Présidentielle 2017 : Emmanuel Macron

Fils de médecins, élève brillant (lycée Henri IV, DEA de philosophie, Sciences Po, l’ENA), Emmanuel Macron a été inspecteur des finances puis banquier d’affaires chez Rotschild, ce dernier poste lui permettant de devenir multi-millionaire. En 2007, il est rapporteur général adjoint de la commission Attali sur la croissance voulue par Nicolas Sarkozy. Proche du parti socialiste, il soutient François Hollande lors de la primaire présidentielle socialiste de 2011 et est l’un des artians de la campagne présidentielle de François Hollande en 2012. Il est nommé secrétaire général adjoint de la présidence de la République (2012-2014) et s’occupe de la politique économique d’Hollande, ainsi il est à l’origine du pacte de responsabilité et de solidarité. Emmanuel Macron est ensuite ministre de l’Économie du gouvernement Valls (2014-2016), avant de claquer la porte pour « trahir » son camp et se déclarer candidat à la présidentielle sans passer par la case primaire.

Emmanuel Macron est par conséquent très largement responsable de la politique économique de François Hollande. Personne ne s’y trompe. La majorité des cadres de sa campagne sont membres ou ont été membres du Parti socialiste. Il a été rallié par les cadres et la majorité de l’aide droite du Parti socialiste, c’est à dire les « hollandais » et les « vallsistes ». François Hollande le soutient à demi-mot, Manuel Valls le soutient officiellement malgré son engagement initial de se rallier au vainqueur de la primaire socialiste, Benoît Hamon. Emmanuel Macron est probablement le fossoyeur du Parti socialiste, qu’il recréera sous un autre nom. Emmanuel Macron est aussi rallié par François Bayrou, qui y voit sans doute une opportunité pour retourner aux responsabilités. Ou encore Daniel Cohn-Bendit, depuis de nombreuses années pour une économie sociale-libérale. Ou François de Rugy, opportuniste ex-écologiste (il a voté pour la loi renseignement contre son parti en espérant un poste dans le gouvernement socialiste, puis s’est présenté à la primaire socialiste sans en respecter les règles). Ou Robert Hue, ancien communiste qui avait soutenu François Hollande en 2012. Ou Corinne Lepage, écologiste de centre-droit. Quelques élus des Républicains, comme Dominique Perben, Jean Tiberi et certains soutiens d’Alain Juppé, soutiennent également Emmanuel Macron, tout comme d’autres personnalités proches de la droite telles qu’Alain Minc, Jacques Attali ou Bernard Kouchner.

Emmanuel Macron est en fait l’illustration parfaite de la porosité des politiques économiques libérales menées par Sarkozy-Fillon (2007-2012) puis par Hollande-Valls (2012-2017). C’est vrai, Emmanuel Macron est plus modéré que François Fillon sur la destruction des acquis sociaux et des services publics : il propose par exemple de supprimer le RSI, de ne plus faire payer la taxe d’habitation aux plus pauvres, d’augmenter le minimum vieillesse. Toutefois, Emmanuel Macron veut diminuer le nombre de fonctionnaires (par leur non-remplacement), réformer l’ISF, supprimer les 35h, modifier le code du travail et négocier « plus près du terrain » les horaires effectifs et l’organisation du travail, diminuer les dépense de l’assurance maladie. Comme Nicolas Sarkozy ou Manuel Valls, Emmanuel Macron parle de « réforme » et de « modernisation de l’économie », termes de novlagues pour qualifier une régression sociale. Peu favorable à une réforme de l’Union européenne, Emmanuel Macron est en fait le candidat libéral de la finance internationale, plus encore que François Fillon, ce dernier étant plus radical antisocialement mais un poil plus attaché aux traditions et à la souveraineté nationale. Tout ceci s’illustre par le soutient de Pierre Gattaz, patron du MEDEF, de nombreux milliardaires dont des proches de Sarkozy comme Bébéar (Axa), Arnaud (LVMH), Drahi (SFR), Bompart (FNAC-Darty), Bolloré (médias). Le site de campagne de Macron était initialement hébergé par le think thank libéral Institut Montaigne. D’une manière générale, on observe aussi que Macron est le chouchou des médias, ce qui est peu étonnant puisqu’il a dans ses soutiens, outre Bolloré (Itélé, Canal+, C8) et Bernard Arnaud (Le Parisien, les Échos), Pierre Bergé et Xavier Niel (Le Monde, L’Observateur, La Vie, Télérama), Yves de Kerdrel (Valeurs Actuelles). Certains soutiens possèderaient aussi des parts dans les instituts de sondage. Bref, Macron n’a pas vraiment de parti mais il n’est pas seul.

