À vos marques, prêts, zidentielle

Celaa fait un moment que notre cher ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a annoncé son ambition présidentielle. Maintenant que nous sommes à un an de la grande élection française, tous les politiciens ambitieux se lancent dans la course, avec un lot de propositions fantasques!

Ségolène Royal, la candidate favorite du Parti Socialiste, a récemment déclaré lors de sa campagne en Seine-Saint-Denis vouloir confier les jeunes délinquants à un encadrement militaire. Il est vrai que la droite ne doit pas avoir le monopole de la sécurité et que la gauche doit aborder ce thème. Cependant, pour une candidate socialiste (donc à priori plutôt au centre qu’à droite), on aurait préféré qu’elle mette l’accent sur « plus de social » pour lutter contre la délinquance et contre l’aggravation de la situation dans les banlieues. La répression, on ne fait que ça depuis des années ! De la part de Madame Royal, j’aurais plutôt aimé entendre qu’elle désire développer les postes d’éducateurs, d’assistante sociale et de professeurs, améliorer le soutien scolaire, la prise en main des plus jeunes etc. Tant pis. On peut toutefois se demander si une fois de plus, le Parti socialiste cherche à plaire aux électeurs de droite, comme à l’époque de Lionel Jospin qui scandait que son programme n’était pas socialiste.

Cette (possible) stratégie de Ségolène Royal de plaire aux électeurs de droite n’est pas nécessairement une bonne idée. On peut penser que ces derniers préféreront voter directement pour Nicolas Sarkozy plutôt que pour un de ses ersatzs. Mais bon, il reste encore un an de campagne. Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy pioche sur les plates-bandes de l’extrême droite avec sa réforme sur le Code de l’Entrée et du Séjour des Étrangers et du Droit d’Asile (CESEDA) en proposant une immigration choisie, en limitant radicalement le regroupement familial et en supprimant la délivrance automatique d’une carte de séjour aux étrangers en situation irrégulière qui sont sur le sol français depuis dix ans. À droite toute? Pendant ce temps, celui que Cabu appelle « le grand blond avec une chemise noire », c’est à dire Jean-Marie Le Pen, ne dit rien. J’imagine qu’il va rentrer dans la campagne le plus tard possible, pour nous dire que tous les autres politiciens sont des corrompus qui ne pensent qu’à se chamailler et que tout est de la faute des Arabes.

Toute cette campagne ne serait pas amusante s’il n’y avait pas la grande dispute traditionnelle des Verts. Après les luttes de candidats à la candidature, et les nominations de candidats finalement annulées après plusieurs gaffes (je parle bien entendu d’Alain Lipietz en 2002), on a cette fois-ci encore mieux. Dominique Voynet et Yves Cochet, tous deux de la même tendance au sein des Verts, n’ont pas pu être départagé fin mai lors du deuxième tour de la primaire pour l’investiture présidentielle (deux voix seulement séparaient les deux candidats sur 5000 votants). Se présenter l’un contre l’autre quand on est de la même tendance au sein d’un même parti, n’est-ce pas le comble de la politique politicienne ?

Bref, tout cela nous promet une belle campagne présidentielle!

Impressions sur Manhattan

Et si on parlait un peu de Manhattan? La première chose qui marque à New York, ce sont les policiers: il y en a partout. Des policiers pour la circulation, des patrouilles, des policiers très militarisés. Tellement, qu’en tournant sur soi-même, il est rare qu’il n’y ait pas au moins un policier dans notre champ de vision. La sécurité, probablement depuis le 11 septembre 2001, est omniprésente: bornes pour empêcher les voitures de se garer devant certains bâtiments, portiques de sécurité (curieusement seulement à partir du 1er étage dans l’Empire State Building).

La sécurité exagérée, c’est aussi celle de la frontière américaine: à la frontière, on a la désagréable impression d’entrer en prison. On doit répondre à des questions peu intelligentes posées par des douaniers peu avenants, voire autoritaires, parfois complétement impolis ou ignorants. On a ainsi demandé à un européen pourquoi il était allé en Tunisie, en insistant qu’il s’agit d’un pays musulman. La personne était là-bas dans un club de vacances, mais on la regardait comme si elle était candidate au jihad. Enfin, les douaniers avaient l’air d’être plus pénibles avec certaines nationalités. Les douaniers aiment faire patienter des heures et poser un tas de questions aux Syriens (leur pays fait partie de l’axe du mal désigné par George W. Bush). C’est aussi le cas pour les Français, à cause de l’opposition de la France à la seconde guerre du Golfe, à cause aussi de l’inculpation du Français Zacarias Moussaoui pour les attentats du 11 septembre 2001, et aussi plus largement du « French bashing » de type fuckfrance.com.

