Justin Trudeau fait carton plein

Lors des élections fédérales, sans surprise, le Parti conservateur n’a pas réussi à se maintenir. Empêtré dans le scandale Mike Duffy pour financement électoral illégal, étant jugé responsable de la faible croissance économique et aussi la volonté de changement après quasiment une décennie au pouvoir a eu raison de Stephen Harper. Il finit bon deuxième avec 31,89% devient l’opposition officielle.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) avait pas mal de cartes en mains pour prendre le pouvoir. Opposition officielle à la Chambre des communes, ayant des propositions concrètes face à Harper, il n’a cependant pas réussi à reproduire l’effet Jack Layton de 2011. Et pour cause. Le NPD s’est fait doublé sur sa droite par le parti libéral, sans doute moins pour son programme mais pour la personnalité de son chef. Le parti libéral a en effet sorti un atout de charme. Justin Trudeau, 43 ans, bel homme, à la fois l’achétype du gendre idéal, du représentant de commerce et de l’acteur hollywoodien. Une sorte d’Obama blanc. Posé, consensuel, jouant la modération, faisant des promesses à tout va, il a réussi à terrasser ses adversaires. Le fait d’être élu dans la circonscription de Papineau lui a sans doute appris à ne pas se montrer trop arrogant sur les questions sociales. Enfin, il est le fils du célèbre Premier ministre Pierre Elliott Trudeau, connu pour son anti-souverainisme québécois mais aussi considéré comme un homme d’état canadien majeur. Bref, malgré son peu d’expérience, Justin Trudeau a réussi à faire carton plein : le Parti libéral remporte 184 sièges, soit la majorité absolue mais aussi le nombre le plus important de députés pour un parti depuis les élections de 1984. Notons qu’il n’avait que 34 sièges en 2011, c’est donc une progression assez vertigineuse. Le Parti libéral fait 39,47% quand le NPD ne fait que 19,71%, ce qui reste néanmoins un score très élevé.

Avec 10 sièges, le Bloc québécois progresse en nombre de siège par rapport à 2011 mais il ne recueille que 19,3 % des voix au Québec, moins qu’en 2011. Le retour de Gilles Duceppe, malgré un bon débat francophone, n’a pas aidé. Le thème de la laïcité à la française et de la volonté d’interdire le port du niqab dans certaines circonstances n’a semble t-il pas intéressé grand monde. En moins de dix ans, le Bloc a divisé ses voix par deux et ses sièges par cinq. Il semble que sa raison d’être sur la scène fédérale s’essouffle, sans doute parce qu’il y a un autre parti social-démocrate (le NPD) mais aussi que le projet nationaliste québécois est au point mort.

Elizabeth May, pour le Parti vert du Canada, réussit à se faire réélire dans sa circonscription de Colombie-Britannique, mais son parti ne gagne que 3,45 % des suffrages. Les autres partis font tous moins de 0,1% des voix, à l’exception du Parti libertarien qui recueille 37 407 voix, soit 0,28%.

Élections fédérales canadiennes : tout le monde gagne

C’est certain, les grands gagnants de l’Élection sont les Conservateurs de Stephen Harper. Harper sera le Premier ministre du Canada, après 13 ans de gouvernement libéral. Harper peut maintenant rêver à promouvoir les bonnes valeurs chrétiennes et dire « Que Dieu vous bénisse » quand il parle dans les provinces anglophones, révoquer les droits de la communauté homosexuelle, soutenir le bouclier antimissile américain, lutter contre la contraception, aider les États-Unis d’Amérique dans leur guerre contre l’Irak, faire sortir le Canada du protocole de Kyoto… Pour le nouveau grand sachem du Canada, le ciel est entièrement bleu, et bientôt le pays des Micmacs et leurs amis sera le 51ème état des États-Unis d’Amérique. La chose la plus excitante pour Harper est probablement le coup de téléphone qu’il a reçu de George W. Bush hier matin.

Même si le réalisateur Michael Moore est déçu, comme je le suis, le peuple canadien est aussi gagnant. La victoire d’Harper était donnée par tous les sondages ces dernières semaines. Chacun savait qu’il allait diriger le pays. Cependant, le point positif est qu’il n’a pas réussi à obtenir une majorité de sièges. Avec 124 sièges, le Parti conservateur vont devoir s’appuyer sur un des partis d’opposition pour survivre parmi les 308 sièges de la Chambre des communes et chaque partie de législation devra sans doute être négociée. De plus, aucun membre du parti conservateur n’a été élu dans les grandes villes (Toronto, Montréal, Vancouver).

Les Libéraux de Paul Martin sont présentés dans les médias comme les grands perdants. Quant on pense à l’accumulation de preuves montrant que le Parti libéral du Canada est corrompu, comme le scandale des commanditesn ils ont été chaceux de remporter 103 sièges à la Chambre. Ils sont maintenant un fort opposant aux Conservateurs, ils peuvent soigner leur image et avoir l’air d’apporter des idées modernes par opposition au parti d’Harper. Le Bloc Québécois a pris 51 sièges – un peu moins de 2004 où ils en avaient 51 -, ils ont aussi perdu des siègzs dans la zone de Québec, mais ils ont gagné de nouveaux sièges dans d’autres circonscriptions. Pour “le Bloc”, le résultat de ces élections est neutre. Pour les souverainistes du Québec, les élections des conservateurs pourrait être un bon moyen de promouvoir une société québécoise qui portent différentes valeurs. Le NPD a gagné 29 sièges, leur meilleur résultat depuis 1988, et 9 de plus que lors des dernières élections. Un autre gagnant est le Parti vert du Canada qui a obtenu 4,49% des suffrages. Il n’obtient aucun siège, mais le parti a obtenu son plus grand score depuis sa création, et va désormais recevoir environ 1,1 millions de dollars canadiens par an jusqu’à la prochaine élection.

