplient. On devrait s’attendre à un peu d’écoute de la part des autorités : que nenni !

Le premier élément qui marque, c’est la violence policière. Soulignons tout d’abord que la préfecture de Paris, les CRS et la gendarmerie mobile font en général un travail remarquable pour encadrer les manifestations, où les incidents sont rares alors même que parfois des centaines de milliers de personnes énervées défilent. C’est vrai dans la capitale, mais pas seulement. Cependant, on semble observer une recrudescence inquiétante des bavures policières. Peut-être est-ce dû à la fatigue accumulée et au stress des forces de l’ordre, peut-être est-ce aussi dans le but d’étouffer la contestation. De nombreux cas de violences gratuites circulent sur les réseaux sociaux (voir des exemples en fin d’article) ainsi que des aggressions délibérées de journalistes par les forces de l’odre.

Les manifestations ont vu aussi apparaître, en particulier en région parisienne et en Bretagne, leur lot de casseurs. Il s’agit de jeunes encagoulés, prompts à en découdre avec la police mais à casser les vitrines et piller les magasins. Certains sont politisés mais ce n’est certainement pas le cas de la majorité. Ces ‘hooligans de manif’ sont responsable d’aggression honteuses contre les forces de l’ordre. Depuis la montée de la contestation contre les violences policières, sur les réseaux sociaux et dans certains journaux, ces casseurs sont mis en exergue dans les grands médias. On y associe fréquemment les qualificatifs d'”extrême-gauche” et de “gauche radicale”. Le but est évidemment de discréditer la contestation contre la politique gouvernementale ainsi que la gauche de l’opposition, à un moment où les sondages donnent le candidat du Front de gauche et celui du Parti socialiste au coude à coude pour les prochaines élections.

Bref, c’est une guerre de l’information : on tente de minimiser les violences policières (c’était le cas au mois de mai, où les réseaux sociaux pullulaient de vidéos et de témoignages mais les médias restaient très discrets) et on maximise les débordements desdits casseurs (qui existent cependant, et sont inadmissibles). De même, on a vu certains médias de droite mettre toute leur énergie pour discréditer les syndicats. On les qualifie d’extrémistes, d’illégitimes, voire de soviétiques, de mafieux ou de totalitaires ! Ces derniers ne sont certes pas parfaits et parfois leur direction est corrompue. En revanche, la majorité des syndicalistes, ceux de la CGT comme les autres, sont des gens qui se battent simplement pour que soient respectés les droits de leurs collègues. Monter les gens contre les syndicalistes, ça ne sert les intérêts que d’une petite minorité privilégiée. Encore une fois, il s’agit de diviser pour régner et de pousser les contestataires à se tirer une balle dans le pied.

Pour couronner le tout, Emmanuel Macron a été envoyé à Montreuil (Seine-Saint-Denis) pour dévoiler un timbre célébrant le 80e anniversaire du Front populaire. Emmanuel Macron, un des artisans de la destructions des acquis sociaux. Bref, tout est fait pour brouiller les pistes et essayer d’étouffer la contestation, à l’inverse même des principes élémentaires de démocratie qui devraient favoriser le dialogue. Évidemment, la loi “travail” est passée grâce au 49-3 et la France est toujours sous l’état d’urgence.

Quelques vidéos illustratives :
Violence gratuite à Toulouse le 26 mai 2016 : https://www.youtube.com/watch?v=FwZLr3sQld0
Violence gratuite à Toulouse le 14 mai 2016 : https://www.youtube.com/watch?v=d5Xifqv6C0w
Violence gratuite à Paris le 14 juin 2016 : https://twitter.com/OneRadex/status/742831754726281218

La politique de droite de Manuel Valls

Le 12 janvier, le tribunal correctionnel d’Amiens a condamné à neuf mois ferme de prison (exactement deux ans de prison, dont quinze mois de sursis assortis d’une mise à l’épreuve de cinq ans, avec peine de prison ferme aménageable) huit anciens salariés de l’usine Goodyear à Amiens-Nord. Leur faute ? Ils avaient retenu durant 30 heures le directeur des ressources humaines ainsi que le directeur de la production de leur usine menacée de fermeture. Les deux “victimes’, qui avaient reconnus n’avoir pas été violentées, et l’entreprise avaient renoncé à leur plainte. Cependant, le parquet avait décidé de poursuivre les anciens salariés. Je ne me prononcerai pas sur la décision du juge, car je sais qu’il a appliqué le droit, que retenir de force des personnes est illégal et je n’ai pas lu le fond du dossier. Cependant cette condamnation est révoltante. Tout le sait que la vraie violence n’est pas celle subit ces deux cadres, qui ont eût peur, dans un bureau, pendant quelques heures. La vraie violence, elle est pour ce millier de personnes licenciées, peu qualifiées, qui vont pointer au chomâge parfois pendant des années, des anciens ouvriers et toute leur famille qui vont devenir des parias, des assistés, des minables, mis au ban de la société. Le gouvernement n’a pas réagi : même s’il y a une tradition de ne pas commenter les décisions de justice, sur ce point, c’est un signe clair et fort de mépris.