Deux autres choses marquantes visuellement sont la hauteur des tours, masquant le ciel, et l’abondance taxis jaunes. Plus surprenant et tristement inadéquats, on voit aussi des bus rouges londoniens. Enfin, inévitable est le cadastre en damier avec les avenues verticales et les rues horizontales, coupées par Broadway.

Le luxe de Manhattan contraste avec la pauvreté d’Harlem, qui sans être misérable, n’est pas très attrayant. New York, c’est aussi la multiculturalité. Il y a le quartier chinois, avec des magasins avec des rayons entiers de contrefaçon (alors que le maire Rudolph Giuliani a publiquement annoncé que la contrefaçon avait disparu dans la ville) et la poste où tout est écrit en mandarin. Il y aussi les hispanophones très nombreux, à tel point qu’un vendeur peut vour parler directement en espagnol dans un magasin de jeans Levi’s. À Times square, on sent le rêve américain. Au de jouets FAO Schwarz, avec sa parade, son grand piano sur lequel on danse et ses vendeurs déguisés, on apprécie les talents qu’ont les Américains pour le commerce.

La France, un pays qui refuse d’évoluer

On entend fréquemment que la France est un pays qui refuse d’évoluer. Les Français protestent tout le temps, n’arrêtent pas de faire grève ! Je reconnais que certains citoyens sont des assistés et « profitent du système ». On a l’impression aussi que certains groupes politiques d’extrême gauche font toutes les manifestations presque par réflexe, et que probablement le jour où il y aura une manifestation anti-extrême gauche, ils seront là avec les mêmes slogans, les mêmes banderoles et le même discours que d’habitude. Il y a aussi des fainéants qui sont prêts à faire toutes les grèves pour ne pas travailler, et des gens qui sont au chômage parce qu’ils ne se bougent pas pour chercher du travail. Oui, ça existe. Tout le monde est-il comme ça? Certainement pas.

Alors, les Français sont-ils hostiles au changement? Je ne crois pas. Le problème, c’est que depuis 2002, le mot réforme est toujours associé à des changements réactionnaires. Et il se pourrait bien que la droite veuille faire culpabiliser ses concitoyens pour leur vendre ses réformes moribondes. Nos sympathiques membres du gouvernement veulent que les gens travaillent plus, et soient moins payés ; qu’ils acceptent plus de précarité, moins d’aide sociale, moins de remboursements de santé. Le peuple devrait-il accepter tout ça sans broncher ? Et en plus dire merci ? Je passe sur le fait que les seuls qui doivent faire des sacrifices, ce sont les plus pauvres et les plus jeunes (comme pour le projet de loi CPE). Parce que renoncer à ses privilèges, c’est évidemment juste pour « la France d’en bas ». Ainsi, les patrons des grandes entreprises françaises continuent de partir avec des indemnités en millions d’euros et de se faire voter des augmentation faramineuses…

Les gens ont raison de s’indigner encore et de vouloir conserver leurs acquis sociaux qui font de la France un pays plus juste que d’autres. Ils ont raison de manifester quand ils ne sont pas d’accord, ce n’est forcément parce qu’ils sont conservateurs. Par exemple, beaucoup d’électeurs qui ont voté « non » au référendum sur le Traité Constitutionnel Européen ont exprimé leur volonté de bâtir une autre Europe. En fait, j’espère que les gens continueront de se battre longtemps quand des politiciens qui les méprisent veulent leur supprimer leurs droits.

Certains disent que c’est la seule solution : la France doit bouger, elle doit se réveiller, l’humain doit s’adapter à l’économie et renoncer aux acquis sociaux qui la freine. Prenons exemple sur le Canada et les États-Unis d’Amérique, ceux sont des pays riches et leur économie fonctionne bien ! Génial. Mais en Amérique, si tu es pauvre et que tu es malade, tu meurs. Les universités sont privées et coûtent très cher. Le service public n’y existe tout simplement pas. Est-ce vraiment un exemple à suivre? Les Français sont donc des fainéants jamais contents et conservateurs, ou alors des gens qui défendent leurs libertés et ont une autre vision du monde que celle de leur gouvernement?

