Youtube et la censure

Quand on fait des vidéos sur YouTube, on peut demander à être rémunéré. Grâce à la publicité affichée par YouTube lors du visionnage, le créateur du contenu est payé en fonction du nombre de vues. Ce qui était moins connu il y a encore quelques jours (car maintenant c’est affiché explicitement sur les vidéos), c’est que YouTube se réserve le droit de supprimer des vidéos du programme de monétisation. Ainsi, YouTube s’oppose aux « contenus traitant de sujets et d’événements controversés ou sensibles, tels qu’une guerre, un conflit politique, une catastrophe naturelle ou une tragédie, même si des images choquantes ne sont pas diffusées », sauf si elle est « humoristique ou liée à l’actualité, et a été créée dans l’objectif de divertir ou d’informer les internautes (et non de les offenser ou de les choquer) ».

En pratique, la démonétisation est probablement signalée par des algorithmes ou des délateurs, puis effectuée avec le contrôle d’un humain (difficile de comprendre l’humour pour un ordinateur). Ce procédé pousse donc les Youtubeurs à l’auto-censure et garde un œil sur la publication de contenu. Au final la presse écrite fait de même : les journalistes n’ont généralement pas la possibilité d’aller contre les annonceurs de leur journal. C’est juste une bonne piqûre de rappel : quand vous mettez du contenu en ligne sur Youtube, Facebook et consorts, vous êtes soumis à leur directive. Ce n’est pas identique à mettre du contenu sur l’Internet de façon traditionnelle.

Apple vs FBI

Une mini polémique fait le “buzz” sur internet ces derniers jours. Le FBI a réclamé en justice l’aide d’Apple pour débloquer le téléphone de l’auteur de la tuerie de San Bernardino ; Apple refuse et le fait savoir. Certains s’extasient et voient en Tim Cook le grand défenseur des droits de l’homme. Facebook, Twitter (voire Google, plus timidement) soutiennent la position d’Apple. Qu’en penser ? D’abord, si on en croit la presse, Apple avait la clef pour déchiffrer les données passant par le WiFi utilisé par l’iPhone et l’a proposé à la police ; cela modère quelque peu leur position inflexible.

Je suis d’accord avec le contenu de la lettre publiée par Apple… sauf que je n’accorde strictement aucun crédit à cette sortie médiatique. Les grands groupes américains ont déjà montré qu’ils étaient de facto inféodés à l’administration américaine lors des révélations concernant PRISM, le programme de surveillance électronique de la NSA. Circulez, il n’y a rien à voir. On est dans une phase de communication, on brandit très haut des idéaux parce qu’en pratique il n’y a pas grand chose. Je pense même qu’il s’agit précisement du contraire. Après les révélations d’Edward Snowden, les services de renseignement et de police américains ont besoin de redonner confiance aux gens. De plus, le marché du cloud et de l’informatique est énorme : le manque de confiance dans les companies américaines leur a fait perdre des milliards de dollars. Apple, dont les produits design sont chéris du public et des médias est le partenaire idéal pour ce jeu de rachat de virginité. Bref, on est dans une grande opération de com’ (certains diront, “d’enfumage”) pour redonner confiance au chalan moyen. À consulter Internet, cela a l’air de fonctionner plutôt bien.

Trouver l’amour en ligne

Les sites de rencontres ont le vent en poupe. Pour ceux qui ignoreraient le concept, il s’agit simplement de créer un profil en ligne dans le but de faire des rencontres amoureuses. C’est le successeur des rubriques petites annonces dans les journaux et des sites sur Minitel. Meetic, le leader en Europe, a un chiffre d’affaire de plus de 100 millions de dollars. Il existe de nombreux concurrents, comme AdopteUnMec, Tinder, Attractive World. Dans le fond, ces sites ne sont pas mauvais : ils peuvent permettre de donner un coup de pouce pour faire une première rencontre. Ensuite, les gens peuvent construire une relation ensemble. Sauf que ce n’est pas si simple.

