Le piège de l’écriture inclusive et de la féminisation des noms

Sur Internet se répand une nouvelle écriture. Cela serait sans intérêt si cela ne se répandait pas depuis un an comme une traînée de poudre. Le principe est simple : on inclut systématiquement la marque du féminin dans tous les mots et les accords, en la marquant avec des points. Par exemple : des ignorant·e·s.

Ce qui saute aux yeux, évidemment, c’est l’inesthécité du procédé et la complication pour lecture. L’autre aspect évident, c’est l’idée de réformer unilatéralement la langue pour défendre une cause. Or, lorsque l’on parle de langue, un certain standard est nécessaire : rappelons que le Français est la langue officielle de 29 pays et de nombreux organismes internationaux, elle est parlée en outre par plus de 250 millions de personnes répartis sur tous les continents. Si chaque communauté ou cause militante modifie la langue à sa façon, cela pourrait devenir cocasse : on imagine déjà les chasseurs écrire : des ignorant·fusil·s. Notons qu’il peut être tout à fait sain et pertinent de réformer une langue. Cependant, cela ne doit pas se faire pour des raisons politiques ou militantes, mais pour des raisons linguistiques. C’est seulement une fois que l’orthographe ou la grammaire est officiellement modifiée que l’on doit commencer à l’utiliser, afin que tout le monde utilise la même norme : la fonction principale d’une langue c’est de communiquer.

Intéressons-nous à la motivation des réformateurs. Cette inclusion de points part d’un postulat : la langue française serait misogyne. À noter que la féminisation des noms de métiers va dans ce sens. Or, il s’agit d’une incompréhension totale de la langue. Explication. Le genre grammatical est censé être une pure propriété formelle. Le soleil n’est pas un garçon, la lune n’est pas une fille. D’ailleurs, en allemand, le genre de ces mots est exactement l’inverse. De même, une grenouille peut être un mâle, un médecin peut être une femme, une sage-femme peut être de sexe masculin, une personne aussi. En réalité, le genre grammatical se moque éperduement de l’identité du locuteur. En français, les mots sont classés en deux groupes, appelés « masculin » et « féminin », mais on pourrait presque les appeler « poireau » et « carotte ». En français, par convention, « poireau » peut servir de forme générique au pluriel, parce que c’est plus simple. Rien de spécifiquement misogyne. Quand on écrit « des ignorants », on ne s’intéresse pas à dénombrer combien il y a d’hommes et de femmes dans l’ensemble énoncé. C’est générique, neutre.

Selon les partisans de l’écriture inclusive et de la féminisation des noms de métiers, il est important d’insister sur le sexe. Si on pousse la logique jusqu’au bout, quand je parle de mon professeur, pour lutter contre les inégalités, dois-je marquer dans l’orthographe que mon professeur est une femme noire musulmane de nationalité soudanaise ? En pratique, si j’énonce « mon professeur », cela n’informe en rien sur son sexe biologique. Aucune information à ce propos. En revanche, « ma professeure » (incorrect en français) insiste sur le fait que l’enseignant est une femme. Le sexisme est donc apparent dans cette nouvelle forme. Or, une femme qui rêve d’enseigner, veut-elle devenir « professeur » en général, ou simplement une femme professeur ? Enfant, Jean-Vincent Placé voulait-il être un politicien asiatique, ou un politicien ? Ce n’est donc pas la langue elle-même qui est discriminatoire, mais le cas échéant l’interprétation des mots par les locuteurs. Autrement dit, la langue n’est pas misogyne, la société, en revanche, peut l’être.

En turc, en hongrois, en basque et généralement en anglais, il n’y a pas de masculin et de féminin grammatical. Dans les endroits où l’on parle ces langues, il y a t-il moins de discriminations vis-à-vis des femmes ? Assurémment non. Être partisan de l’écriture inclusive, c’est ni plus ni moins qu’étaler son ignorance et son intégrisme aux yeux des autres.

Le corse est-il une langue ?

On a pu étudier le ch’ti il y a quelques jours. Essayons avec un autre idiome : le corse. Inutile de le présenter : comme son nom l’indique, le corse est originaire de l’île éponyme.

Le corse est extraordinairement proche du toscan, en particulier pour ses variantes de la Haute-Corse (le cismontano) ; rien d’anormal quand on sait que Pise a longtemps eu une grande influence sur l’île. Ainsi, un locuteur italien comprend facilement 90% du corse sans n’avoir jamais étudié ou entendu cette langue (j’ai testé), l’accent étant le principal obstacle. En effet, l’accent corse est bien différent de l’italien standard d’aujourd’hui – le corse est plus lent et moins limpide que l’italien, car on étouffe pas mal de sons (on retrouve ce type d’accent dans certaines régions d’Italie). Le corse a aussi quelques mots particuliers, un peu comme le français québécois vis-à-vis du français européen.

