Présidentielle 2017 : Jean-Luc Mélenchon

Alors qu’il grimpe dans les sondages, Jean-Luc Mélenchon est devenu une cible de choix pour ses adversaires. Soviétique, communiste, dangereux, extrêmiste, dictateur sont autant de surnom dont on l’affuble. Essayons d’y voir plus clair.

Comme Lionel Jospin, Benoît Hamon, Michel Sapin ou Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Luc Mélenchon est trotskiste durant ses études en 1968. Licencié en philosophie et professeur de français puis journaliste, il rejoint l’UNEF. Séduit par François Mitterand, il adhère finalement au Parti socialiste en 1976. Il va occuper diverses responsabilités politiques dans l’Essone. En 1988, il cofonde avec Julien Dray le courant Gauche socialiste ; dès lors, il va rester sur l’aile gauche du Parti socialiste, ce qui ne l’empêchera pas d’être ministre délégué à l’Enseignement professionnel sous le gouvernement de Lionel Jospin, pour lequel il ne cache pas sa sympathie. Finalement, en 2008, après son échec bidécennal à imposer une politique de gauche au sein de son parti, il claque la porte et fonde le Parti de gauche, qu’il codirige bientôt avec l’ex-verte Martine Billard. Toutefois, le petit Parti de gauche peine à peser sur la scène nationale, il a donc besoin d’allié : comme il ne peut logiquement pas s’allier avec le Parti socialiste, qu’il a quitté, il cherche des alliés à sa gauche. À diverses élections, son parti fera alliance sous la bannière « Front de gauche » avec l’extrême-gauche : le Parti communiste, même parfois des dissidents du Nouveau parti anticapitaliste.

D’origine espagnole (trois de ses grand-parents sont des pieds-noirs espagnols), hispanophone et hispanophile, Mélenchon ne cache pas son enthousiasme envers les politiques du bolivien Evo Morales et du vénézuélien Hugo Chávez. Plus polémique, il a déclaré en 2011 que « Cuba n’est pas une dictature (…) ce n’est certainement pas pas non plus une démocratie comme nous l’entendons » – c’est une erreur : bien sûr que si, Cuba est une dictature avec un parti unique et des journalistes en prison. Cependant, Jean-Luc Mélenchon a toujours précisé qu’il parlait de ces pays sans les ériger en modèle et en les plaçant dans leur contexte caribéen ou latino-américain. Jean-Luc Mélenchon s’est toujours qualifié de socialiste républicain, préférant les urnes à la rue (à la différence de Nathalie Arthaud ou de Philippe Poutou). Jean-Luc Mélenchon, c’est un peu du François Mitterand de 1981 avec la verve de Georges Marchais.

Examinons son programme, un des plus précis de cette présidentielle. L’originalité de ce programme est la volonté de convoquer une assemblée constituante chargée de mettre en place une Sixième République (Arnaud Montebourg est sur la même ligne), chargée de donner plus de pouvoir aux citoyens. Un autre point concerne la solidarité et le partage des richesses, qu’il pense être une priorité : il veut limiter les très hauts salaires, construire massivement des logements et lutter contre l’exode fiscal, notamment en demandant aux Français de l’étranger de payer leurs impôts en France. En économie, Jean-Luc Mélenchon est pour la relance par la consommation, le protectionisme et contre le libéralisme ; il est contre les licenciements boursiers, veut mettre une échelle des salaires allant de 1 à 20, réduire le temps de travail. Même si les Verts soutiennent officiellement Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon reste le candidat qui parle le plus d’écologie, thème à laquel il s’est converti à la fin des années 2000 (le vert du logo du Parti de gauche provient de cet engagement). Jean-Luc Mélenchon prône une plannification écologique, veut sortir progressivement du nucléaire (il a changé sur ce point depuis 2012), pense qu’on peut faire une relance écologique grâce au territoire maritime français.

