La politique de droite de Manuel Valls

Le 12 janvier, le tribunal correctionnel d’Amiens a condamné à neuf mois ferme de prison (exactement deux ans de prison, dont quinze mois de sursis assortis d’une mise à l’épreuve de cinq ans, avec peine de prison ferme aménageable) huit anciens salariés de l’usine Goodyear à Amiens-Nord. Leur faute ? Ils avaient retenu durant 30 heures le directeur des ressources humaines ainsi que le directeur de la production de leur usine menacée de fermeture. Les deux « victimes’, qui avaient reconnus n’avoir pas été violentées, et l’entreprise avaient renoncé à leur plainte. Cependant, le parquet avait décidé de poursuivre les anciens salariés. Je ne me prononcerai pas sur la décision du juge, car je sais qu’il a appliqué le droit, que retenir de force des personnes est illégal et je n’ai pas lu le fond du dossier. Cependant cette condamnation est révoltante. Tout le sait que la vraie violence n’est pas celle subit ces deux cadres, qui ont eût peur, dans un bureau, pendant quelques heures. La vraie violence, elle est pour ce millier de personnes licenciées, peu qualifiées, qui vont pointer au chomâge parfois pendant des années, des anciens ouvriers et toute leur famille qui vont devenir des parias, des assistés, des minables, mis au ban de la société. Le gouvernement n’a pas réagi : même s’il y a une tradition de ne pas commenter les décisions de justice, sur ce point, c’est un signe clair et fort de mépris.

Le « Pacte de responsabilité » de 2015 du gouvernement a abouti a des cadeaux aux grandes entreprises sans contreparties. La réforme des retraites en France en 2013 a rallongé la durée de travail. Aujourd’hui, la loi travail de Myriam El Khomri veut diminuer les droits des salariés. Le but ? Donner de la flexibilité, ce qui générerait de l’emploi. Cependant, c’est loin d’être évident : depuis les années 1980, le nombre de CDD a explosé, le nombre de stage aussi, les règles ont été assouplies et pourtant le chomâge a augmenté. Le code du travail est là pour faire un équilibre entre le pouvoir naturel du dirigeant sur ses salariés et éviter les abus. Le projet de loi travail du gouvernement va augmenter la précarité et fragiliser les travailleurs les plus faibles. Certes, les entreprises progressent plus vite quand elles ont un minimum de contraintes administratives. Mais le problème du chomâge ne réside pas principalement dans la diminution des droits et des conditions de travail des salariés : l’appétit toujours plus grand des actionnaires et les délocalisations, par exemple, y contribuent beaucoup. La question de la compétitivité des entreprises dans l’économie mondialisée n’a toujours pas été résolue : si nous voulons vraiment être compétitif contre la Chine, il va falloir travailler comme les Chinois. Est-ce dans cette direction que souhaite aller le gouvernement ?

En réalité, on l’avait pressenti dès la loi Macron. François Hollande et Manuel Valls, encartés au Parti socialiste, ne sont pas socialistes du tout. Ils mènent une politique libérale digne de la droite classique, transcrivant dans les textes les souhaits du Mouvement des entreprises de France (Medef), de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) ou du CAC40. Ils n’ont que faire des salariés et encore moins du peuple. En cela, on est dans la tradition d’un Gerhard Schröder ou d’un Tony Blair. En parallèle, le gouvernement a mis sur place un état autoritaire et policier, grâce à la loi renseignement de 2015 et l’état d’urgence depuis fin 2015. D’une main, on restreint les droits et les libertés du peuple, de l’autre, on étouffe la contestation. Et pour couronner le tout, on se charge aussi d’abaisser le niveau de l’enseignement : diminution du nombre de redoublement, suppression de l’enseignement des langues mortes etc. En cela, le gouvernement Valls a déjà fait pire que le gouvernement Fillon. La politique de Valls est sur la même ligne que celle de Sarkozy, les affaires et l’aspect mafia en moins.

On peut se demander, quelle est la stratégie politique du gouvernement ? En effet, il mène une politique en désaccord complet avec le programme du candidat Hollande. Il fait face à une impopularité record auprès des militants et des sympatisants socialistes. Son image auprès de la gauche est désastreuse. Peut-être est-ce une stratégie pour couper l’herbe sous le pied des Républicains et arriver au second tour des présidentielles face à Marine Lepen (et donc l’emporter) ? En tout état de cause, cela pourrait peut-être conduire dans le futur à une coalition Parti socialiste-Les républicains à l’allemande.