Originellement, en Corse, comme partout en Europe, on parlait des dialectes différents avec des prononciations distinctes dans chaque vallée. Le vocabulaire pouvait être assez différent (les chercheurs estiment les différences entre 10 et 20%), mais les locuteurs étaient capables de se comprendre. Ainsi, à Sartène on parlait quasiment le gallure (dialecte du nord de la Sardaigne), au sud d’Ajaccio on parlait l’oltramontano (avec ses prononciations en « u », comme en sarde) et au nord on avait un dialecte plus proche du toscan, particulièrement dans le Cap. Exception notable, à Bonifacio – sans doute à Calvi aussi – on parlait ligure – une langue bien différente du toscan et du corse actuel. Pour les curieux, les linguistes ont réalisé des cartes qui reproduisent le mieux possible la répartition de ces dialectes.

L’idée de langue corse en tant que telle est une invention très récente. Le corse d’aujourd’hui, tel qu’il est enseigné, n’est écrit que depuis 1960. Jusque la Seconde guerre mondiale, « le corse » désignait les dialectes parlés en Corse, alors que les journaux et les écrits locaux étaient édités en italien standard (à l’exception des communications administratives qui étaient évidemment en français).

Après la Seconde Guerre mondiale, une langue-toit regroupant les caractéristiques des différents dialectes est créée. Le but initial est de permettre aux Corses francophones bilingues de transmettre leur culture aux jeunes générations. La création est aussi fortement influencée et motivée par le le rejet de l’irrédentisme puis la montée du nationalisme. Cela va avoir des conséquences étonnantes. Lors de la création de la langue, le contre-pied de l’italien est systématiquement choisi : on prend le « u » du sud plutôt que le « o » du nord, on adopte une graphie exotique « vechju » plutôt que « vecchio » (ces deux exemples sont prononcés identiquement). La langue corse cherche à se singulariser. Pour les nationalistes, il s’agit de montrer qu’on a une identité forte avec des symboles nationaux : un pays, une culture, un drapeau… une langue indépendante.

Aujourd’hui, le corse est encore assez vivant car il y a un regain d’intérêt chez les nationalistes et les défenseurs de la culture de l’île, cependant une bonne partie des locuteurs parlent avec l’accent français – c’est le cas dans la majorité du contenu en corse que l’on trouve sur Youtube – et même ceux qui le parlent bien, parlent un corse assez francisé, à cause de la proximité du français.

On pourrait ergoter sur le fait que le corse soit un dialecte ou un patois. En fait, la limite entre dialecte et langue est très subtile. Un dialecte ou un patois est souvent une petite langue qui n’est pas reconnue par une entité politique. Les frères Bernardini chantent avec des mots qu’il ont appris de leur maman : c’est donc bien une langue organisée, qui permet de communiquer et d’exprimer des idées. L’unique question à se poser est donc la suivante : est-ce une langue distincte des langues déjà existantes ?

C’est là que le bât blesse. La linguistique se moque de la politique. Comme en biologie avec les espèces, les linguistes se basent sur les caractéristiques observables. Ainsi, la langue officielle du Monténégro est le monténégrin, mais pour les linguistes, c’est du serbo-croate. Évidemment, les Corses qui sont fiers prétendent souvent qu’ils ont « leur » langue, mais pour certains linguistes c’est une juste une petite variante du toscan. C’est à dire que le corse serait au toscan ce que le ch’ti est au picard, une variation locale. Certains Corses soutiennent cette hypothèse, il y a d’ailleurs même des sites corses, écrits par des Corses, qui parlent de la Corse… en italien (voir ici par exemple). Linguistiquement parlant, le statut de « langue corse » est donc plus politique que réaliste, ce qui n’enlève rien à la qualité de la langue parlée sur l’île de Beauté. En outre, chacun a le droit de l’appeler comme il veut – comme dans le Nord, le peuple n’appelle pas le picard picard mais ch’ti, voire récemment encore simplement patois.

Les anti-vaccins et l’absence de rigueur scientifique

Agnès Buzyn, hématologue et ministre de la Santé, a annoncé vouloir porter de trois à onze le nombre de vaccins obligatoires en France pour les enfants. Serait ajouté au vaccin obligatoire DTP (diphtérie, tétanos, poliomyélite), ceux contre la coqueluche, la rougeole, les oreillons, la rubéole, l’hépatite B, l’infection par la bactérie Haemophilus influenzae, le pneumocoque et le méningocoque C. En pratique, il s’agit presque d’une formalité. En effet, les huits vaccins restants sont recommandés et presque tous les enfants les ont, mais de plus, les vaccins obligatoires sont souvent combinés avec d’autres recommandés pour une seule injection. Par exemple, le vaccin appelé « DTCP-Hib » inclut, en plus de DTP, la coqueluche et les infections à Haemophilus influenzae. Tordons le cou à une idée reçue, cette vaccination obligatoire n’est pas une spécificité française pour protéger nos laboratoires. Une dizaine d’autres pays européens ont une vaccination obligatoire. De plus, de nombreux pays européens où la vaccination n’est que « recommandé » ont dans les fait un taux de vaccination plus élevé qu’en France.