En géopolitique, Jean-Luc Mélenchon est Gaullo-mitterandien, dans le sens où il se dit prêt à communiquer avec tout le monde, reconnaît les états mais pas les régimes. Ainsi, il n’est pas atlantiste et plaide pour plus de dialogue avec Vladimir Poutine (il rejoint sur ce point François Fillon et Dominique de Villepin, par exemple), tout en déclarant : « Je ne suis lié d’aucune manière à Monsieur Poutine. Je combats absolument sa politique et si j’étais russe, je ne voterais pas pour son parti mais pour mon camarade du Front de gauche russe, qui est en prison ». Il est contre la politique va t’en guerre de François Hollande et veut que la France s’appuie sur l’ONU pour promouvoir la paix dans le monde, tout en quittant l’OTAN. Sur l’Europe, s’il dit regretter d’avoir voter « oui » au traité de Maastricht (il voulait alors un euro fort pour concurrencer le dollar), il a voté « non » au référendum sur le TCE en 2005. Il souhaite utiliser le poids de la France pour pousser ses partenaires européens à sortir des traités européens, veut remettre en cause l’austérité imposée par l’Allemagne et supprimer la directive sur les travailleurs détachés, mais ne souhaite pas quitter l’Union européenne. Jean-Luc Mélenchon veut développer une francophonie politique avec notamment les pays africains.

Parmi les autres points en vrac, Jean-Luc Mélenchon veut légaliser le cannabis, veut la parité hommes-femmes via des quotas (il est soutenu par les féministes ultras), désire renforcer les services publics par le recrutement de personnels dans l’éducation, la santé et la justice. Il souhaite développer une politique de recherche spatiale ambitieuse, abroger l’état d’urgence et les lois sécuritaires. Le plus âgé des candidats après Cheminade maîtrise également le sujet des nouvelles technologies. Il veut supprimer Hadopi, favoriser le très haut débit, protéger la vie privée, garantir la neutralité du net, favoriser les Fablabs, accorder la nationalité française à Edward Snowden et Julian Assange.

Par rapport à Benoît Hamon, quelle différence ? Les deux candidats sont très proches, mais il subsiste quelques points de désaccord. Benoît Hamon ne veut pas remettre en cause le fonctionnement de l’Union européenne, ni la Ve République, ni l’OTAN et la politique pro-américaine de la dernière décennie. Benoît Hamon veut un revenu universel alors que Mélenchon y voit une « trappe à pauvreté », veut fusionner la CSG avec l’impôt sur le revenu alors que Mélenchon y voit une menace pour le financement de la Sécurité sociale, Jean-Luc Mélenchon est pour la retraite à 60 ans à taux plein et ramener la durée de cotisation pour une retraite complète à 40 ans.

Présidentielle 2017 : Nathalie Arthaud et Philippe Poutou

Entre les candidats de Lutte ouvrière (LO) et du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), peu de différences de programme. Ils défendent les ouvriers contre les patrons, les bourgeois et les capitalistes. Ils dénoncent la lutte des classes. Ils veulent une hausse des salaires et des aides sociales, interdire les licenciements. Ils prônent la révolution par la rue et la libre circulation des peuples. Pour eux, l’Union européenne n’est pas un problème et sert d’épouvantail aux patrons pour opprimer les salariés. Ils sont contre la politique sécuritaire et l’état d’urgence des gouvernement Valls et Caseneuve. Nathalie Arthaud et Philippe Poutou sont candidats mais déclarent ne pas vouloir faire de compromis ni même être élus.

