Apple vs FBI

Une mini polémique fait le « buzz » sur internet ces derniers jours. Le FBI a réclamé en justice l’aide d’Apple pour débloquer le téléphone de l’auteur de la tuerie de San Bernardino ; Apple refuse et le fait savoir. Certains s’extasient et voient en Tim Cook le grand défenseur des droits de l’homme. Facebook, Twitter (voire Google, plus timidement) soutiennent la position d’Apple. Qu’en penser ? D’abord, si on en croit la presse, Apple avait la clef pour déchiffrer les données passant par le WiFi utilisé par l’iPhone et l’a proposé à la police ; cela modère quelque peu leur position inflexible.

Je suis d’accord avec le contenu de la lettre publiée par Apple… sauf que je n’accorde strictement aucun crédit à cette sortie médiatique. Les grands groupes américains ont déjà montré qu’ils étaient de facto inféodés à l’administration américaine lors des révélations concernant PRISM, le programme de surveillance électronique de la NSA. Circulez, il n’y a rien à voir. On est dans une phase de communication, on brandit très haut des idéaux parce qu’en pratique il n’y a pas grand chose. Je pense même qu’il s’agit précisement du contraire. Après les révélations d’Edward Snowden, les services de renseignement et de police américains ont besoin de redonner confiance aux gens. De plus, le marché du cloud et de l’informatique est énorme : le manque de confiance dans les companies américaines leur a fait perdre des milliards de dollars. Apple, dont les produits design sont chéris du public et des médias est le partenaire idéal pour ce jeu de rachat de virginité. Bref, on est dans une grande opération de com’ (certains diront, « d’enfumage ») pour redonner confiance au chalan moyen. À consulter Internet, cela a l’air de fonctionner plutôt bien.

La publicité est nocive

Récemment, on m’a proposé de travailler pour des géants de la publicité. J’ai refusé, avec dégoût. Pour moi, c’était une évidence. Des amis ont été surpris de cette réaction ; voici donc mon explication.

Je ne suis pas opposé aux dépenses de communication consacrées à un nouveau produit, inconnu sur le marché. Bien sûr, la publicité sert à lever des fonds pour financer des activités caritatives. Elle peut aussi permettre d’attirer des visiteurs à une manifestation culturelle. Cependant, ces cas restent exceptionnels et largement minoritaires. Généralement, la publicité se destine à des produits de consommation divers et variés : quel est l’intérêt d’une publicité pour une marque de dentifrice ? Tout le monde sait bien ce qu’est le dentifrice.

« La publicité est une forme de communication de masse, dont le but est de fixer l’attention d’une cible visée (consommateur, utilisateur, usager, électeur, etc.) afin de l’inciter à adopter un comportement souhaité », nous dit la page « publicité » de Wikipédia. Il s’agit de faire venir les gens à tel endroit, de les faire acheter telle marque, de les faire penser d’une manière différente. En tous cas, son but n’est pas spécialement de dire la vérité. Patrick Le Lay, PDG de la chaîne privée française TF1, avait d’ailleurs déclaré la célèbre formule : « Mon travail est de vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola ». En fait, la publicité n’est jamais loin de la manipulation et de la propagande.

Sur Terre, la publicité est partout : panneaux ou écrans de publicité dans la rue et dans le métro, marques bien visibles sur les vêtements, spots à la télévision et la radio, prospectus dans les boîtes aux lettres, encarts dans les journaux, bannières sur la majorité des sites internets et spam par courrier électronique. Le placement de produit dans les films ou les séries télévisées se voit également de plus en plus et commence à toucher les clips musicaux (tels que ceux du rapeur La Fouine, qui aime faire des gros plans sur sa propre marque de jean). Même dans le fin fond de l’Inde agricole, on trouvera un écriteau « Kit Kat » ou « Heineken » au détour d’un chemin de terre. La publicité n’est ni plus ni moins que de la pollution visuelle.

Évidemment, tous les produits ne sont pas égaux devant la publicité. Plus une entreprise est riche, plus fort pourra t-elle promouvoir ses produits. Finalement, les multinationales sont avantagées par rapport aux petits producteurs locaux. La publicité ne fait pas que fausser la concurrence, elle favorise en outre la concentration des marchés.

En faussant la concurrence, la publicité est aussi responsable de comportements de consommation qui n’existeraient pas sans elle convaint des gens d’acheter des choses dont ils n’ont pas besoin – car sinon, ils les auraient déjà acheté, à condition d’avoir les moyens. En relayant les messages des géants de la technologie, elle a une part de responsabilité dans la non-intéropérabilité et le verrouillage des systèmes informatiques. En relayant les messages des géants de l’agro-alimentaire, elle a une part de responsabilité dans l’augmentation de l’obésité. Grâce à la publicité, Boiron investit depuis des années pour vendre de l’homéopathie et détourner les malades de la médecine qui soigne, et Apple ruine l’épargne des possesseurs d’iPhone 5 en les persuadant qu’ils ont besoin de l’iPhone 6. Plus généralement, elle pousse les indidvus à toujours plus de consommation, donc de gaspillage et de comportements anti-écologiques.

Un dernier problème, qui est de taille, concerne les sommes engagés, qui sont colossales. Un groupe comme Publicis a 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Les contrats se chiffrent souvent en millions. Le pire, c’est que le monde de la publicité brasse des sommes énormes, mais concrétement, ne produit rien pour la société. Cependant, dans un monde où l’argent est roi, les publicitaires peuvent influencer la politique, la culture, la société. De plus, le financement des médias par la publicité porte atteinte à leur indépendance rédactionnelle. On imagine mal un journal publier des articles trop corrosif vis-à-vis son principal annonceur. C’est notamment pour ça que le Canard Enchaîné a toujours refusé la publicité.

En résumé, la publicité est une forme de propagande, de pollution, fausse la concurrence, favorise la société de consommation, génère des millions sans rien produire et s’en sert pour perturber le fonctionnement démocratique. Voilà pourquoi c’est un monde que je n’apprécie pas particulièrement.