Présidentielle 2017 : Résultats du premier tour

Dans quelques jours, on saura qui est le nouveau président de la République française. En attendant, il est tant de faire le bilan du premier tour de l’élection présidentielle.

Emmanuel Macron est premier, avec 24,01 %. Il y avait un risque que sa candidature se dégonfle dans l’urne, tant il était visible qu’il est le candidat des médias et de l’oligarchie ; cela n’a pas eu lieu. Symbole s’il en faut, il réalise son meilleur score dans les départements de Paris et des Hauts-de-Seine. Malgré les manifestations contre la loi El Khomri et l’ardeur du mouvement Nuit debout, malgré la présence du candidat au sein du quinquennat sortant, malgré le soutien de Manuel Valls et de François Hollande, Emmanuel Macron a réussi à se qualifier et arriver premier.

François Fillon a fait 20,01 %, score étonnament élevé compte tenu des affaires révélées durant la campagne. Il a sans doute pu compter sur le soutien des catholiques intégristes, des personnes âgées et des fidèles de la droite. En 2009, Arnaud Montebourg expliquait qu' »une chèvre pourrait être élue avec l’investiture UMP à Neuilly » : appremment, cela marche aussi un peu à l’élection présidentielle. François Fillon a probablement perdu des voix au profit de Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle et Emmanuel Macron. En réalité, la droite a payé son obstination : si elle avait placé François Baroin à la place de Fillon, elle se serait hissée facilement au deuxième tour.

Jean-Luc Mélenchon améliore de près de 8 points son score de 2012 et récupère 19,58 % des suffrages. Il est arrivé premier dans plusieurs grandes villes de France, telles que Montpellier, Lille, Marseille, Toulouse, Le Havre, Grenoble, Saint-Étienne, Nîmes. Il est arrivé premier aussi dans plusieurs départements. Le candidat de la France insoumise échoue cependant au pied du podium et n’arrive que quatrième. Il paye probablement sa division avec Benoît Hamon (voire avec Philippe Poutou), car il ne lui manquait que 2% pour être au second tour.

Quant à Marine Le Pen, elle peut s’estimer chanceuse d’avoir réussi à se qualifier pour le second tour. Malgré un contexte favorable pour son programme – chomâge fort, attentats terroristes – elle réalise un score national de 21,30 %, inférieur à celui des élections régionales de 2015 (27,73 %) et des européennes de 2014 (24,86 %). Elle doit plus sa place aux boulets que trainaient ses deux poursuivants (les affaires pour Fillon, la concurrence à gauche pour Mélenchon) qu’à sa campagne très moyenne. Son score reste cependant inquiétant et elle arrive en tête dans 8 régions sur 13.

Le deuxième tour oppose donc Emmanuel Macron et Marine Le Pen. C’est à dire, deux candidats très populistes, tous deux ayant un discours très préparé, très politicien et des pans de programmes assez flous. Ils représentent aussi deux visages de la France : les mondialistes heureux, à Paris, Lyon et les grandes villes riches, de l’autre côté les oubliés du système. Ils ont aussi en commun d’avoir été particulièrement mauvais dans les débats avant le premier tour.

Évidemment, l’événement principal de cette campagne est la recomposition du paysage politique. Le Parti socialiste a été détruit, Benoît Hamon n’ayant fait que 6,36 %. Il est probable que le Parti socialiste renaîtra dans le mouvement En Marche d’Emmanuel Macron, proche des « Hollandais » et des « Vallsistes », avec l’avantage d’être un parti libéral décomplexé qui ne doit plus supporter l’héritage du socialisme. Les plus à gauche du parti, peut-être Benoît Hamon lui-même, pourraient rejoindre La France insoumise de Mélenchon, si ce dernier arrive à capitaliser sur son bon score. Les Républicains ne sont pas détruits, cependant ils ne sont pas au deuxième tour et les deux candidats qualifiés leur prennent des voix.