On observe une levée de bouclier importante face à cette vaccination obligatoire. Sur les réseaux sociaux sont partagés des dizaines d’articles incitant les gens à ne pas se vacciner. Le phénomène prend une telle ampleur qu’il en devient inquiétant, pour plusieurs raisons. La principale, c’est que la vaccination sauve des vies. Par conséquent, refuser de vacciner son enfant, c’est aussi prendre le risque qu’il meurre ou qu’il transmette une maladie mortelle à un enfant qui ne peut pas être vacciné (parce qu’il a une pathologie ou une allergie). Un seul exemple : le tétanos. Le tétanos peut s’attraper facilement dès qu’on a une plaie, suite à une blessure, une morsure de chien, une griffure de chat, un tatouage ou une opération chirurgicale. Le tétanos entraîne la mort dans 20 à 30 % des cas. Pour les chanceux, la guérison passe souvent par des soins intensifs. Autre fait, le vaccin antitétanique est considéré comme très sûr et efficace par le monde médical et n’entraîne que très peu de réactions allergiques (quelques cas par million de doses).

Est-ce que les laboratoires se font beaucoup d’argent avec les vaccins ? Ce n’est pas leur activité la plus rentable, mais oui, ils ne le font pas à perte. Lesdits laboratoires ont donc un intérêt commercial, mais cela invalide t-il leur produit pour autant ? Si le commercial est sournois, le chercheur biologiste peut être sérieux et le produit peut être bon quand même. Je regrette personnellement que l’industrie pharmaceutique ne soit pas un service public. L’état doit bien sûr contrôler et surveiller la production. Les scandales sanitaires existent (sang contaminé, amiante, Servier) mais cela n’est pas pour ça que tout est pourri. Une entreprise pharmaceutique qui rate ses vaccins ou ses médicments va aller rapidement à la faillite, ce n’est pas son intérêt économique. Il faut reconnaître que l’industrie pharmaceutique est un lobby dangereux pour la démocratie et que, c’est vrai, il y a des cas rares de graves effets secondaires après la vaccination. Ceci ne doit cependant pas mettre en cause la validité de la vaccination. On touche ici l’élément clef : les anti-vaccins, et la population en générale, a beaucoup de mal à comprendre un raisonnement scientifique. Il est intéressant de lire les discours et de regarder les écrits de ses « antivax » : ils se basent souvent sur des rumeurs, des sources pas très fiables, ils ne recoupent pas leur informations… Pour l’anecdote, j’ai vu un internaute relayer une information qu’il avait vu sur un site entre un article sur « L’Islam et la résistance au Nouvel Ordre Mondial », un autre sur « Le secret de Toutankhamon qui aurait pu détruire le sionisme », en passant par les illuminatis et les huiles essentielles. Une visite rapide sur un moteur de recherche aurait pourtant permis à un béotien de trouver des informations détaillées et pédagogiques d’universités francophones ou de l’Organisation Mondiale de la Santé. Tristement, beaucoup de gens relaient les informations qu’ils lisent ou qu’ils entendent sur les réseaux sociaux, sans même chercher à les vérifier.

La lutte contre la vaccination relève à la fois de l’obscurantisme et de l’absence de méthode de réflexion. On attribue aussi au monde de la science de vouloir comploter contre le peuple. C’est du fantasme. Il n’y pas de sujet passés sous silence par les scientifiques. La communauté scientifique – quel que soit le domaine, archéologie comme mathématiques – est diverse et variée. Il y a des chercheurs dans des universités richissimes avec des tonnes de brevets, des chercheurs isolés passionnés qui économisent sur leur confort pour leur passion, il y a des athées, des bouddhistes, des libéraux, des socialistes. Il y en a de tous bords politiques et religieux. Il y a des scientifiques au Japon, en France, en Iran, en Russie, en Argentine. Tous ont des motivations différentes : le partage, la reconnaissance par leurs pairs, l’argent, l’enseignement. Bref, si une chose géniale ou dangereuse est découverte, c’est impossible à cacher, cela sortira toujours par quelqu’un.

Il y a cinquante ans, quand les virus faisaient tomber les gens comme des mouches (polio, coqueluches etc), personne n’aurait eu l’idée d’être anti-vaccin. Aujourd’hui, quand tout le monde est sain à cause de la vaccination, que des virus sont quasi éradiqués, on entend « les vaccins, ça sert à rien, c’est dangereux » …

Le ch’ti est-il une langue ?