Tout d’abord, il y a beaucoup de biais lors de la mise en relation. Ces éléments sont importants, parce que les sites de rencontres ne sont pas comme dans la vraie. Dans la vraie vie, on peut tomber amoureux de quelqu’un que l’on fréquente : collègue de travail, ami d’ami, connaissance, personne rencontrée lors d’une activité. On a donc pu le découvrir d’une manière différente. Ce n’est même pas non plus comme si on entrait dans un bar avec l’intention de draguer tous les présents : par analogie, avec Meetic et autres, au moment où vous entrez dans le bar, les 3/4 des personnes ont été gommées. Voici donc quelques biais identifiés.

  • Les désespérés. Les sites de rencontres sont fréquentés par une majorité de gens normaux. Mais évidemment, ces sites regorgent aussi de gens bizarres, à problèmes, de lourds, de boulets, de dépressifs. Bref, tous les désespérés y sont. Au contraire, les gens normaux n’ont pas tous envie de s’inscrire et une bonne part des personnes très intéressantes sont déjà en couple et n’ont pas besoin de ce genre de service. La démographie des sites de rencontres n’est donc pas égale à celle de la vraie vie.
  • Les mythomanes. Tout commence par les sites de rencontres eux-mêmes, qui vous recommandent de mettre une photo pour augmenter vos chances de succès. Certains vous conseillent même de traiter avec un photographe professionnel. Bref, premier arrangement avec la vérité : la personne en vraie n’est pas toujours celle de la photo. Pourtant c’est cette photo qui va vous attirer l’attention ! Ensuite, personne ne se connaît au départ, donc tout est permis. Peu vont indiquer qu’ils sont alcooliques ou cleptomanes sur leur profil. Cela se découvrira avec le temps, mais des personnes aux profils “vrais” n’auront peut-être pas été sélectionnées pour des profils plus attirants… mais plus faux. Même si cela reste minoritaire, certains sites regorgent aussi de faux profils, d’animatrices payées pour bavarder avec le chaland et bien sûr de travailleurs du sexe.
  • Le catalogage. Sur son profil, il est nécessaire de renseigner ses goûts, ses hobbys, mais aussi quelques critères pour la personne à rechercher. Face à un choix immense de personnes, cela a du sens… mais cela ferme des portes. L’un va cocher qu’il a un CAP et cherche une femme sans enfants. Peut-être que la femme de sa vie correspondait à tous ses autres critères sauf qu’elle a un fils : il ne verra pas son profil. Sa voisine, une jeune qui aimerait bien un mec comme lui, a coché qu’elle cherche un homme avec un bac+5 : de même, il n’y aura pas rencontre. Dans la vie, en dehors des critères physiques qui sautent aux yeux, on pourra commencer à fréquenter quelqu’un et sympathiser avec lui avant d’apprendre des choses plus personnelles (religion, goûts musicaux) qui auraient été des points bloquants sur un site de rencontre. Bref, aucune possibilité de rencontrer quelqu’un de vraiment différent sur ce type de sites. La pléthore de choix pousse aussi à faire une sélection plus poussée et être plus exigeant que dans la vraie vie.
  • La baise. Ces sites, y compris les sites pour les rencontres sérieuses, attirent tous les Don Juan, Casanova, les croqueuses, les chercheurs d’aventure extra-conjugale, les adeptes de “coups d’un soir” à la recherche de “chair fraîche”. Pour certain, c’est un sport. Il faut dire que c’est particulièrement facile si on est cynique : on trouve une personne un peu désespérée, on lui promet n’importe quoi, on lui parle projets et mariage, on la “baise” et on trouve un prétexte pour ne pas la rappeler. C’est moins cher que la prostitution et le risque d’attraper des maladies est plus faible.
  • La communication. La jeune fille, jolie et intéressante, aura alors généralement une avalanche d’hommes désirant la contacter. Ne pouvant répondre à cent messages par jour, elle ne s’attardera donc que sur ceux qui ont fait preuve d’originalité ou d’imagination. Le commercial ou l’expert marketing aura plus de chance d’emporter le ponpon que le brave physicien introverti. Évidemment, le coureur de juppon, qui a l’habitude, sera aussi avantagé par ce fonctionnement. Bref, il faut savoir se vendre, se mettre en valeur. C’est l’emballage qui prime, pas l’authenticité.