Il subiste cependant des différences non négligeables. LO parle essentiellement aux ouvriers et aux petits employés, alors que le NPA parle à tous les Français anticapitalistes. Dit autrement, Lutte ouvrière est garant d’un dogme communiste (et refuse toute alliance avec une autre formation) alors que le NPA est plus un parti classique, ouvert à différentes tendances d’extrême-gauche, dont les libertaires et anarchistes. Il existe d’autres petites différences : le NPA est pour la sortie du nucléaire, il est favorable au voile à l’école et généralement islamophile – LO est en opposition sur ces deux points. Le NPA parle un peu de géopolitique (autodétermination des peuples et indépendance des territoires d’outre-mer, suppression des ventes d’armes, baisse du budget de la défense), LO quasiment jamais. En fait, le programme de LO se concentre sur le travail et la lutte des classes, alors que le programme du NPA aborde des thèmes plus variés. Nathalie Arthaud est plus radicale dans son discours, elle prône la suppression de la propriété privée des moyens de productions, l’expropriation et la réquisition de biens privés.

Si les idées sont proches, le style est différent. Philippe Poutou est bien plus sympathique, façon Olivier Besancenot. Ainsi, comme blague du 1er avril, il a annonçait qu’il se retirait pour Emmanuel Macron. Toutefois, il sait être incisif, comme lorsqu’il attaque François Fillon et Marine Le Pen sur leurs affaires lors du débat à 11. Nathalie Arthaud, elle, est un clone d’Arlette Laguillier. Même habits, même coupe de cheveux, mêmes lunettes, même apparence, même manière de s’exprimer, elle débite austèrement un texte en boucle, façon professeur de français pénible (dans la vraie vie, elle est professeur d’économie et de gestion en lycée). Poutou lui est plus naturel, décontracté, probablement trop.

Présidentielle 2017 : François Asselineau

François Asselineau est un ancien haut fonctionnaire français. Diplômé d’HEC et de l’ENA, il parle japonais. Proche de Charles Pasqua, il rejoint le parti de ce dernier, le Rassemblement pour la France, en 1999. En 2004, il rejoint l’Union pour un mouvement populaire de Nicolas Sarkozy. En 2007, il fonde son parti Union populaire républicaine (UPR). Après avoir échouhé à se présenter à la présidentielle de 2012, il s’est préparé pendant 5 ans pour avoir les signatures nécessaires pour 2017.

Très technocrate et incollable sur les traités européens et la constitution française, François Asselineau aborde essentiellement un seul sujet : l’indépendance de la France. Il désire la sortie de la France de la zone euro, de l’Union européenne et de l’OTAN. Il ne veut rien renégocier mais sortir immédiatement de l’Union européenne, à la britannique. Pour lui, la construction européenne est la cause principale des problèmes des Français. Il s’oppose aussi au poids des banques sur la politique française. En terme de géopolitique, il est pour renouer le dialogue avec la Russie, rompre l’alignement avec le Qatar et l’Arabie Saoudite. Il veut porter le budget de la défense à 3% du PIB (actuellement il est à 1,77%). Enfin, son programme contient des réformes administratives techniques, dont la volonté d’établir une nouvelle constitution soumise à un référendum. Ses mesures sont souvent le plus souvent teintées de gaullisme et de souverainisme. Au sujet des nouvelles technologies, François Asselineau veut favoriser les logiciels libres, garantir l’anonymat sur Internet, protéger les lanceurs d’alerte et établir la neutralité du réseau. François Asselineau veut aussi « lancer une grande politique publique de médecines douces et alternatives, encadrée par des expertises médicales incontestables », ce qui est particulièrement paradoxal – car le terme « médecine douce » s’oppose à la médecine normale, et c’est cette médecine, non douce, qui est une science encadrée par des expertises.

S’il est souverainiste, on peut lui savoir gré de ne jamais tomber dans le racisme primaire et de s’opposer clairement à la diabolisation des immigrés et des musulmans, comme peut le faire parfois le Front national, tout comme Nicolas Dupont-Aignan ou François Fillon. Ainsi, son programme énonce : Refuser la stigmatisation insidieuse des Français d’origine arabe ou de confession musulmane comme la stigmatisation de tout Français en vertu de ses origines sociales ou ethniques ou bien de ses convictions politiques ou religieuses. Dénoncer la théorie du « choc des civilisations » comme une théorie fausse et nocive et prendre des mesures, notamment éducatives, pour convier les peuples à la « concorde des civilisations ».