Le ch’ti, que les linguistes appelent « picard » (c’est la même langue) est considérée par les linguistes comme une langue romane bien distincte du français. Parlé en Picardie, dans une partie du Nord-Pas-de-Calais et au sud-ouest de la Belgique, on observe des variations géographiques, mais le lexique est le même, tout comme la grammaire et la construction des phrases.

Il y a peu de littérature en picard. Cela s’explique par le fait que le picard a été supplanté très tôt par le français chez les élites. On trouvait cependant pas mal de textes au picard au Moyen-Âge, comme par exemple ceux d’Adam de la Halle. Plus récemment il y a eu les textes de Jules Mousseron (entre-deux guerres) mais cela reste anecdotique, presque plus personne n’écrit en picard.

Une graphie du picard fait consensus (Feller-Carton) et il existe des manuels de grammaires du XXe siècle, mais rien n’est officiel. La langue est grandement menacée, il ne faut donc pas s’attendre à ce que cela s’améliore, si tant est qu’il y ait un besoin. Il y a évidemment des caratéristiques grammaticales propres au picard, comme par « el carette Batisse » pour « la charette de Baptiste », construction d’origine latine qui nécessite une préposition en français mais pas forcément en picard.

Enfin, le picard est étudié à l’Université de Lille 3, l’université d’Amiens et même aux États-Unis d’Amérique (voir ici).

On pourrait ergoter sur le fait que le ch’ti soit un dialecte ou un patois. En fait, la limite entre dialecte et langue est très subtile. Un dialecte ou un patois est souvent une petite langue qui n’est pas reconnue par une entité politique. Dany Boon a parlé avec des mots qu’il a appris avec sa maman : c’est donc bien une langue organisée, qui permet de communiquer et d’exprimer des idées. L’unique question à se poser est donc la suivante : est-ce une langue distincte des langues déjà existantes ? Pour le ch’ti-picard, il n’y a pas débat, il était déjà écrit avant l’an 1000 et les francophones vivant en dehors de sa zone géographique ne le comprennent que très peu. Si vous avez un doute, demandez à quelqu’un d’une autre région de traduire une chanson d’Edmond Tanière.

Benzema, l’enfant pourri gâté du football français

Quelques jours avant le début de l’Euro 2016, le footballeur Karim Benzema fait parler de lui : il a déclaré à un journal espagnol qu’il n’aurait pas été selectionné car l’entraîneur aurait « cédé à la pression d’une partie raciste de la France ». Cette déclaraion est abjecte. Pour commencer, il avait été officiellement évincé pour une durée indéterminée de la sélection nationale dès avril 2016 par Didier Deschamps et la Fédération française de football ayant été cité dans une affaire de chantage visant son coéquipier en équipe de France Mathieu Valbuena. Il a aussi été entendu dans une enquête de blanchiment concernant l’achat de son restaurant parisien. Mais il y a probablement d’autres raisons à la non sélection de Benzema. Par exemple, il lui est parfois reproché de s’appliquer en club mais moins sous le maillot de l’équipe nationale, pour laquelle il ne chante d’ailleurs généralement pas l’hymne. On lui oppose aussi parfois son comportement de star racaille et arrogante, qui se complait dans le luxe et le paraître : ce n’est certainement pas l’image du football que souhaite donner la fédération. On pourrait supposer que son caractère posait peut-être problème avec le groupe selon Didier Deschamps. On se souvient que Cantona ou Anelka n’avaient pas non plus été sélectionnés en leur temps en raison de leur caractère. On notera aussi qu’il n’avait d’ailleurs pas été retenu par Raymond Domenech pour la (catastrophique) coupe du monde 2010. Enfin, il n’était clairement pas indispensable : l’équipe de France a déjà de solides attaquants tels que Giroud, Martial ou Griezmann. Bref, il y avait pas mal de raisons objectives de ne pas le sélectionner.

En revanche, l’accusation de racisme est ignoble. Elle ferait simplement sourire en regardant la composition de l’équipe, si ce n’était pas un classique. De plus en plus, certains Français issus de l’immigration abusent du terme « racisme » pour discréditer un adversaire ou détruire tout débat. Pour autant, les citoyens issus de l’immigration sont des gens comme les autres et il est nécessaire de pouvoir les critiquer sans avoir à se faire insulter à mauvais escient comme l’a été Didier Deschamps. Le racisme est un vrai problème dans la société, il est pitoyable de le récupérer à des fins personnelles. Quoi qu’il en soit, sa réaction d’adolescent attardé des banlieues, prêt à destabiliser l’équipe à quelques jours d’un premier match crucial, en dit long sur l’intelligence du bonhomme.