De mon point de vue, tout le monde a donc gagné les élections. Tout le monde, sauf peut-être l’étrange Parti marijuana qui n’a obtenu que 0,06% des suffrages (respectivement 0,25 en 2004 et 0,52% en 2000).

Canadian federal election: everybody wins

Obviously, the major winners of the Canadian federal election are Stephen Harper’s Conservatives. Harper will be the new Prime Minister of Canada, after 13 years of Liberal governance. Harper can now dream about promoting good christian values and saying « God bless you » when he speaks in an English speaking province, revoking the rights of the homosexual community, supporting the US National Defense Missile (NMD), fighting against contraception, helping the USA in the war against Iraq, making Canada leave the Kyoto Protocol… For the new sachem of Canada, the sky is entirely blue, and soon the country of Mi’kmaqs and their friends will be the 51th state of the USA. Above all, the congratulations of George W. Bush that he received on the phone this morning are probably the hottest thing for Harper.

Even if the filmmaker Michael Moore is disappointed, as I am, Canadian people are also winners. Harper’s victory was given by all the surveys the past weeks. Everybody knew that he would lead the country. But the good thing is that he failed to win a majority of seats. With 124 seats, the Conservatives will have to rely on the support of at least one opposition party to survive in the 308-seat House of Commons, and every piece of legislation will probably have to be negotiated. Plus, no member of the Conservative Party was elected in the biggest cities (Toronto, Montreal, Vancouver).

The Liberals of Paul Martin were presented in the medias as the big losers. When I think about all the evidences showing that the Liberal Party of Canada is corrupted, such as the sponsorship scandal, they were lucky in winning 103 seats at the House. They are now a strong opponent to Conservatives, they can clean their image and seem to have modern ideas compared to Harper’s party. The Bloc Québécois took 51 seats – a little less than in 2004 when they had 54 -, they also lost some seats in Quebec’s area, but they won new important seats elsewhere. For “le Bloc”, those federal elections seem to be a neutral result. For the Quebec sovereigntists, the election of the conservatives could be a good way to promote a Quebec society with different values. The NPD won 29 seats, their best result since 1988, and 9 more than the last election. Still a new winner, the Green Party of Canada gained 4.49% of popular vote. This gives no seats, but the party achieved its higher percentage since its beginning, and it will now receive over $1.1 million CAD per year until the next federal election.

In my view, everybody won those elections. Everybody, except perhaps the strange Marijuana Party which won 0.06% of popular votes (vs. 0.25 in 2004 and 0,52% in 2000).

Hontario

Finalement, la charia ne sera pas appliquée en Ontario. C’est bizarre d’écrire cela : c’est quand même assez hallucinant de s’être posée la question d’appliquer la charia ou non au Canada en 2005.

À l’origine, c’est la néo-démocrate Marion Boyd qui avait recommandé en décembre 2004 de modifier la loi provinciale sur l’arbitrage pour autoriser et encadrer l’arbitrage religieux en vertu de la charia. Cette proposition n’est pas vraiment stupide, si on l’observe sous l’angle du multiculturalisme, notion chère aux Canadiens. La Loi sur l’arbitrage est une loi conçue initialement pour les cas d’arbitrages commerciaux, mais elle a aussi été utilisée pour résoudre des problèmes familiaux. Or, il faut souligner que la province permet l’arbitrage aux chrétiens et aux juifs ! Dans ce cas, pourquoi ne pas instaurer des tribunaux islamiques traditionnels ? La proposition de Marion Boyd met juste en lumière la stupidité de l’application de cette loi ontarienne.

À l’inverse, une résolution de l’Assemblée Nationale du Québec a été adoptée le 2 juin 2005, qui s’oppose « à l’implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada ». Pourtant, la situation n’est pas vraiment meilleure. Selon la loi québécoise, les beth din (« maison de la loi », en hébreu) sont en effet habilités à dissoudre des unions sur le plan religieux. Ces tribunaux rabbiniques tranchent aussi des disputes à propos de la garde des enfants et du partage des biens. On trouve même les tarifs pour des services d’arbitrages juifs sur le site montréalais mk.ca!

Heureusement, le Canada évolue. On a pu le voir le 27 septembre lors de la cérémonie d’investiture de la nouvelle gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, où aucune allusion religieuse n’a été faite. De plus, le premier ministre de l’Ontario, Dalton McGuinty, s’est vu rassurant en affirmant le 11 septembre dernier que son gouvernement agirait rapidement pour interdire les tribunaux religieux existants, en vertu de la Loi sur l’arbitrage : « J’en suis venu à la conclusion que le débat avait assez duré. Il n’y aura pas de loi de la charia en Ontario. Il n’y aura pas d’arbitrage religieux en Ontario. Il y aura une loi pour tous les Ontariens. ».

Il est temps que le Canada se rende compte que la diversité culturelle n’implique pas l’instauration de juridictions d’exception (religieuses ou pas). Je sais que la Nouvelle France n’est pas en terre laïque, mais ce n’est pas une raison pour obéïr à toutes les requêtes stupides des lobbys religieux.