Bref, François Asselineau est issu de la tradition de la droite gaulliste, il est farouchement souverainiste et pour un Frexit immédiat. On lui voit une certaine proxmité avec Nicolas Dupont-Aignan. On notera aussi que son proramme est léger. Souvent comparé à l’extrême-droite et Marine Le Pen par les médias, son programme est bien différent : Marine Le Pen est notamment plus floue au sujet d’une éventuelle sortie de l’Union européenne, elle est pour une politique plus sociale et elle est partisane des théories du choc des civilisations et du grand remplacement.

Présidentielle 2017 : Benoît Hamon

Benoît Hamon a été élu de la primaire citoyenne (comprendre, socialiste) un peu par hasard, grâce à sa propsition sur le revenu universel, mais aussi certainement parce que les électeurs voulaient un retour à une politique de gauche au sein du Parti socialiste. Cette primaire s’est plutôt mal terminée pour le parti : elle a eu le chic de représenter au deuxième tour deux tendances qui étaient déjà présentes parmi les candidats déclarés : Benoît Hamon contre Manuel Valls, respectivement proches des programmes de Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Il faut noter que la primaire organisée par le Parti socaliste a eu lieu fin janvier 2017, quand la campagne présidentielle était déjà en route depuis longremps. Bref, malgré des accusations de fraude au premier tour, Benoît Hamon a été élu au second avec une avance confortable : près de 59% des voix.

Benoît Hamon a un premier handicap. Non seulement il est membre du Parti socaliste et il a été ministre sous la présidentielle de François Hollande, mais certaines de ses positions ne sont pas glorieuses. En septembre 2013, lors de la loi sur la consommation, dite loi Hamon, il s’oppose de toutes ses forces à une remise en question de la vente liée de logiciels, en contradiction avec la promesse de campagne de François Hollande. À la même période, il essaie de tout faire pour évincer Jean-Marc Ayrault du gouvernement dans l’espoir de changer de politique économique… c’est Manuel Valls qui récupère le siège de Premier ministre et menèra une politique encore plus libérale.

Tous les candidats à la primaire citoyenne s’étaient engagés avant le premier tour à soutenir le vainqueur de la primaire, cependant, François de Rugy puis Manuel Valls soutiennent Emmanuel Macron. Car Benoît Hamon, comme François Fillon, a du mal à rassembler son camp après la primaire. De nombreux parlementaires mais aussi des cadres du Parti socialiste ont rejoint tôt Emmanuel Macron. Jean-Yves le Drian, ministre de la Défense, Gérard Collomb, maire de Lyon, Bertrand Delanoë, ancien maire de Paris, les secrétaires d’État Barbara Pompili et Thierry Braillard, l’ex secrétaire d’État Frédéric Cuvilier sont parmi les premiers rats à avoir quitté le navire. Il faut dire que Benoît Hamon a, à sa sortie du gouvernement en 2014, fait partie des « frondeurs », ces députés socialistes hostiles à la politique de Manuel Valls et Emmanuel Macron et qui a divisé le parti. Il remet aussi en cause, avec lucidité, le bilan du quinquennat de François Hollande. Cela passe dans son parti et il est devenu marginal au sein de l’appareil du Parti socialiste. Benoît Hamon a cependant réussi à avoir le soutien de Yannick Jadot, candidat d’Europe Écologie Les Verts qui s’est retiré à son profit.