Un autre point, qui n’est pas anodin : le prix. Les prix varient d’un site à l’autre, mais généralement, c’est dans les 30 € pour un mois, et si on prend un abonnement pour 6 mois ou plus, cela peut descendre vers 15 € par mois. Cela fait donc dans les 180 € par an. Ce n’est pas excessif, mais c’est un budget. De plus, de nombreuses options payantes sont proposées pour vous aider à maximiser vos chances de réussite. Pour vous inciter à renouveler votre abonnement, on vous fera miroiter le grand amour. Tout se monnaye dans ce monde, même l’amour… même la recherche d’amour souvent infructueuse. Tout ceci ressemble bien à un supermarché de la relation, avec ses étalages de viande et sa caisse à la sortie.

Alors, escroquerie ? Pas forcément : ces sites sont des accélérateurs de rencontres et bien utilisés avec intelligence et un peu d’expérience, ils peuvent permettre d’initier une histoire amoureuse. Ensuite, c’est la continuation de la relation dans la vraie vie qui permettra de faire un choix. Cependant, les avis sur Internet convergent : si vous habitez en ville, vous aurez plus de résultats sérieux en abordant les gens à l’extérieur (jardin public, café, concert etc.) qu’en faisant la pêche sur ces sites (en particulier si vous êtes un homme). Ce sera plus varié, authentique et en plus, ce sera gratuit.

Indisponibilité

Internet a apporté beaucoup de choses à la vie quotidienne. Parmi celles-ci, le fait de pouvoir faire des démarches administratives ou commerciales en ligne, sans devoir faire la queue à un guichet. Mieux, on peut accéder à ces services 24h/24, puisqu’on communique avec des ordinateurs et non plus avec des employés. Cependant, en pratique, cela peut être un peu différent !

Il y a quelques mois, le site de la banque postale m’affichait ce message. « En raison d’opérations de maintenance sur le portail Internet de La Banque Postale, le service Certicode sera disponible uniquement du lundi matin au vendredi soir. ». En réalité, nous sommes vendredi soir, il est 23h, le service n’est pas accessible… Avant lundi midi ? La banque postale a des millions de clients, mais n’a pas bien compris le principe d’Internet. Plus emblématique, le site du programme voyageur de la SNCF, utile en particulier parce qu’il permet de voir ses billets de train électroniques (et donc de savoir dans quelle voiture et à quelle place on sera le lendemain). Depuis au moins 2012, le site est systématiquement inaccessible entre minuit et 3h du matin, heure française. « Cher membre, Le site Programme Voyageur est actuellement indisponible. Veuillez réessayer ultérieurement. À bientôt ». Imaginerait-on un service comparable chez Amazon, Facebook, Wikipédia ? En réalité, une entreprise privée de taille moyenne ne pourrait se permettre ce genre de coupure : elle ferait faillite.

Je peux comprendre qu’un site soit arrêté exceptionnellement (3 fois par an ?) pour une opération informatique critique ou un incident majeur. Plus que cela, c’est une absence complet de professionnalisme. La preuve qu’on utilise des technologies vieillissantes et peu performantes (un serveur web Windows, qu’on doit rebooter) et qu’on ne se soucie pas du service de ses clients. Pourtant, ce ne sont pas les prestataires qui manquent pour aider une entreprise publique à faire un service correct, ni les technologies. Selon alexa, le site de la Banque postale est le 33e plus visité de France et celui de la SNCF le 252e. Ce ne sont pas de petits sites amateurs !

Les ventes de disque stagnent, la désinformation monte

On a coutume de dire qu’en France, la presse est libre est indépendante. Si on observe bien, il est clair que ce n’est pas toujours vrai. Concernant un sujet, c’est toujours faux, et ceci depuis plusieurs années : l’industrie de la musique.

