Des femmes contre le féminisme

On a un peu parlé de féminisme sur ce blog ces derniers temps et on a souvent dû faire face à une hostilité de certains. Pourtant, il semblerait que la critique du féminisme développée ici soit assez largement partagée.

En effet, des Américaines ont décidé de partager leur rejet du féminisme moderne sur un tumblr : http://womenagainstfeminism.tumblr.com. Chacune tient un message expliquant pourquoi elle ne se reconnaît pas dans les mouvements féministes actuels. Bien sûr, elles ne rejettent en rien le droit de vote des femmes, le droit à travailler ou l’égalité entre les sexes. En revanche, elles dénoncent un certain féminisme moderne, parfois intégriste ou misandre, souvent à côté de la plaque.

La publicité est nocive

Récemment, on m’a proposé de travailler pour des géants de la publicité. J’ai refusé, avec dégoût. Pour moi, c’était une évidence. Des amis ont été surpris de cette réaction ; voici donc mon explication.

Je ne suis pas opposé aux dépenses de communication consacrées à un nouveau produit, inconnu sur le marché. Bien sûr, la publicité sert à lever des fonds pour financer des activités caritatives. Elle peut aussi permettre d’attirer des visiteurs à une manifestation culturelle. Cependant, ces cas restent exceptionnels et largement minoritaires. Généralement, la publicité se destine à des produits de consommation divers et variés : quel est l’intérêt d’une publicité pour une marque de dentifrice ? Tout le monde sait bien ce qu’est le dentifrice.

« La publicité est une forme de communication de masse, dont le but est de fixer l’attention d’une cible visée (consommateur, utilisateur, usager, électeur, etc.) afin de l’inciter à adopter un comportement souhaité », nous dit la page « publicité » de Wikipédia. Il s’agit de faire venir les gens à tel endroit, de les faire acheter telle marque, de les faire penser d’une manière différente. En tous cas, son but n’est pas spécialement de dire la vérité. Patrick Le Lay, PDG de la chaîne privée française TF1, avait d’ailleurs déclaré la célèbre formule : « Mon travail est de vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola ». En fait, la publicité n’est jamais loin de la manipulation et de la propagande.

Sur Terre, la publicité est partout : panneaux ou écrans de publicité dans la rue et dans le métro, marques bien visibles sur les vêtements, spots à la télévision et la radio, prospectus dans les boîtes aux lettres, encarts dans les journaux, bannières sur la majorité des sites internets et spam par courrier électronique. Le placement de produit dans les films ou les séries télévisées se voit également de plus en plus et commence à toucher les clips musicaux (tels que ceux du rapeur La Fouine, qui aime faire des gros plans sur sa propre marque de jean). Même dans le fin fond de l’Inde agricole, on trouvera un écriteau « Kit Kat » ou « Heineken » au détour d’un chemin de terre. La publicité n’est ni plus ni moins que de la pollution visuelle.

Évidemment, tous les produits ne sont pas égaux devant la publicité. Plus une entreprise est riche, plus fort pourra t-elle promouvoir ses produits. Finalement, les multinationales sont avantagées par rapport aux petits producteurs locaux. La publicité ne fait pas que fausser la concurrence, elle favorise en outre la concentration des marchés.

En faussant la concurrence, la publicité est aussi responsable de comportements de consommation qui n’existeraient pas sans elle convaint des gens d’acheter des choses dont ils n’ont pas besoin – car sinon, ils les auraient déjà acheté, à condition d’avoir les moyens. En relayant les messages des géants de la technologie, elle a une part de responsabilité dans la non-intéropérabilité et le verrouillage des systèmes informatiques. En relayant les messages des géants de l’agro-alimentaire, elle a une part de responsabilité dans l’augmentation de l’obésité. Grâce à la publicité, Boiron investit depuis des années pour vendre de l’homéopathie et détourner les malades de la médecine qui soigne, et Apple ruine l’épargne des possesseurs d’iPhone 5 en les persuadant qu’ils ont besoin de l’iPhone 6. Plus généralement, elle pousse les indidvus à toujours plus de consommation, donc de gaspillage et de comportements anti-écologiques.

Un dernier problème, qui est de taille, concerne les sommes engagés, qui sont colossales. Un groupe comme Publicis a 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Les contrats se chiffrent souvent en millions. Le pire, c’est que le monde de la publicité brasse des sommes énormes, mais concrétement, ne produit rien pour la société. Cependant, dans un monde où l’argent est roi, les publicitaires peuvent influencer la politique, la culture, la société. De plus, le financement des médias par la publicité porte atteinte à leur indépendance rédactionnelle. On imagine mal un journal publier des articles trop corrosif vis-à-vis son principal annonceur. C’est notamment pour ça que le Canard Enchaîné a toujours refusé la publicité.