Jean-Luc Mélenchon n’a pas donné de consigne de vote pour le deuxième tour et La France insoumise a simplement demandé à ses sympatisants de ne pas voter Front national, c’est à dire laissant entendre que le vote blanc est aussi juste que le vote en faveur d’Emmanuel Macron. La consultation en ligne des sympatisants de la France insoumise a donné 36% des insoumis pour un vote blanc ou nul, 35% pour un vote Emmanuel Macron et 29% en faveur d’une abstention. En réalité, beaucoup de gens qui ne voteront pas Le Pen auront beaucoup de mal à mettre un bulletin Macron dans l’urne. Emmanuel Macron souffre du même handicap qu’Hillary Clinton aux États-Unis d’Amérique : difficle pour quelqu’un de gauche de se reconnaître dans ce type de candidat. La stratégie d’Emmanuel Macron et des médias pour l’entre-deux tours est de faire culpabiliser les gens qui veulent voter blanc, nul ou s’abstenir ; en revanche, aucun signe d’ouverture ou de rassemblement. C’est aussi le signe que la bataille des législatives a commencé : le camp En marche cherche à affaiblir La France insoumise qui pourrait le menacer sérieusement dans les circonscriptions de gauche.

Présidentielle 2017 : Bilan de la campagne

La campagne du premier tour de la présidentielle française de 2017 touche à sa fin. Il y a plusieurs enseignements à en tirer.

Le premier, c’est que les primaires sont un échec complet. Pour être élus à la primaire, les candidats ont dû développer un programme audacieux (un programme bien à gauche pour Hamon, bien à droite pour Fillon) qui a ensuite bien handicapé leur capacité à rassembler une fois désignés. Cela les a isolé de l’électorat global et les attaques de campagne de primaire a laissé des traces dans leur parti et leurs adversaires rechignent à respecter le choix des électeurs. Résultat des primaires, il est possible que ni Hamon ni Fillon ne soient au deuxième tour (pour Jadot, vainqueur de la primaire écologiste, c’est déjà certain depuis plusieurs mois).

Les deux thèmes omniprésents de la campagne ont été l’économie et le positionnement géopolitique de la France. Plusieurs candidats souhaitent rénégocier en profondeur la relation de la France avec l’Union Européenne (voire pour certain une sortie) ou sortir de l’OTAN. La position à adopter face aux conflits du Proche-Orient et la Russie a aussi été source de débats. Au sujet de l’économie, les débats ont principalement porté sur le chomâge et la relance de l’économie française. Une particularité aussi, quasiment tous les candidats se sont présentés comme représentant le chanegement ou étant anti-système (ce système pouvant être l’oligarchie financière ou les partis traditionnels), quand bien même ils auraient été récemment au gouvernement ou des professionnels de la politique depuis plusieurs décennies.

Une autre nouveauté de cette campagne était l’abandon du principe d’égalité stricte dès la publication de la liste des candidats au Journal Officiel. Or, un projet de loi de 2016 défendu par Jean-Jacques Urvoas a modifié ces règles, faisant que le temps de paroles des candidats est désormais réduit, entre autres, à leur poids dans les sondages. C’est grave, car les sondages peuvent se tromper (ils n’avaient prévu ni le passage d’Hamon, ni celui de Fillon, ni celui de Trump, par exemple), parce que certains sondages sont fait par des entreprises privées et pourraient favoriser certains candidats. De plus, il y a des indécis, des gens qui ne souhaitent pas communiquer leur vote. En réalité, il n’y a pas de « petits » ou de « grands » candidats. Tant que le vote n’a pas commencé, tous sont à 0% et devrait bénéficier d’un temps de parole égal. Nicolas Dupont-Aignan a d’ailleurs parlé à juste titre de viol démocratique.

Cette campagne dénote aussi par ses rebondissements. Tout d’abord, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Manuel Valls, François Hollande n’ont pas réussi à être candidats. Ensuite, François Fillon, candidat d’une droite unie, qui aurait dû avoir un boulevard devant lui, s’est empêtré dans le penelopegate. Emmanuel Macron, soutenu par les médias et l’oligarchie, a réussi à occuper tout l’espace médiatique, contribuant avec Jean-Luc Mélenchon et ses talents de tribuns à complétement eclipser Benoît Hamon, le candidat socialiste.