Sur son programme il a été également incapable de rassembler. Benoît Hamon ne veut pas d’une politique libérale. Sa proposition de revenu universel d’existence, même s’il n’est finalement pas universel, a déplu à de nombreux cadres socialistes. Benoît Hamon est proche des idées de Jean-Luc Mélenchon et leurs programmes ont de nombreux points communs. Le vainqueur de la primaire a d’ailleurs indiqué que le cas échéant, il soutiendrait Jean-Luc Mélenchon au deuxième tour de la présidentielle. Les deux hommes ont aussi passé un pacte de non-agression, évitant de se critiquer mutuellement. Tous les deux prônent la solidarité, veulent légaliser l’euthanasie, sortir progressivement de l’énergie nucléaire, veulent mettre plus de fonctionnaires, réduire le temps de travail, rendre l’impôt sur le revenu progressif. Des différences subsistent cependant. Outre le revenu universel, que Jean-Lic Mélenchon ne propose pas, Benoît Hamon veut maintenir la retraite à 62 ans (60 chez Mélenchon), et comme Emmanuel Macron, veut rester dans la Ve République, continuer l’intégration de la France dans l’Union Européenne et, étant atlantiste, rester dans le commandement intégré de l’OTAN.

Côté caractère, Benoît Hamon est posé, pédagogue. Cela fait vraiment du bien dans la campagne, mais cela ne suffit pas. Trahi de toutes parts, coincé dans le costume socialiste, voulant ménager tout le monde, n’arrivant pas à se démarquer vraiment, sa campagne patauge.

Présidentielle 2017 : Emmanuel Macron

Fils de médecins, élève brillant (lycée Henri IV, DEA de philosophie, Sciences Po, l’ENA), Emmanuel Macron a été inspecteur des finances puis banquier d’affaires chez Rotschild, ce dernier poste lui permettant de devenir multi-millionaire. En 2007, il est rapporteur général adjoint de la commission Attali sur la croissance voulue par Nicolas Sarkozy. Proche du parti socialiste, il soutient François Hollande lors de la primaire présidentielle socialiste de 2011 et est l’un des artians de la campagne présidentielle de François Hollande en 2012. Il est nommé secrétaire général adjoint de la présidence de la République (2012-2014) et s’occupe de la politique économique d’Hollande, ainsi il est à l’origine du pacte de responsabilité et de solidarité. Emmanuel Macron est ensuite ministre de l’Économie du gouvernement Valls (2014-2016), avant de claquer la porte pour « trahir » son camp et se déclarer candidat à la présidentielle sans passer par la case primaire.

Emmanuel Macron est par conséquent très largement responsable de la politique économique de François Hollande. Personne ne s’y trompe. La majorité des cadres de sa campagne sont membres ou ont été membres du Parti socialiste. Il a été rallié par les cadres et la majorité de l’aide droite du Parti socialiste, c’est à dire les « hollandais » et les « vallsistes ». François Hollande le soutient à demi-mot, Manuel Valls le soutient officiellement malgré son engagement initial de se rallier au vainqueur de la primaire socialiste, Benoît Hamon. Emmanuel Macron est probablement le fossoyeur du Parti socialiste, qu’il recréera sous un autre nom. Emmanuel Macron est aussi rallié par François Bayrou, qui y voit sans doute une opportunité pour retourner aux responsabilités. Ou encore Daniel Cohn-Bendit, depuis de nombreuses années pour une économie sociale-libérale. Ou François de Rugy, opportuniste ex-écologiste (il a voté pour la loi renseignement contre son parti en espérant un poste dans le gouvernement socialiste, puis s’est présenté à la primaire socialiste sans en respecter les règles). Ou Robert Hue, ancien communiste qui avait soutenu François Hollande en 2012. Ou Corinne Lepage, écologiste de centre-droit. Quelques élus des Républicains, comme Dominique Perben, Jean Tiberi et certains soutiens d’Alain Juppé, soutiennent également Emmanuel Macron, tout comme d’autres personnalités proches de la droite telles qu’Alain Minc, Jacques Attali ou Bernard Kouchner.