En résumé, la publicité est une forme de propagande, de pollution, fausse la concurrence, favorise la société de consommation, génère des millions sans rien produire et s’en sert pour perturber le fonctionnement démocratique. Voilà pourquoi c’est un monde que je n’apprécie pas particulièrement.

Fascistes ou fâchés ?

Le résultat des élections européennes vient de tomber. Pour la première fois de la Ve République, un parti d’extrême-droite est en tête en France. Inquiétant ? Oui, mais pas surprenant.

Tout d’abord, le Front national (25,00 %, 24 sièges) a fait sa campagne électorale sur le rejet de l’Union européenne. Les eurosceptiques et les anti-UE sont nombreux en France et les raisons ne manquent pas : rejet du traité trans-atlantique, mépris du vote « non » au TCE de 2005, perte de souveraineté, attitude hautaine de l’Allemagne, manque de transparence de la Commission européenne… Certes, il y avait d’autres partis qui souhaitaient un changement d’orientation de stratégie de l’Europe. Mais le Front national était le plus direct : anti-Europe, anti-Euro, anti-Schengen. Son nom de liste : « Liste bleu marine. Oui à la France, non à Bruxelles ». Concis, efficace.

Bien entendu, le vote FN est aussi un vote raciste : anti-juif, anti-rom, anti-arabe et anti-musulman. Dans le discours du FN, le chomâge, les problèmes, c’est de la faute des immigrés. L’arrivée massive de Roms bulgares et roumains qui trainent dans les rues et les problèmes d’intégration des immigrés économiques n’aident pas la donne. En outre, la multiplication de femmes intégralement voilées, le malmenage de la laïcité et les revendications communautaires facilitent la progression de l’extrême-droite qui se positionne en rempart contre l’islamisation des terres chrétiennes.

La victoire du Front national, c’est aussi avant tout la faillite et le ras-le-bol de l‘UMP (20,30 %, 19 sièges) et du PS (14,70 %, 13 sièges). Le premier parti est englué dans son manque de propositions, ses affaires (Bygmalion, Takieddine, Balkany, Dassault…), son anti-gauchisme primaire et son combat des chefs. Le deuxième est embourbé dans sa gestion brouillonne du pays et l’augmentation de la pauvreté. Les personnalités des leaders François Hollande et Jean-François Copé ne font pas spécialement envie. Les gens ont cherché une troisième voix et ont pris celle qui crit le plus fort : Marine Le Pen. D’une certaine manière, c’est une transgression. Ce ras-le-bol se voit aussi par le taux d’abstention : 57,57 % des gens ne sont pas allés voter. De plus, les écologistes (8,95 %, 6 sièges – 2 fois moins qu’en 2009 !), sans ligne politique et présents dans le gouvernement Ayrault, ne sont plus vus comme une alternative aux grands partis.

Marine Le Pen a aussi des atouts. Sa stratégie de dédiabolisation fait qu’elle a un programme tellement flou que tout le monde peut s’y retrouver. De plus, elle fait du national-socialisme. Les électeurs de droite se retrouvent dans le côté nationaliste et les électeurs de gauche dans le volet défense des pauvres et des opprimés – elle siphonne ainsi l’électorat communiste dans le Nord et l’Est. Ainsi, selon un sondage Ipsos, les listes FN ont attiré 43 % des ouvriers contre 8 % pour celles du PS. C’est aussi la force du Front national : il est capable de séduire tout le spectre politique – c’était le but du Modem (9,93 %, 7 sièges) pour lequel cela n’a jamais très bien fonctionné. A contrario, les partis de gauche et d’extrême-gauche pouvant présenter une alternative au PS et à l‘UMPFront de gauche (6,61 %, 4 sièges), Nouvelle donne (2,90 %), Lutte ouvrière (1,17 %), Nouveau Parti anticapitaliste (0,40 %) etc. – ne peuvent séduire que les électeurs de leur camp. Idem avec les partis polarisés à droite. Marine Le Pen, elle, peut séduire tout le monde.

Ce résultat du Front National est historique. C’est aujourd’hui de facto le premier parti de France et les gens le plébiscitent. Il est particulièrement populaire auprès des exclus, des pauvres et des mal éduqués. Il joue sur les peurs, préfère les slogans au fond, avance sur les erreurs des autres. Il progresse et progressera encore, surtout qu’il n’a pas grand monde sur sa route.