Quand j’entends que la France refuse d’évoluer, j’aimerais bien voir sa réaction si on lui proposait des réformes progressistes. Des vrais changements qui redonneraient à certains l’envie de croire en l’avenir, mais sans en abandonner d’autres sur le bord de la route. Arrêtons le pessimisme. La France reste un des pays les plus riches du monde, elle a non seulement les moyens d’évoluer sans supprimer tous les avantages sociaux, mais pourrait même en faire sa force. Il faudrait arrêter de vouloir sans cesse copier l’Amérique si différente alors qu’il existe d’autres exemples de pays socialement fort qui réussissent bien, comme la Suède.

Les disfonctionnements de la démocratie

Évidemment en Occident la démocratie n’est pas parfaite. Elle marche plutôt bien, bien que constamment soumise à des lobbys divers et variés (financiers, idéologiques, communautaires etc.). Cependant on a pu sentir certaines de ses disfonctionnements en France au cours de ces dernières semaines.

Le premier cas est la fameuse loi DADVSI, adptation française de la directive européenne EUCD, déjà cité sur ce blog. Pour résumer, cette loi vise à reglémenter ce qui concerne la copie privée, l’échange de données numériques et ce qui a trait au multimédia. Après avoir tenté de faire passer rapidement cette loi à Noël, pour éviter tout débat, le ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres a ensuite retiré les amendements qui ne lui plaisaient pas (notamment sur la licence globale), et a fait revoter la loi. Les députés de la majorité ont ainsi entériné toutes les dispositions répressives proposées par le gouvernement les 14, 15 et 16 mars 2006. Le projet de loi doit maintenant être étudié par le Sénat.

Le problème de l’échange de contenu numérique sur internet n’est pas simple et a suscité beaucoup de débats parmi les citoyens. Pourtant, le ministre semble avoir fait la sourde oreille aux revendications des internautes, des artistes et des entreprises qui ont signé la pétition d’EUCD.info. Il n’a apparement pas non plus étudié très longtemps la proposition d’une « licence globale » qui semblait pourtant satisfaire beaucoup de monde. Monsieur Renaud Donnedieu de Vabres a davantage prêté oreilles à la désinformation de l’industrie du disque. Simple volonté politique, ou bien manipulation de gros lobbies financiers? On trouve la réponse sur « l’incident » du 20 décembre 2005 à l’Assemblée Nationale relayé par de nombreuses sources. On apprend ainsi que « (…) quelques heures avant le début de l’examen du projet de loi DADVSI, des représentants d’éditeurs de services en ligne commerciaux (…), badgés « Ministère de la culture », ont fait des démonstrations de leurs sites de téléchargement de musique payante dans une salle, proche de l’hémicycle. Ils ont également offert des avantages en nature aux parlementaires (cartes prépayées de 9,99 Euros donnant droit à télécharger gratuitement une dizaine de morceaux de musique). ».

De mon point de vue, ce n’est que la partie immergée de l’iceberg des tentatives d’influence exercées auprès des politiciens par des compagnies richissimes qui sont prêtes à tout pour conserver leur pouvoir sur les artistes et les consommateurs. De plus, on peut penser que cette manipulation est d’autant plus facile que les députés ne comprennent pas tous grand chose à l’informatique et les nouvelles technologies, comme l’ont montré les débats.

Le deuxième exemple est la fameuse loi sur le Contrat première embauche (CPE). Je ne m’étendrai pas sur le contenu de ce nouveau contrat de travail, sur lequel on trouve moult informations sur internet et des jolies propositions pour le sigle CPE telles que « Cherche pigeon étudiant ». Je n’y vois ni plus ni moins qu’une loi permettant à certaines entreprises peu scrupuleuses d’embaucher des jeunes à bon prix et de les renvoyer le jour voulu, sans passer par la case départ et sans prendre 20 000 Francs (*), et réitérer le processus sans fin. La justification du gouvernement est que son projet réduira le chômage… ce qui n’a strictement rien à voir. Pour ne citer qu’un seul argument : ce n’est pas le CPE qui va donner envie aux entreprises d’embaucher, c’est la conjecture économique. Et dans le même genre de contrat, il existe déjà le Contrat à durée indéterminée qui contient une période d’essai de 3 mois. Bref, un projet qui n’apporte rien de bon pour les jeunes salariés, et qui vise à développer la précarité de l’emploi alors que la France est un pays assez riche pour proposer à ces citoyens des solutions plus intelligentes.

