Les ventes de disques snif

Il paraît que les ventes de disques ont baissé, comme tous les ans. J’ai déjà abordé très largement le sujet ici, voici donc quelques idées en bref :

  • On ne voit pas pourquoi ces ventes devraient augmenter;
  • La vente en ligne progresse, ce sont presque les mêmes acteurs;
  • La vente de DVD progresse, ce sont les mêmes acteurs;
  • De plus en plus de disques vendus sont protégés par des verrous numériques (DRM) donc non-fonctionnels;
  • Les disques sont beaucoup trop chers;
  • L’offre est pauvre et globalement c’est de la soupe, surtout les diffusions médiatiques;
  • L’industrie arnaque les consommateurs et rémunère les artistes très mal;
  • DADVSI a montré le mépris des majors pour leurs consommateurs (et la démocratie, au passage);
  • L’offre de musique libre de qualité (David TMX…) se développe.

Voilà, il y a encore plein d’autres raisons. Soit les majors s’adaptent, soit tant pis pour eux.

Les disfonctionnements de la démocratie

Évidemment en Occident la démocratie n’est pas parfaite. Elle marche plutôt bien, bien que constamment soumise à des lobbys divers et variés (financiers, idéologiques, communautaires etc.). Cependant on a pu sentir certaines de ses disfonctionnements en France au cours de ces dernières semaines.

Le premier cas est la fameuse loi DADVSI, adptation française de la directive européenne EUCD, déjà cité sur ce blog. Pour résumer, cette loi vise à reglémenter ce qui concerne la copie privée, l’échange de données numériques et ce qui a trait au multimédia. Après avoir tenté de faire passer rapidement cette loi à Noël, pour éviter tout débat, le ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres a ensuite retiré les amendements qui ne lui plaisaient pas (notamment sur la licence globale), et a fait revoter la loi. Les députés de la majorité ont ainsi entériné toutes les dispositions répressives proposées par le gouvernement les 14, 15 et 16 mars 2006. Le projet de loi doit maintenant être étudié par le Sénat.

Le problème de l’échange de contenu numérique sur internet n’est pas simple et a suscité beaucoup de débats parmi les citoyens. Pourtant, le ministre semble avoir fait la sourde oreille aux revendications des internautes, des artistes et des entreprises qui ont signé la pétition d’EUCD.info. Il n’a apparement pas non plus étudié très longtemps la proposition d’une « licence globale » qui semblait pourtant satisfaire beaucoup de monde. Monsieur Renaud Donnedieu de Vabres a davantage prêté oreilles à la désinformation de l’industrie du disque. Simple volonté politique, ou bien manipulation de gros lobbies financiers? On trouve la réponse sur « l’incident » du 20 décembre 2005 à l’Assemblée Nationale relayé par de nombreuses sources. On apprend ainsi que « (…) quelques heures avant le début de l’examen du projet de loi DADVSI, des représentants d’éditeurs de services en ligne commerciaux (…), badgés « Ministère de la culture », ont fait des démonstrations de leurs sites de téléchargement de musique payante dans une salle, proche de l’hémicycle. Ils ont également offert des avantages en nature aux parlementaires (cartes prépayées de 9,99 Euros donnant droit à télécharger gratuitement une dizaine de morceaux de musique). ».

De mon point de vue, ce n’est que la partie immergée de l’iceberg des tentatives d’influence exercées auprès des politiciens par des compagnies richissimes qui sont prêtes à tout pour conserver leur pouvoir sur les artistes et les consommateurs. De plus, on peut penser que cette manipulation est d’autant plus facile que les députés ne comprennent pas tous grand chose à l’informatique et les nouvelles technologies, comme l’ont montré les débats.

Le deuxième exemple est la fameuse loi sur le Contrat première embauche (CPE). Je ne m’étendrai pas sur le contenu de ce nouveau contrat de travail, sur lequel on trouve moult informations sur internet et des jolies propositions pour le sigle CPE telles que « Cherche pigeon étudiant ». Je n’y vois ni plus ni moins qu’une loi permettant à certaines entreprises peu scrupuleuses d’embaucher des jeunes à bon prix et de les renvoyer le jour voulu, sans passer par la case départ et sans prendre 20 000 Francs (*), et réitérer le processus sans fin. La justification du gouvernement est que son projet réduira le chômage… ce qui n’a strictement rien à voir. Pour ne citer qu’un seul argument : ce n’est pas le CPE qui va donner envie aux entreprises d’embaucher, c’est la conjecture économique. Et dans le même genre de contrat, il existe déjà le Contrat à durée indéterminée qui contient une période d’essai de 3 mois. Bref, un projet qui n’apporte rien de bon pour les jeunes salariés, et qui vise à développer la précarité de l’emploi alors que la France est un pays assez riche pour proposer à ces citoyens des solutions plus intelligentes.