Emmanuel Macron est en fait l’illustration parfaite de la porosité des politiques économiques libérales menées par Sarkozy-Fillon (2007-2012) puis par Hollande-Valls (2012-2017). C’est vrai, Emmanuel Macron est plus modéré que François Fillon sur la destruction des acquis sociaux et des services publics : il propose par exemple de supprimer le RSI, de ne plus faire payer la taxe d’habitation aux plus pauvres, d’augmenter le minimum vieillesse. Toutefois, Emmanuel Macron veut diminuer le nombre de fonctionnaires (par leur non-remplacement), réformer l’ISF, supprimer les 35h, modifier le code du travail et négocier « plus près du terrain » les horaires effectifs et l’organisation du travail, diminuer les dépense de l’assurance maladie. Comme Nicolas Sarkozy ou Manuel Valls, Emmanuel Macron parle de « réforme » et de « modernisation de l’économie », termes de novlagues pour qualifier une régression sociale. Peu favorable à une réforme de l’Union européenne, Emmanuel Macron est en fait le candidat libéral de la finance internationale, plus encore que François Fillon, ce dernier étant plus radical antisocialement mais un poil plus attaché aux traditions et à la souveraineté nationale. Tout ceci s’illustre par le soutient de Pierre Gattaz, patron du MEDEF, de nombreux milliardaires dont des proches de Sarkozy comme Bébéar (Axa), Arnaud (LVMH), Drahi (SFR), Bompart (FNAC-Darty), Bolloré (médias). Le site de campagne de Macron était initialement hébergé par le think thank libéral Institut Montaigne. D’une manière générale, on observe aussi que Macron est le chouchou des médias, ce qui est peu étonnant puisqu’il a dans ses soutiens, outre Bolloré (Itélé, Canal+, C8) et Bernard Arnaud (Le Parisien, les Échos), Pierre Bergé et Xavier Niel (Le Monde, L’Observateur, La Vie, Télérama), Yves de Kerdrel (Valeurs Actuelles). Certains soutiens possèderaient aussi des parts dans les instituts de sondage. Bref, Macron n’a pas vraiment de parti mais il n’est pas seul.

Emmanuel Macron rejoint également la politique sécuritaire et liberticide menée par Nicolas Sarkozy, François Fillon et Manuel Valls. Il prône ainsi une censure de l’Internet et demande que les acteurs privés de l’Internet « s’engagent à retirer de tels contenus sans délai » et veut que « les entreprises aient une obligation absolue de résultat sans pouvoir opposer [il ne sait] quelle impossibilité technique ou principe de liberté ou de neutralité ». Il s’est aussi positionné contre l’utilisation du chiffrement pour les particuliers. Atlantiste, Emmanuel Macron est le seul candidat qui soutient les traités TAFTA et CETA pour aller vers un marché commun avec l’Amérique du Nord. Enfin, Emmanuel Macron parle très peu d’écologie.

Bref, plus encore qu’un libéral à la Gerhard Schröder ou à la Tony Blair, Emmanuel Macron est un libéral à l’américaine, à la Bill Clinton, Jean Chrétien, Justin Trudeau : il est ouvert et moderne sur les questions de société (droits des minorités), veut laisser les entreprises privées contrôler l’économie et voit dans les frontières un obstacle inutile. Une autre facette importante de sa candidature est son côté franchement populiste. Un jour, il qualifie la colonisation de crime contre l’humanité et défend la procréation médicalement assistée, un autre que la colonisation a eu des aspects positifs et que les anti-mariage pour tous ont été humiliés. Son programme est peu détaillé, flou, va dans tous les sens. S’il parle beaucoup d’économie, certains thèmes tels que la géopolitique sont totalement absents de ses discours. Lors des débats et sur les plateaux de télévision, il fait de longues phrases marketing, sans fond et sans jamais prendre vraiment parti. Emmanuel Macron, c’est une drôle de synthèse : il a le populisme de Marine Le Pen, le volontarisme martial de Valls, les amis et la gestuelle de Sarkozy, le flou d’Hollande.