Ce n’est pas cela qui me gêne le plus. Les gouvernements UMP successifs nous ont habitués depuis 2002 à de nombreuses lois anti-sociales. La droite a été élue, il nous reste à être patient, rester vigilant, éventuellement se défouler, et lui indiquer la porte de sortie aux prochaines élections. Non, le vrai problème, c’est la méthode. Le Premier ministre a établi son projet de loi dans son coin. Il a omis de consulter les jeunes – qui sont quand même les premiers concernés -, les travailleurs sociaux, les syndicats, les salariés… en fait, il n’a consulté personne. Non content de son projet, il l’a fait passer de force à l’Assemblée Nationale en invoquant l’article 49-3. Maintenant que les sondages estiment que 63% de la population française est contre le projet de loi, que la plupart des Universités sont bloquées et que des centaines de milliers de gens manifestent, Monsieur de Villepin appelle au dialogue et affirme qu’ils ne veut pas retirer son projet de loi. Où est la démocratie ?

Le plus inquiétant, c’est que l’énergie dépensée pour faire passer coûte que coûte ces textes n’a pas vraiment l’air motivée par de réelles motivations politiques ou idéologiques, mais plutôt par des pressions exercées par des lobbies financiers. Loin de moi l’idée de dire que tous les ministres et les députés sont des corrompus, mais il n’est pas exclu qu’il y en ait beaucoup plus qu’on ne le pense.

La France joue un jeu absurde : son gouvernement crée des lois contre l’intérêt de ses citoyens. Dans le cas DADVSI, contre les utilisateurs de logiciel libre, les internautes, les consommateurs de musique et la majorité des artistes ; dans le deuxième cas, contre les jeunes salariés. Plutôt que de chercher à détruire son peuple, pourquoi le gouvernement ne se fait-il pas hara-kiri lui même?

(*) Allusion au jeu de société Monopoly.

Les causes de la guerre en Tchétchénie

La Tchétchénie a été le théâtre de durs affrontements, de conflits intenses touchant des civils sur place, additionné d’actes de terrorisme en réaction. Pourquoi Vladimir Poutine n’a pas accordé son indépendance à la Tchétchénie? Pourquoi ce territoire escarpé et modeste fait autant face à la violence?

La République tchétchène a du gaz et du pétrole. Cependant, le Caucase ne représente que 2% du pétrole russe. C’est peu. En revanche, en Tchétchénie passe l’oléoduc qui relie la mer Caspienne (Azerbaïdjan, Kazakhstan, etc.) à la mer Méditerranée, en particulier pour la Turquie. Ceci est important pour l’économie russe et en voici la preuve : en 2005, les États-Unis ont construit un oléoduc concurrent traversant l’Azerbaïdjan et la Géorgie, contournant la Tchétchénie. Toutefois les raisons économiques ne sont pas la seule cause de l’escalade militaire.

En effet, il faut absolument prendre en compte la politique intérieure. La guerre et la lutte contre le terrorisme est un moyen commode de justifier une politique autoritaire et le contrôle des médias. Le conflit en Tchétchénie a été très utile à la prise en main de la Russie par Vladimir Poutine.

En réalité, la guerre en Tchétchénie et au Daghestan voisin est également au centre d’intérêt géopolitiques étrangers. Certains islamistes, financés par des pays du Golfe, rêvent d’un Caucase islamique séparé de la Russie. On peut aussi y voir la patte des États-Unis d’Amérique et de la CIA, qui dans un contexte post-guerre froide, n’avait pas pour seul objectif l’effondrement de l’URSS, mais aussi le morcelement de la Russie afin de l’affaiblir. Dans ce plan, les séparatistes tchétchènes peuvent être très utile, un peu comme les Afghans ont été supportés par les Américains contre l’Union soviétique dans les années 1980.