Ce n’est pas cela qui me gêne le plus. Les gouvernements UMP successifs nous ont habitués depuis 2002 à de nombreuses lois anti-sociales. La droite a été élue, il nous reste à être patient, rester vigilant, éventuellement se défouler, et lui indiquer la porte de sortie aux prochaines élections. Non, le vrai problème, c’est la méthode. Le Premier ministre a établi son projet de loi dans son coin. Il a omis de consulter les jeunes – qui sont quand même les premiers concernés -, les travailleurs sociaux, les syndicats, les salariés… en fait, il n’a consulté personne. Non content de son projet, il l’a fait passer de force à l’Assemblée Nationale en invoquant l’article 49-3. Maintenant que les sondages estiment que 63% de la population française est contre le projet de loi, que la plupart des Universités sont bloquées et que des centaines de milliers de gens manifestent, Monsieur de Villepin appelle au dialogue et affirme qu’ils ne veut pas retirer son projet de loi. Où est la démocratie ?

Le plus inquiétant, c’est que l’énergie dépensée pour faire passer coûte que coûte ces textes n’a pas vraiment l’air motivée par de réelles motivations politiques ou idéologiques, mais plutôt par des pressions exercées par des lobbies financiers. Loin de moi l’idée de dire que tous les ministres et les députés sont des corrompus, mais il n’est pas exclu qu’il y en ait beaucoup plus qu’on ne le pense.

La France joue un jeu absurde : son gouvernement crée des lois contre l’intérêt de ses citoyens. Dans le cas DADVSI, contre les utilisateurs de logiciel libre, les internautes, les consommateurs de musique et la majorité des artistes ; dans le deuxième cas, contre les jeunes salariés. Plutôt que de chercher à détruire son peuple, pourquoi le gouvernement ne se fait-il pas hara-kiri lui même?

(*) Allusion au jeu de société Monopoly.

Les ventes de disque stagnent, la désinformation monte

On a coutume de dire qu’en France, la presse est libre est indépendante. Si on observe bien, il est clair que ce n’est pas toujours vrai. Concernant un sujet, c’est toujours faux, et ceci depuis plusieurs années : l’industrie de la musique.

Ce mardi, j’observe sur Yahoo France la dépêche suivante, provenant le l’AFP : « Les ventes de livres et de disques ont stagné en 2005 en France, illustrant la morosité économique de secteurs bousculés par l’arrivée des nouvelles technologies, selon des chiffres publiés mardi. (…) Le constat n’est pas plus réjouissant pour l’industrie du disque: son chiffre d’affaires a baissé d’environ 3% en 2005 alors que le volume des ventes s’est stabilisé, selon le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP). « 2005 est encore une année à la baisse », a déploré le directeur général du SNEP, Hervé Rony. Selon le SNEP, le marché de la musique numérique (téléphonie mobile et internet) a en revanche augmenté en 2005 pour représenter quelque 30 à 35 millions d’euros (deux tiers venant de la téléphonie mobile, un tiers d’internet), environ quatre fois plus qu’en 2004. « On est dans une phase où les pertes du marché physique continuent alors qu’elles commencent à peine à être compensées par le numérique », a expliqué M. Rony à la presse. »

C’est un des exemples de manipulation de l’information. Comme par hasard, et comme d’habitude, l’auteur a omis de mentionner la hausse constante de la vente de DVD. Le nombre de DVD achetés continue d’augmenter. En effet, il y a eu 120 millions de copies vendus pour l’année 2004 (soit plus de 1840 millions d’euros rapportés, source CNC), 76 millions de DVDs avaient été vendu en 2003, 40 millions en 2002, 25 millions en 2001 (source SEV). Or, c’est la même industrie qui édite les DVDs et les CDs audio (Universal etc.). Une omission bien bizarre, surtout qu’elle est systématique dans les médias. Le message qui circule en Europe comme en Amérique est « l’industrie du disque est en crise » alors qu’on peut supposer qu’aucune perte conséquente n’est enregistrée chez les majors. Bien entendu, tout ceci sert de justification pour essayer de faire passer des lois renforçant le pouvoir des majors comme le fameux projet DADVSI en France, et plus largement l’EUCD en Europe et le DMCA aux États-Unis.

Évidemment, les médias omettent également de parler du prix élevé des CD. Le nombre de CD achetés baisse, mais le prix moyen d’un album est passé de 15 à 25 euros en 5 ans. Au final, les majors doivent quand même pas perdre tant que ça. Ensuite, on peut attribuer cette baisse de vente aux majors eux mêmes : de moins en moins d’artistes signés, mais avec de plus en plus de passage sur les ondes (parfois la même chanson plusieurs fois par heures sur certaines radios). Le choix et la qualité diminue, les consommateurs achètent moins, ce qui parait logique. On peut aussi se rendre compte facilement que jamais en France les majors n’ont eu autant de publicité que ces dernières années, où des émissions de musique-télé-réalité comme Star Academy font de la publicité pendant au moins une heure par jour sur les grandes chaines nationales. L’industrie réalise finalement des millions de ventes sans effort pour des chansons oubliées trois mois après.
Ce n’est pas tout !