Emmanuel Macron rejoint également la politique sécuritaire et liberticide menée par Nicolas Sarkozy, François Fillon et Manuel Valls. Il prône ainsi une censure de l’Internet et demande que les acteurs privés de l’Internet « s’engagent à retirer de tels contenus sans délai » et veut que « les entreprises aient une obligation absolue de résultat sans pouvoir opposer [il ne sait] quelle impossibilité technique ou principe de liberté ou de neutralité ». Il s’est aussi positionné contre l’utilisation du chiffrement pour les particuliers. Atlantiste, Emmanuel Macron est le seul candidat qui soutient les traités TAFTA et CETA pour aller vers un marché commun avec l’Amérique du Nord. Enfin, Emmanuel Macron parle très peu d’écologie.

Bref, plus encore qu’un libéral à la Gerhard Schröder ou à la Tony Blair, Emmanuel Macron est un libéral à l’américaine, à la Bill Clinton, Jean Chrétien, Justin Trudeau : il est ouvert et moderne sur les questions de société (droits des minorités), veut laisser les entreprises privées contrôler l’économie et voit dans les frontières un obstacle inutile. Une autre facette importante de sa candidature est son côté franchement populiste. Un jour, il qualifie la colonisation de crime contre l’humanité et défend la procréation médicalement assistée, un autre que la colonisation a eu des aspects positifs et que les anti-mariage pour tous ont été humiliés. Son programme est peu détaillé, flou, va dans tous les sens. S’il parle beaucoup d’économie, certains thèmes tels que la géopolitique sont totalement absents de ses discours. Lors des débats et sur les plateaux de télévision, il fait de longues phrases marketing, sans fond et sans jamais prendre vraiment parti. Emmanuel Macron, c’est une drôle de synthèse : il a le populisme de Marine Le Pen, le volontarisme martial de Valls, les amis et la gestuelle de Sarkozy, le flou d’Hollande.

Présidentielle 2017 : Jean Lassalle

L’élection présidentielle française de 2017 aura lieu les dimanches 23 avril et 7 mai prochain. Chaque jour, nous allons présenter un candidat. Ce lundi, c’est au tour de Jean Lassalle.

Sympathique, Jean Lassalle est le seul élu à défendre les zones rurales. Sa grève de la faim pour éviter le départ et sa marche à pied à travers la France l’ont fait connaître dans les médias. Il parle naturellement, à l’opposé de la sophistication d’un Emmanuel Macron. Il rappelle Jacques Chirac par sa gauloiserie et François Bayrou parce qu’il est béarnais et de centre droit. Lassalle n’est pas libéral et veut protéger les services publics et dynamiser l’économie sans en faire payer le prix aux travailleurs, à l’inverse de François Fillon ou d’Emmanuel Macron. Pour l’anecdote, lors du débat à 11 organisé par BFMTV le 4 avril, il acquiesce aux propos de Jean-Luc Mélenchon à de nombreuses reprises. Catholique, il a voté contre le mariage pour tous en 2013.

Côté programme, Jean Lassalle est pour le rétablissement du service militaire, sortir de l’OTAN, se désengager des guerres « en Orient et au Mali », créer une force de cyber-défense (comme en Allemagne), nationaliser certains grands groupes privés, lutter contre l’évasion fiscale et la finance. Il est donc proche du gaullisme, mais veut continuer l’aventure européenne dans la configuration d’une Europe des nations mais interrompre les traités de rapprochement avec les États-Unis d’Amérique (TAFTA) et le Canada (CETA).

Renzi tente un hold-up du Sénat italien

L’Italie s’apprête à voter par référendum pour le changement de constitution voulu par Matteo Renzi. Selon Renzi, une nouvelle constitution permettra d’accélerer le processus législatif, de simplifier les échanges entre les deux chambres parlementaires, de gagner en efficacité et de permettre à l’Italie de se développer. L’argument de rapidité législative est étonnant : une loi en démocratie doit se faire à tête reposée, avec un temps pour la réflexion et les amendements. Nous ne sommes pas dans un contexte économique où on veut de la productivité, mais dans un contexte législatif, qui nécessite de la rigueur et de l’analyse.