Ce mardi, j’observe sur Yahoo France la dépêche suivante, provenant le l’AFP : « Les ventes de livres et de disques ont stagné en 2005 en France, illustrant la morosité économique de secteurs bousculés par l’arrivée des nouvelles technologies, selon des chiffres publiés mardi. (…) Le constat n’est pas plus réjouissant pour l’industrie du disque: son chiffre d’affaires a baissé d’environ 3% en 2005 alors que le volume des ventes s’est stabilisé, selon le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP). « 2005 est encore une année à la baisse », a déploré le directeur général du SNEP, Hervé Rony. Selon le SNEP, le marché de la musique numérique (téléphonie mobile et internet) a en revanche augmenté en 2005 pour représenter quelque 30 à 35 millions d’euros (deux tiers venant de la téléphonie mobile, un tiers d’internet), environ quatre fois plus qu’en 2004. « On est dans une phase où les pertes du marché physique continuent alors qu’elles commencent à peine à être compensées par le numérique », a expliqué M. Rony à la presse. »

C’est un des exemples de manipulation de l’information. Comme par hasard, et comme d’habitude, l’auteur a omis de mentionner la hausse constante de la vente de DVD. Le nombre de DVD achetés continue d’augmenter. En effet, il y a eu 120 millions de copies vendus pour l’année 2004 (soit plus de 1840 millions d’euros rapportés, source CNC), 76 millions de DVDs avaient été vendu en 2003, 40 millions en 2002, 25 millions en 2001 (source SEV). Or, c’est la même industrie qui édite les DVDs et les CDs audio (Universal etc.). Une omission bien bizarre, surtout qu’elle est systématique dans les médias. Le message qui circule en Europe comme en Amérique est « l’industrie du disque est en crise » alors qu’on peut supposer qu’aucune perte conséquente n’est enregistrée chez les majors. Bien entendu, tout ceci sert de justification pour essayer de faire passer des lois renforçant le pouvoir des majors comme le fameux projet DADVSI en France, et plus largement l’EUCD en Europe et le DMCA aux États-Unis.

Évidemment, les médias omettent également de parler du prix élevé des CD. Le nombre de CD achetés baisse, mais le prix moyen d’un album est passé de 15 à 25 euros en 5 ans. Au final, les majors doivent quand même pas perdre tant que ça. Ensuite, on peut attribuer cette baisse de vente aux majors eux mêmes : de moins en moins d’artistes signés, mais avec de plus en plus de passage sur les ondes (parfois la même chanson plusieurs fois par heures sur certaines radios). Le choix et la qualité diminue, les consommateurs achètent moins, ce qui parait logique. On peut aussi se rendre compte facilement que jamais en France les majors n’ont eu autant de publicité que ces dernières années, où des émissions de musique-télé-réalité comme Star Academy font de la publicité pendant au moins une heure par jour sur les grandes chaines nationales. L’industrie réalise finalement des millions de ventes sans effort pour des chansons oubliées trois mois après.
Ce n’est pas tout !

La désinformation ne s’arrête pas là. Depuis plusieurs années on nous parle toujours de procès ou d’arrestation contre « des pirates qui téléchargent illégalement de la musique sur internet » alors que rien dans la loi française ne stipule clairement que le téléchargement sur internet est illégal – il pourrait être assimilé à de la copie privée – et que dans les cas cités par la presse, il s’agit quasiment toujours de personnes qui faisaient commerce de leur téléchargement. J’ai aussi entendu que « le nombre de téléchargement sur internet a baissé de x% » alors qu’évidemment aucune statistique fiable ne peut mesurer une telle chose – les gens qui ont peur que ce soit illégal ne s’en vantent pas.

Bref, la presse dans son ensemble (journaux, télé, radio) diffuse des informations biaisées sur le sujet de la musique et cela dure depuis plusieurs années. Une première explication facile serait que tous les journalistes sont des incompétents notoires qui ne réflechissent pas. La deuxième, davantage plausible, est que les médias sont manipulés comme des marionnettes par les lobbies du mutimédia. Une preuve que l’information est volontairement déformée, c’est que la figure de proue de ces lobbies en France, Pascal Nègre (PDG d’Universal Music France, et qui a travaillé auparavant pour BGM, Colombia et Polygram), est invité à toutes les émissions sur le sujet, avec généralement personne en face pour faire un vrai débat. Que reste-t-il de la liberté de la presse ?