Le “Pacte de responsabilité” de 2015 du gouvernement a abouti a des cadeaux aux grandes entreprises sans contreparties. La réforme des retraites en France en 2013 a rallongé la durée de travail. Aujourd’hui, la loi travail de Myriam El Khomri veut diminuer les droits des salariés. Le but ? Donner de la flexibilité, ce qui générerait de l’emploi. Cependant, c’est loin d’être évident : depuis les années 1980, le nombre de CDD a explosé, le nombre de stage aussi, les règles ont été assouplies et pourtant le chomâge a augmenté. Le code du travail est là pour faire un équilibre entre le pouvoir naturel du dirigeant sur ses salariés et éviter les abus. Le projet de loi travail du gouvernement va augmenter la précarité et fragiliser les travailleurs les plus faibles. Certes, les entreprises progressent plus vite quand elles ont un minimum de contraintes administratives. Mais le problème du chomâge ne réside pas principalement dans la diminution des droits et des conditions de travail des salariés : l’appétit toujours plus grand des actionnaires et les délocalisations, par exemple, y contribuent beaucoup. La question de la compétitivité des entreprises dans l’économie mondialisée n’a toujours pas été résolue : si nous voulons vraiment être compétitif contre la Chine, il va falloir travailler comme les Chinois. Est-ce dans cette direction que souhaite aller le gouvernement ?

En réalité, on l’avait pressenti dès la loi Macron. François Hollande et Manuel Valls, encartés au Parti socialiste, ne sont pas socialistes du tout. Ils mènent une politique libérale digne de la droite classique, transcrivant dans les textes les souhaits du Mouvement des entreprises de France (Medef), de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) ou du CAC40. Ils n’ont que faire des salariés et encore moins du peuple. En cela, on est dans la tradition d’un Gerhard Schröder ou d’un Tony Blair. En parallèle, le gouvernement a mis sur place un état autoritaire et policier, grâce à la loi renseignement de 2015 et l’état d’urgence depuis fin 2015. D’une main, on restreint les droits et les libertés du peuple, de l’autre, on étouffe la contestation. Et pour couronner le tout, on se charge aussi d’abaisser le niveau de l’enseignement : diminution du nombre de redoublement, suppression de l’enseignement des langues mortes etc. En cela, le gouvernement Valls a déjà fait pire que le gouvernement Fillon. La politique de Valls est sur la même ligne que celle de Sarkozy, les affaires et l’aspect mafia en moins.

On peut se demander, quelle est la stratégie politique du gouvernement ? En effet, il mène une politique en désaccord complet avec le programme du candidat Hollande. Il fait face à une impopularité record auprès des militants et des sympatisants socialistes. Son image auprès de la gauche est désastreuse. Peut-être est-ce une stratégie pour couper l’herbe sous le pied des Républicains et arriver au second tour des présidentielles face à Marine Lepen (et donc l’emporter) ? En tout état de cause, cela pourrait peut-être conduire dans le futur à une coalition Parti socialiste-Les républicains à l’allemande.

Macron veut tuer le train

Cette semaine, le gouvernement français était tout fier d’annoncer le lancement d’une nouvelle mesure issue de la loi Macron : le développement du transport en autocar sur de longues distances. L’idée ? Les prix du train étant chers et peu accessibles aux plus démunis, des transports à bas coûts en autocar pourrait permettre aux « pauvres » de se déplacer. Tout ceci, comme en Amérique, modèle tant apprécié.

Cette mesure n’a pas de sens. Si les prix du train sont trop chers, la logique serait de subventionner davantage le chemin de fer afin de rendre accessible ce service à tous. Ou mieux, de favoriser l’augmentation des salaires. Mais non : on préfère que les plus pauvres continuent d’être sous-payés et prennent des sous-transport.

Le train est écologique, rapide, sûr (pas d’accidents), public et la France a le meilleur réseau d’Europe. La SNCF, et les régions françaises qui gèrent le TER, vont perdre avec la concurrence des autocars une partie importante de leurs usagers, donc de leurs recettes et ne pourront ni investir ni récupérer leurs investissements passés. Cette réforme ne va pas aider la population : l’état va donner donner de l’argent public à des transporteurs routiers privés, qui dès qu’ils auront tué le trafic ferroviaire, augmenteront leur prix au même tarif que le sont les prix du train actuellement, pour un service nettement inférieur.

Dans quelques années, on voyagera donc moins vite, moins confortables, plus dangereusement et aussi cher qu’aujourd’hui. Merci Monsieur le ministre !

Les Républicains

Nicolas Sarkozy a une idée : renommer son parti Les Républicains. Probablement que ce sera rapidement validé par ses pairs. L’intérêt ? Faire oublier toutes les affaires que traine l’Union pour un mouvement populaire (UMP) comme un boulet, les problèmes des Balkany, Woerth, Dassault, Copé etc. Le truc avait déjà été utilisé lors de la création de l’UMP, pour faire oublier le vieux RPR : le nom rappelait trop aux électeurs la politique et les magouilles de Chirac et Pasqua. En plus de sembler nouveau, le nom Les Républicains sonne énormément américain, peu étonnant quand on connait l’atlantisme forcené de Sarkozy. Inutile de présenter le Republican Party de Reagan et de Bush père et fils. Bonne nouvelle : les réactionnaires se reconnaitront bien dans ce nouveau nom.

En chien de faïence, le gouvernement de Manuel Valls fait une politique de plus en plus libérale. Le symbole en est la loi Macron (en réalité : loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques). François Hollande, qui s’est dit l’ennemi de la finance lors de la campagne électorale de 2012, a en fait choisi un banquier au ministère de l’Économie. Finalement, la politique économique d’Hollande/Valls est très proche de celle de Sarkozy/Fillon. Le Parti socialiste n’a guère de socialiste plus que le nom. On pensera évidemment au Democratic Party américain ou au Labour Party anglais.

Bref, la politique française ressemble de plus en plus à la politique nord-américaine : deux grands partis, différents sur les questions sociétales mais très proches sur le reste… Seule originalité : un parti d’extrême-droite fort. Tout cela n’est guère ragoûtant !