Le deuxième tour reste particulièrement ouvert. Quatre candidats – Le Pen, Macron, Fillon, Mélenchon – sont probablement capables de l’atteindre. Le Pen n’a aucune chance d’être élue, ayant peu de réserve de voix, mais le cas idéal pour elle serait de ce retrouver contre Fillon, où elle pourrait activer son hochet « UMPS » et l’attaquer sur ses affaires. Macron a les médias et l’oligarchie en soutien, c’est un atout qui pourrait aussi se retourner contre lui : on se souvient du TCE, vanté par les médias et boudé par les électeurs. Il fera probablement moins que les scores qu’on lui prête. Mélenchon est très présent sur Internet, il a fait une bonne campagne mais peut être plombé par les autres candidatures de gauche qui vont lui prendre des voix, en particulier Benoît Hamon et Philippe Poutou. Étant donné que la place au second tour se fera à quelques pourcentages prêts, cela peut lui jouer des tours. L’étiquette « dangereux extrémiste » que lui colle les médias pourraient aussi pousser des électeurs pourtant acquis à son programme à voter pour Macron, plus consensuel et gendre idéal. Fillon, lui, a une partie de la droite qui le suit par dépit (il a déclaré avec lucidité « Je ne vous demande pas de m’aimer, je vous demande de me soutenir ») et le soutien sans faille des catholiques intégristes. Cependant, son positionnement pendant les primaires d’honnête homme contre la corruption et les révélations ensuite, sa promesse non tenue qu’il se retirerait s’il est mis en examen et sa mauvaise défense vont le miner. Sa présence au deuxième tour dépend directement du ratio de sa base d’électeurs qui va se reporter sur Macron, Lassalle et Dupont-Aignan.

Présidentielle 2017 : Emmanuel Macron

Fils de médecins, élève brillant (lycée Henri IV, DEA de philosophie, Sciences Po, l’ENA), Emmanuel Macron a été inspecteur des finances puis banquier d’affaires chez Rotschild, ce dernier poste lui permettant de devenir multi-millionaire. En 2007, il est rapporteur général adjoint de la commission Attali sur la croissance voulue par Nicolas Sarkozy. Proche du parti socialiste, il soutient François Hollande lors de la primaire présidentielle socialiste de 2011 et est l’un des artians de la campagne présidentielle de François Hollande en 2012. Il est nommé secrétaire général adjoint de la présidence de la République (2012-2014) et s’occupe de la politique économique d’Hollande, ainsi il est à l’origine du pacte de responsabilité et de solidarité. Emmanuel Macron est ensuite ministre de l’Économie du gouvernement Valls (2014-2016), avant de claquer la porte pour « trahir » son camp et se déclarer candidat à la présidentielle sans passer par la case primaire.

Emmanuel Macron est par conséquent très largement responsable de la politique économique de François Hollande. Personne ne s’y trompe. La majorité des cadres de sa campagne sont membres ou ont été membres du Parti socialiste. Il a été rallié par les cadres et la majorité de l’aide droite du Parti socialiste, c’est à dire les « hollandais » et les « vallsistes ». François Hollande le soutient à demi-mot, Manuel Valls le soutient officiellement malgré son engagement initial de se rallier au vainqueur de la primaire socialiste, Benoît Hamon. Emmanuel Macron est probablement le fossoyeur du Parti socialiste, qu’il recréera sous un autre nom. Emmanuel Macron est aussi rallié par François Bayrou, qui y voit sans doute une opportunité pour retourner aux responsabilités. Ou encore Daniel Cohn-Bendit, depuis de nombreuses années pour une économie sociale-libérale. Ou François de Rugy, opportuniste ex-écologiste (il a voté pour la loi renseignement contre son parti en espérant un poste dans le gouvernement socialiste, puis s’est présenté à la primaire socialiste sans en respecter les règles). Ou Robert Hue, ancien communiste qui avait soutenu François Hollande en 2012. Ou Corinne Lepage, écologiste de centre-droit. Quelques élus des Républicains, comme Dominique Perben, Jean Tiberi et certains soutiens d’Alain Juppé, soutiennent également Emmanuel Macron, tout comme d’autres personnalités proches de la droite telles qu’Alain Minc, Jacques Attali ou Bernard Kouchner.