En effet, les nouveaux partis ont du mal à percer. Le Front de gauche emmené par Jean-Luc Mélenchon (6,61 %, 4 sièges) et Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan peinent à convaincre (3,92 %). Nouvelle Donne de Pierre Larrouturou, Bruno Gaccio et Patrick Pelloux est à 2,90 %. Nous Citoyens de Denis Payre est à 1,41 %. Lutte ouvrière et Alliance écologiste indépendante sont à peine au-dessus d’1 %, les autres formations font moins – dont le Nouveau Parti anticapitaliste ! – et sont invisibles.

La France promulgue le mariage homosexuel

Ça y est, La loi n° 2013-404 du 17 mai 2013 ayant été promulguée, la France rejoint le club fermé des pays ayant autorisé le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe. Douze ans après les Pays-Bas, dix ans après la Belgique. Également après les pays catholiques que sont l’Espagne, l’Argentine ou le Brésil. C’est une très bonne nouvelle. La fin d’une discrimination sur le sexe qui n’avait pas sa place dans la République. Merci à Christine Taubira et toutes les personnes qui ont porté ce texte.

Cette loi a suscité beaucoup d’indignation – beaucoup par homophobie « douce », c’est à dire la méconnaissance et les préjugés au sujet des homosexuels, personnes jugées de mauvaise vie qui ne pourraient donc pas élever des enfants normalement. Un tintamarre venait également de Civitas, des Identaires, assaisonné de la fausse-branchée Frigide Barjot et de la quasi-totalité de l’UMP.

Aujourd’hui, l’égalité est là. Dans dix ans, l’écrasante majorité des gens seront favorables à ce texte, comme c’est le cas aujourd’hui pour le PACS qui avait provoqué de nombreuses manifestations en 1999. La loi sur le « mariage pour tous » apparaîtra bientôt comme une évidence, comme l’est l’abolition de l’esclavage aujourd’hui.

Les néo-nazis et les catholiques intégristes feront encore quelques barouds d’honneur, mais le bon sens a triomphé. Hourra !

Un an avec François Hollande

Cela fait un an que François Hollande a été élu président de la République. Un an que l’on voyait des larmes de joie place de la Bastille à Paris, des gens avec le slogan « le changement c’est maintenant » à la bouche. Depuis, l’enthousiasme s’est estompé, ce n’est pas le paradis escompté. Certes il y a un changement de style, le président est plus posé, plus responsable, plus respectueux. Cependant, il n’a pas l’air très dynamique, laissant craindre une gestion de pays à la manière dont il a géré le Parti socialiste pendant dix ans auparavant : mollement, sans objectifs et sans audace. La situation économique est morose : les délocalisations continuent, le chômage augmente.

Tout n’est pas noir. Certains sites, comme luipresident, énumèrent ses actions. La rémunération du Président de la République et des ministres a été baissée. Une banque publique d’investissement a été créée, le plafond du livret A et du livret de développement durable ont été agumentés pour les épargnants. Le retour à la retraite à 60 ans à taux plein pour ceux qui ont cotisé la totalité de leurs annuités a été mis en place. La circulaire dite « Guéant » sur les étudiants étrangers a été abrogée. Des zones de sécurité prioritaire ont été créées dans les endroits sensibles. Côté politique étrangère, on notera la reconnaissance de l’état palestinien et le retrait des troupes d’Afghanistan. Bien sûr, le droit au mariage et à l’adoption a été étendu aux couples de même sexe.

On ne voit pas cependant pas venir l’abrogation d’Hadopi, ni la suppression des tas de niches fiscales favorables aux plus riches, ni la défense des services publics, des droits des consommateurs, des logiciels libres ; pas non plus d’action en faveur du prix des loyers qui mine le pouvoir d’achat. Aucun projet de fermeture de centrale nucléaire de Fessenheim n’a été annoncé (il s’agirait plutôt de la prolonger). Pas grand chose contre la fraude fiscale. Beaucoup de lois sensées combattre la finance ont été vidées de leur substance.

Au bout d’un an, difficile donc de tirer des conclusions de la politique menée par François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Tout n’est pas aussi mauvais que le « hollande-bashing » comme l’UMP et du FN le clament ; mais tout n’est pas si beau que laissait croire le programme du parti socialiste. Si on est heureux que le gouvernement ne paie plus des pages de publicités dans les journaux pour vanter son action, ni ne commande à tour de bras des sondages au frais du contribuable, on regrettera ses maladresses de communication (ministres qui se contredisent, actions méconnues du public etc.). Le nec plus ultra de la mauvaise communication ? Jean-Marc Ayrault qui annonce qu’on va privatiser davantage les entreprises publiques le jour même où Jean-Luc Mélenchon fait sa grande manifestation contre l’austérité et la politique du gouvernement.