Doit-on accueillir des migrants ?

Impossible de surfer sur Internet cette semaine sans tomber sur la photo d’un enfant mort. La photo, œuvre d’une journaliste turque relayée par les journaux anglais puis internationaux, est celle d’un enfant syrien, dont le corps inerte s’est échoué sur une plage de Bodrum. Le petit Aylan était sur un bateau de migrants à destination de la Grèce qui a chaviré. Sur les réseaux sociaux (Facebook etc.), la photo est diffusée largement. On en appelle à la solidarité et la générosité.

Syriens, Afghans, Érythréens, Libyens, Nigérians, Pakistanais, Kosovars, Africains divers arrivent en Europe. Ces gens ne viennent pas en occident pour profiter d’une de prestations sociales plus attrayantes. Ces hommes et ces familles fuient la guerre, la misère, la faim. Pour le seul mois d’août, on estime à 50 000 le nombre de migrants arrivés en Hongrie voulant rejoindre l’Autriche et Allemagne. Dans un pays en proie à Daech et Bachar el-Assad, voire simplement le manque de nourriture et la corruption, je prendrai probablement la sage décision d’émigrer. Moi aussi, je voudrais aller en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, pour que mes enfants aient une vie meilleure et ne plus avoir peur de mourir. Même si j’ai fait des études, je serai prêt à faire des ménages pour avoir une vie plus « normale ». Je comprends ces gens.

Cette année, l’Allemagne a promis d’accueillir 20 000 réfugiés, la Suède 1 200, la France 500. La France a d’ailleurs reçu 3 fois moins de demandeurs d’asile politique que l’Allemagne en 2014 (64 310 contre 202 645), tout en étant le 3e pays de l’Union Européenne avec le plus de demande – derrière l’Allemagne et la Suède (1). Certains hurlent au scandale. La France, qui a une grande tradition d’asile, ne fait pas grand chose pour les migrants ! C’est vrai. Ce n’est pas très solidaire, ni très chic, mais cela s’explique. Tout part d’un fait simple : les réfugiés sont des immigrés, un peu particuliers certes, mais des immigrés quand même.

L’immigration d’étrangers éduqués et diplômés est rarement un problème : ils s’intègrent bien, aident le pays d’accueil à se développer et s’enrichir. La situation est plus nuancée pour l’immigration économique (en gros, les étrangers pauvres et peu instruits). Elle vient souvent s’additionner à la pauvreté locale et faire grossir les rangs du chômage. Mais surtout, ce sont des personnes d’une culture lointaine qu’il faut réussir à intégrer à l’arrivée. Les pays d’Europe occidentale ont déjà accueillis de nombreux immigrés par le passé et l’intégration n’est pas toujours un franc succès. Les enfants et petit-enfants d’immigrés donnent parfois beaucoup de fil à retordre au pays d’accueil de leurs parents : il suffit de voyager en Île-de-France pour s’en rendre compte. Dans ces conditions, on peut comprendre que la France, qui compte de très nombreux immigrés, ne soit pas particulièrement motivée pour recevoir de nombreux réfugiés. L’Allemagne, elle, a une attitude différente mais ne nous leurrons pas : ce n’est pas par générosité (rappelons l’attitude inflexible du gouvernement allemand face aux difficultés de la Grèce) mais parce qu’elle a une population vieillissante et qu’elle va avoir besoin de bras.

Cet élan de générosité en faveur des réfugiés est une réaction émotionnelle sympathique du peuple, mais finalement il occulte les causes du problème. En réalité, le plus efficace serait que les personnes qui détiennent véritablement le pouvoir politique (Obama, Poutine et autres Merkel) agissent pour que les réfugiés puissent rester chez eux, comme autrefois. Or, les états occidentaux et la Russie sont largement responsables de la crise syrienne. Poutine a soutenu Bachar, quant aux rebelles syriens récupérés par les islamistes, ils ont été aidés et financés par les Occidentaux et leurs alliés, le Qatar et l’Arabie Saoudite. Daech a lui poussé sur les cendres des guerres de Libye et d’Irak. Bref, le vrai geste en faveur des migrants serait une politique internationale plus réfléchie et une solidarité internationale accrue en faveur des pays pauvres. En attendant, il faut bien aider les personnes qui arrivent, mais gardons une vision à long terme !

(1) voir Asylum statistics (UE)

2 pensées sur “Doit-on accueillir des migrants ?”

  1. Pour les politiciens, c’est facile de dire d’accueillir les réfugiés. Mais pour les gens, ça vient s’ajouter à tous les noirs, arabes, chinois et roms déjà présents… et puis ça vient ajouter encore des musulmans.

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