Emmanuel Macron est en fait l’illustration parfaite de la porosité des politiques économiques libérales menées par Sarkozy-Fillon (2007-2012) puis par Hollande-Valls (2012-2017). C’est vrai, Emmanuel Macron est plus modéré que François Fillon sur la destruction des acquis sociaux et des services publics : il propose par exemple de supprimer le RSI, de ne plus faire payer la taxe d’habitation aux plus pauvres, d’augmenter le minimum vieillesse. Toutefois, Emmanuel Macron veut diminuer le nombre de fonctionnaires (par leur non-remplacement), réformer l’ISF, supprimer les 35h, modifier le code du travail et négocier « plus près du terrain » les horaires effectifs et l’organisation du travail, diminuer les dépense de l’assurance maladie. Comme Nicolas Sarkozy ou Manuel Valls, Emmanuel Macron parle de « réforme » et de « modernisation de l’économie », termes de novlagues pour qualifier une régression sociale. Peu favorable à une réforme de l’Union européenne, Emmanuel Macron est en fait le candidat libéral de la finance internationale, plus encore que François Fillon, ce dernier étant plus radical antisocialement mais un poil plus attaché aux traditions et à la souveraineté nationale. Tout ceci s’illustre par le soutient de Pierre Gattaz, patron du MEDEF, de nombreux milliardaires dont des proches de Sarkozy comme Bébéar (Axa), Arnaud (LVMH), Drahi (SFR), Bompart (FNAC-Darty), Bolloré (médias). Le site de campagne de Macron était initialement hébergé par le think thank libéral Institut Montaigne. D’une manière générale, on observe aussi que Macron est le chouchou des médias, ce qui est peu étonnant puisqu’il a dans ses soutiens, outre Bolloré (Itélé, Canal+, C8) et Bernard Arnaud (Le Parisien, les Échos), Pierre Bergé et Xavier Niel (Le Monde, L’Observateur, La Vie, Télérama), Yves de Kerdrel (Valeurs Actuelles). Certains soutiens possèderaient aussi des parts dans les instituts de sondage. Bref, Macron n’a pas vraiment de parti mais il n’est pas seul.

Emmanuel Macron rejoint également la politique sécuritaire et liberticide menée par Nicolas Sarkozy, François Fillon et Manuel Valls. Il prône ainsi une censure de l’Internet et demande que les acteurs privés de l’Internet « s’engagent à retirer de tels contenus sans délai » et veut que « les entreprises aient une obligation absolue de résultat sans pouvoir opposer [il ne sait] quelle impossibilité technique ou principe de liberté ou de neutralité ». Il s’est aussi positionné contre l’utilisation du chiffrement pour les particuliers. Atlantiste, Emmanuel Macron est le seul candidat qui soutient les traités TAFTA et CETA pour aller vers un marché commun avec l’Amérique du Nord. Enfin, Emmanuel Macron parle très peu d’écologie.

Bref, plus encore qu’un libéral à la Gerhard Schröder ou à la Tony Blair, Emmanuel Macron est un libéral à l’américaine, à la Bill Clinton, Jean Chrétien, Justin Trudeau : il est ouvert et moderne sur les questions de société (droits des minorités), veut laisser les entreprises privées contrôler l’économie et voit dans les frontières un obstacle inutile. Une autre facette importante de sa candidature est son côté franchement populiste. Un jour, il qualifie la colonisation de crime contre l’humanité et défend la procréation médicalement assistée, un autre que la colonisation a eu des aspects positifs et que les anti-mariage pour tous ont été humiliés. Son programme est peu détaillé, flou, va dans tous les sens. S’il parle beaucoup d’économie, certains thèmes tels que la géopolitique sont totalement absents de ses discours. Lors des débats et sur les plateaux de télévision, il fait de longues phrases marketing, sans fond et sans jamais prendre vraiment parti. Emmanuel Macron, c’est une drôle de synthèse : il a le populisme de Marine Le Pen, le volontarisme martial de Valls, les amis et la gestuelle de Sarkozy, le flou d’Hollande.

