Les couronnés perdent la tête

Ah ! Qu’il fût beau le mariage du prince William, duc de Cambridge, et de Catherine Middleton. Un vrai conte de fée à la Disney. Pourtant, il s’agit d’une entorse très grave au protocole : l’épouse n’est pas noble. Un potentiel futur roi d’Angleterre aurait dû épouser une princesse ou une duchesse, mais non : il s’agit d’une roturière issue de la grande bourgeoisie. En outre, elle n’est même pas pratiquante : elle a fait sa confirmation en mars 2011, un mois avant son mariage. À part la reine Élisabeth II, tout le monde a l’air de s’en contenter : en effet, c’est la mode.

Albert II de Monaco, dont la mère Grace Kelly était déjà roturière, a épousé Charlene Wittstock, une nageuse issue du peuple sud-africain. Henri, grand-duc de Luxembourg, a épousé une roturière de la bourgeoisie cubaine. Le titre de noblesse du mari français de la reine Marguerite II du Danemark est contesté ; leurs deux fils, prétendants au trône, sont mariés à des roturières. Philippe VI, roi d’Espagne, Harald V de Norvège, Carl XVI Gustaf de Suède, Guillaume-Alexandre des Pays-Bas, sont chacun mariés à une roturière.

Quant on y regarde de près, en Europe, outre Élisabeth II d’Angleterre, seuls Philippe de Belgique et Hans-Adam II de Liechtenstein (ainsi que son fils, le prince héritier) ont une épouse noble.

Or, le principe de base de la monarchie est que le monarque tire son pouvoir politique en raison de son sang. Il n’est pas élu, car il hérite par sa belle naissance d’une place unique dans la société. Si un roturier peut accéder au titre de « prince consort », « altesse » etc., alors c’est que tout le peuple peut y avoir droit : la famille royale n’a plus de raison de demander au peuple qui travaille de lui payer des carrosses, des banquets et de jolis châteaux. D’où le changement de régime pour la République.

Les monarques seraient-ils ancrés dans la société de consommation à ce point qu’ils oublieraient les fondamentaux politiques ?