La nouvelle constitution, si elle passe, aura des conséquences importantes sur la vie politique italienne. En effet, elle prévoit que les sénateurs ne seront plus élus directement par la population au suffrage universel, mais par les conseillers régionaux, parmi eux-mêmes et parmi les maires des communes. Ce système, proche du système français, pose plusieurs problèmes en Italie. D’une part, les électeurs ne votent pas directement pour leurs représentants à la Chambre des députés (on vote pour un parti, qui désignera les députés), ils n’auront donc plus de parlementaires élus directement. Dans un pays où les hommes politiques sont souvent corrompus et à la merci de la mafia, c’est un recul démocratique. De plus, le Sénat représentant les régions, va voir son nombre de parlementaires diminué par trois et perdre en pouvoir, mettant quasiment fin au bicaméralisme. Deux autres points négatifs concernant les sénateurs, ils cumuleront leur mandat avec leur autre fonction élective et ils auront l’immunité. Enfin, la réforme ne simplifiera pas le processys de productions des lois, mais en réalité le complique, puisqu’il y aura au minimum 7 procédés législatifs différents dans les normes qui régulent le nouveau Sénat.

La totalité des partis d’oppositions sont opposés au référendum, qui est perçu probablement à juste titre comme une tentative de Renzi de s’affranchir de la contrainte parlementaire. On a du mal à comprendre l’intérêt que pourrait avoir cette nouvelle constitution : quel que soit le résultat ce dimanche, ce n’est pas cela qui fera diminuer le chomâge, empêchera l’émigration des jeunes diplômés ou relancera l’activité économique.

Une victoire de Trump ne serait pas si grave

Les médias de toute l’Europe parlent tous les jours de la primaire américaine. Quand il y a une élection fédérale allemande, on en parle pendant environ une heure. Pour les États-Unis d’Amérique, c’est toujours un mois minimum, avce une piqûre de rappel à chaque ‘flash info’. Si on avait un doute sur qui a le pouvoir sur l’information mondiale, on est fixé.

Comme à chaque élection présidentielle américaine, les médias européens sont enthousiastes pour le candidat démocrate. Pour les journalistes européens, Hillary Clinton va gagner, c’est certain. Pourtant, pour le réalisateur Michael Moore, le résultat est plus incertain et je partage son analyse. Donald Trump, le chien fou prêt à tout pour séduire la frange la moins éduquée du peuple, a des troupes motivées. Quant à Hillary Clinton, elle souffre de sa proximité avec les milieux financiers et reste comme une arête en travers de la gorge des partisans de Bernie Sanders.

Hillary Cliton est évidemment une candidate raisonable pour les américains, même si c’est la candidate de l’establishment et qu’elle ne semble pas motivée pour apaiser les tensions avec la Russie. Donald Trump lui, est populiste, vulgaire, une sorte de Berlusconi sauce ketchup qui serait sorti d’un mauvais remake cinématographique comme Hollywood sait parfois si bien le faire. Cependant, une victoire de Donald Trump pourrait ne pas être si négative que ça. Il a présenté un programme plus isolisationiste et a critiqué l’OTAN qu’il trouve « obsolète » et qui « coûte une fortune », ainsi que l’accord TAFTA. Ce désangagement pourrait être une opportunité pour les pays européens pour prendre plus d’indépendance vis-à-vis de leur partenaire d’outre-atlantique et pour jouer de nouveau un grand rôle sur la scène internationale. Évidemment, pour cela, il faudrait des meneurs charismatiques et déterminés en Europe, ce qui pour l’instant n’existe pas.

Youtube et la censure

Quand on fait des vidéos sur YouTube, on peut demander à être rémunéré. Grâce à la publicité affichée par YouTube lors du visionnage, le créateur du contenu est payé en fonction du nombre de vues. Ce qui était moins connu il y a encore quelques jours (car maintenant c’est affiché explicitement sur les vidéos), c’est que YouTube se réserve le droit de supprimer des vidéos du programme de monétisation. Ainsi, YouTube s’oppose aux « contenus traitant de sujets et d’événements controversés ou sensibles, tels qu’une guerre, un conflit politique, une catastrophe naturelle ou une tragédie, même si des images choquantes ne sont pas diffusées », sauf si elle est « humoristique ou liée à l’actualité, et a été créée dans l’objectif de divertir ou d’informer les internautes (et non de les offenser ou de les choquer) ».

En pratique, la démonétisation est probablement signalée par des algorithmes ou des délateurs, puis effectuée avec le contrôle d’un humain (difficile de comprendre l’humour pour un ordinateur). Ce procédé pousse donc les Youtubeurs à l’auto-censure et garde un œil sur la publication de contenu. Au final la presse écrite fait de même : les journalistes n’ont généralement pas la possibilité d’aller contre les annonceurs de leur journal. C’est juste une bonne piqûre de rappel : quand vous mettez du contenu en ligne sur Youtube, Facebook et consorts, vous êtes soumis à leur directive. Ce n’est pas identique à mettre du contenu sur l’Internet de façon traditionnelle.