Désinformation gouvernementale

Au cœur de la politique libérale du tandem Hollande/Valls, la contestation sociale bat son plein. Les manifestations contre la loi travail dite El Khomri sont fréquentes, le mouvement parisien « Nuit debout » s’est durablement installé place de la République, les grèves se multiplient. On devrait s’attendre à un peu d’écoute de la part des autorités : que nenni !

Le premier élément qui marque, c’est la violence policière. Soulignons tout d’abord que la préfecture de Paris, les CRS et la gendarmerie mobile font en général un travail remarquable pour encadrer les manifestations, où les incidents sont rares alors même que parfois des centaines de milliers de personnes énervées défilent. C’est vrai dans la capitale, mais pas seulement. Cependant, on semble observer une recrudescence inquiétante des bavures policières. Peut-être est-ce dû à la fatigue accumulée et au stress des forces de l’ordre, peut-être est-ce aussi dans le but d’étouffer la contestation. De nombreux cas de violences gratuites circulent sur les réseaux sociaux (voir des exemples en fin d’article) ainsi que des aggressions délibérées de journalistes par les forces de l’odre.

Les manifestations ont vu aussi apparaître, en particulier en région parisienne et en Bretagne, leur lot de casseurs. Il s’agit de jeunes encagoulés, prompts à en découdre avec la police mais à casser les vitrines et piller les magasins. Certains sont politisés mais ce n’est certainement pas le cas de la majorité. Ces ‘hooligans de manif’ sont responsable d’aggression honteuses contre les forces de l’ordre. Depuis la montée de la contestation contre les violences policières, sur les réseaux sociaux et dans certains journaux, ces casseurs sont mis en exergue dans les grands médias. On y associe fréquemment les qualificatifs d' »extrême-gauche » et de « gauche radicale ». Le but est évidemment de discréditer la contestation contre la politique gouvernementale ainsi que la gauche de l’opposition, à un moment où les sondages donnent le candidat du Front de gauche et celui du Parti socialiste au coude à coude pour les prochaines élections.

Bref, c’est une guerre de l’information : on tente de minimiser les violences policières (c’était le cas au mois de mai, où les réseaux sociaux pullulaient de vidéos et de témoignages mais les médias restaient très discrets) et on maximise les débordements desdits casseurs (qui existent cependant, et sont inadmissibles). De même, on a vu certains médias de droite mettre toute leur énergie pour discréditer les syndicats. On les qualifie d’extrémistes, d’illégitimes, voire de soviétiques, de mafieux ou de totalitaires ! Ces derniers ne sont certes pas parfaits et parfois leur direction est corrompue. En revanche, la majorité des syndicalistes, ceux de la CGT comme les autres, sont des gens qui se battent simplement pour que soient respectés les droits de leurs collègues. Monter les gens contre les syndicalistes, ça ne sert les intérêts que d’une petite minorité privilégiée. Encore une fois, il s’agit de diviser pour régner et de pousser les contestataires à se tirer une balle dans le pied.

Pour couronner le tout, Emmanuel Macron a été envoyé à Montreuil (Seine-Saint-Denis) pour dévoiler un timbre célébrant le 80e anniversaire du Front populaire. Emmanuel Macron, un des artisans de la destructions des acquis sociaux. Bref, tout est fait pour brouiller les pistes et essayer d’étouffer la contestation, à l’inverse même des principes élémentaires de démocratie qui devraient favoriser le dialogue. Évidemment, la loi « travail » est passée grâce au 49-3 et la France est toujours sous l’état d’urgence.

Quelques vidéos illustratives :
Violence gratuite à Toulouse le 26 mai 2016 : https://www.youtube.com/watch?v=FwZLr3sQld0
Violence gratuite à Toulouse le 14 mai 2016 : https://www.youtube.com/watch?v=d5Xifqv6C0w
Violence gratuite à Paris le 14 juin 2016 : https://twitter.com/OneRadex/status/742831754726281218