La désinformation ne s’arrête pas là. Depuis plusieurs années on nous parle toujours de procès ou d’arrestation contre « des pirates qui téléchargent illégalement de la musique sur internet » alors que rien dans la loi française ne stipule clairement que le téléchargement sur internet est illégal – il pourrait être assimilé à de la copie privée – et que dans les cas cités par la presse, il s’agit quasiment toujours de personnes qui faisaient commerce de leur téléchargement. J’ai aussi entendu que « le nombre de téléchargement sur internet a baissé de x% » alors qu’évidemment aucune statistique fiable ne peut mesurer une telle chose – les gens qui ont peur que ce soit illégal ne s’en vantent pas.

Bref, la presse dans son ensemble (journaux, télé, radio) diffuse des informations biaisées sur le sujet de la musique et cela dure depuis plusieurs années. Une première explication facile serait que tous les journalistes sont des incompétents notoires qui ne réflechissent pas. La deuxième, davantage plausible, est que les médias sont manipulés comme des marionnettes par les lobbies du mutimédia. Une preuve que l’information est volontairement déformée, c’est que la figure de proue de ces lobbies en France, Pascal Nègre (PDG d’Universal Music France, et qui a travaillé auparavant pour BGM, Colombia et Polygram), est invité à toutes les émissions sur le sujet, avec généralement personne en face pour faire un vrai débat. Que reste-t-il de la liberté de la presse ?

DADVSI, a new threat to our freedom

Probably you have heard about the Digital Millennium Copyright Act (DMCA), in USA. In European Union is a DMCA-like directive called EUCD (the French version is called DADVSI), on the harmonisation of certain aspects of copyright and related rights in the information society.

Only Czech Republic, France and Spain have not implemented this Directive to date, but the French government wants now to implement it fast in the 22-23 December night. I tell you about this bill here because you can help EU citizens, and because this kind of bill will probably comes to your country one day.

Why do we fight the DADVSI bill ? An answer is on the http://eucd.info site : « Creating your own compilations from a CD, extracting your favourite piece of music to listen to it on your computer, transfering it on a MP3 player, lending a CD to a friend, reading a DVD with free software or duplicating it to be able to enjoy it at home and in your country house : many common practices, perfectly legal, which the French government plans to forbid in fact. The copyright and neighbouring rights in the information society bill (DADVSI) (n°1206) which the French government will try to force through in the coming weeks by using an emergency procedure, actually legitimates the technical devices installed by CD and DVD editors and producers to control their use. And above all, the bill plans criminal penalty against people who would dare to remove those. »

There is a petition, some big groups signed it, such as Mandriva or Sun Microsystem. Perhaps your organizations could sign it too, and all of you who want to fight against this kind of restrictions against citizen’s freedom, free software and free art. The petition is there (at the top it is for individuals, at the bottom for organisations).

DADVSI, nouvelle menace pour nos libertés

L’EUCD est une directive européenne sur l’harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins dans la société de l’information. Ce texte doit être adopté par les pays membres, il a déjà été adopté par tous les pays de l’Union sauf la France, l’Espagne et la République Tchèque. C’est maintenant la France qui est menacée.

Ici une brève explication tirée du site http://eucd.info qui centralise tout sur le sujet : « Graver ses propres compilations à partir d’un CD, extraire son morceau favori pour l’écouter sur son ordinateur, le transférer vers un baladeur MP3, prêter un CD à un ami, lire un DVD avec un logiciel libre ou bien le dupliquer pour en disposer à la fois chez soi et dans sa maison de campagne : autant de pratiques très répandues, et parfaitement légales, que le gouvernement français propose de proscrire de fait. Le projet de loi sur le Droit d’Auteur et les Droits Voisins dans la Société de l’Information (DADVSI) (n°1206) que le gouvernement va tenter de passer en force dans les prochaines semaines via une procédure d’urgence [dans la nuit du 22 au 23 décembre], légitime en effet les dispositifs techniques de contrôle d’usage installés par les éditeurs et les producteurs sur les CD et les DVD. Et surtout, il prévoit des sanctions pénales pour qui s’aviserait de les faire sauter.»

Je vous invite à signer la pétition suivante et à en parler autour de vous. On notera que la pétition a déjà été signée par des collectifs importants, notamment OpenOffice.org francophone (qui édite la suite bureautique du même nom), Mozilla Europe (qui édite le navigateur Firefox), le parti politique Les Verts, l’association ATTAC, Mandriva (distribution GNU/Linux, Sun Microsystem (une grande entreprise américaine d’informatique).