La politique de droite de Manuel Valls

Le 12 janvier, le tribunal correctionnel d’Amiens a condamné à neuf mois ferme de prison (exactement deux ans de prison, dont quinze mois de sursis assortis d’une mise à l’épreuve de cinq ans, avec peine de prison ferme aménageable) huit anciens salariés de l’usine Goodyear à Amiens-Nord. Leur faute ? Ils avaient retenu durant 30 heures le directeur des ressources humaines ainsi que le directeur de la production de leur usine menacée de fermeture. Les deux « victimes’, qui avaient reconnus n’avoir pas été violentées, et l’entreprise avaient renoncé à leur plainte. Cependant, le parquet avait décidé de poursuivre les anciens salariés. Je ne me prononcerai pas sur la décision du juge, car je sais qu’il a appliqué le droit, que retenir de force des personnes est illégal et je n’ai pas lu le fond du dossier. Cependant cette condamnation est révoltante. Tout le sait que la vraie violence n’est pas celle subit ces deux cadres, qui ont eût peur, dans un bureau, pendant quelques heures. La vraie violence, elle est pour ce millier de personnes licenciées, peu qualifiées, qui vont pointer au chomâge parfois pendant des années, des anciens ouvriers et toute leur famille qui vont devenir des parias, des assistés, des minables, mis au ban de la société. Le gouvernement n’a pas réagi : même s’il y a une tradition de ne pas commenter les décisions de justice, sur ce point, c’est un signe clair et fort de mépris.

Le « Pacte de responsabilité » de 2015 du gouvernement a abouti a des cadeaux aux grandes entreprises sans contreparties. La réforme des retraites en France en 2013 a rallongé la durée de travail. Aujourd’hui, la loi travail de Myriam El Khomri veut diminuer les droits des salariés. Le but ? Donner de la flexibilité, ce qui générerait de l’emploi. Cependant, c’est loin d’être évident : depuis les années 1980, le nombre de CDD a explosé, le nombre de stage aussi, les règles ont été assouplies et pourtant le chomâge a augmenté. Le code du travail est là pour faire un équilibre entre le pouvoir naturel du dirigeant sur ses salariés et éviter les abus. Le projet de loi travail du gouvernement va augmenter la précarité et fragiliser les travailleurs les plus faibles. Certes, les entreprises progressent plus vite quand elles ont un minimum de contraintes administratives. Mais le problème du chomâge ne réside pas principalement dans la diminution des droits et des conditions de travail des salariés : l’appétit toujours plus grand des actionnaires et les délocalisations, par exemple, y contribuent beaucoup. La question de la compétitivité des entreprises dans l’économie mondialisée n’a toujours pas été résolue : si nous voulons vraiment être compétitif contre la Chine, il va falloir travailler comme les Chinois. Est-ce dans cette direction que souhaite aller le gouvernement ?

En réalité, on l’avait pressenti dès la loi Macron. François Hollande et Manuel Valls, encartés au Parti socialiste, ne sont pas socialistes du tout. Ils mènent une politique libérale digne de la droite classique, transcrivant dans les textes les souhaits du Mouvement des entreprises de France (Medef), de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) ou du CAC40. Ils n’ont que faire des salariés et encore moins du peuple. En cela, on est dans la tradition d’un Gerhard Schröder ou d’un Tony Blair. En parallèle, le gouvernement a mis sur place un état autoritaire et policier, grâce à la loi renseignement de 2015 et l’état d’urgence depuis fin 2015. D’une main, on restreint les droits et les libertés du peuple, de l’autre, on étouffe la contestation. Et pour couronner le tout, on se charge aussi d’abaisser le niveau de l’enseignement : diminution du nombre de redoublement, suppression de l’enseignement des langues mortes etc. En cela, le gouvernement Valls a déjà fait pire que le gouvernement Fillon. La politique de Valls est sur la même ligne que celle de Sarkozy, les affaires et l’aspect mafia en moins.

On peut se demander, quelle est la stratégie politique du gouvernement ? En effet, il mène une politique en désaccord complet avec le programme du candidat Hollande. Il fait face à une impopularité record auprès des militants et des sympatisants socialistes. Son image auprès de la gauche est désastreuse. Peut-être est-ce une stratégie pour couper l’herbe sous le pied des Républicains et arriver au second tour des présidentielles face à Marine Lepen (et donc l’emporter) ? En tout état de cause, cela pourrait peut-être conduire dans le futur à une coalition Parti socialiste-Les républicains à l’allemande.