France 2007 : Les 4 derniers

Analyse des candidats à la présidentielle en France : Sarkozy, Schivardi, Voynet, de Villiers.

Nicolas Sarkozy, Union pour la Majorité Plurielle (UMP)

Le représentant de la politique du gouvernement depuis cinq ans, dont il est très fortement comptable, puisqu’il y fût ministre d’État, à l’économie et à l’intérieur. Le CPE, le fichage génétique, la suppression des subventions aux associations de proximité, le DADVSI, les brevets logiciels, les réformes des retraites et de la sécurité sociale, c’est lui. Les lois sur l’immigration, sur le racolage passif, c’est lui. Le flashball, le « tout répression », les caméras de surveillance partout, le flicage au nom de l’insécurité, c’est lui. Il est ouvertement pro-américain et est allé dire à Bush qu’il était pour la guerre en Irak. De plus, il se démarque d’autres politiciens de droite par un discours fréquemment très à droite. Dans son programme, il veut réformer la laïcité : il est pour que l’état finance les cultes ; il est aussi pour le développement des armes anti-missiles.

Gérard Schivardi, Comité national pour la reconquête des services publics et de la démocratie (soutenu par le Parti des Travailleurs)

Pendant 30 ans membre du PS, il le quitte en 2003 et commence alors à défendre la cause des communes et des services publics. Candidat des maires, son programme est axé sur la défense des communes face à l’intercommunalité forcée, la défense et la reconquête des services publics de proximité, pour la défense de la République (vraiment) laïque, pour la rupture avec l’Union européenne. Pas que des mauvaises idées, mais j’ai du mal à comprendre les enjeux des communes, et en quoi cela concerne fortement les électeurs. Quant à la rupture totale avec l’Union Européenne, je ne suis pas fan.

Philippe de Villiers, Mouvement Pour la France (MPF)

Noble, catholique et d ‘extrême-droite, ol a peur de tout ce qui ne lui ressemble pas : ses cibles de prédilection sont les homosexuels et les maghrébins. Si on s’éloigne de la personnalité du bonhomme, sur le fond, cela ressemble beaucoup à du Le Pen. Tellement, qu’un militant du MPF disait le mois dernier à la télévision qu’à terme, le MPF et le FN pourraient se rejoindre.

Dominique Voynet, Les Verts

Comme d’habitude, les Verts ont l’air sympathiques, mais encore une fois pour cette campagne, leur parti fut le théâtre d’une guerre des chefs pas très maline. De plus en plus, les Verts ressemblent à des PS qui préférent la nature. Ils ont soutenu le TCE et son côté pro-libéralisme. Dans le même ordre d’idée, Cohn-Bendit a récemment déclaré (La Croix, 14 mars 2007) qu’il « souhaite voir Ségolène Royal gagner l’élection et constituer une coalition PS-UDF-écologistes ». En résumé, les Verts sont de moins en moins de gauche, ce qui s’observe facilement sur Internet en visitant des blogs de militants Verts. On peut prévoir que le score des Verts à l’élection sera faible.

France 2007 : Les 4 suivants

Analyse des candidats à la présidentielle en France : Laguillier, Le Pen, Nihous, Royal.

Arlette Laguiller, Lutte Ouvrière (LO)

Elle a des propos parfois sensés et semble sincère dans son engagement pour défendre les « travailleurs ». Cependant, on a l’impression qu’elle veut diviser la société en montant les patrons contre les employés, les riches contre les pauvres, etc. ce qui frise parfois le racisme anti-riches primaire. Elle semble n’avoir aucune idée concernant plusieurs domaines, par exemple la culture ou les nouvelles technologies. Son discours n’est pas très neuf, je suis prêt à parier que son parti disparaîtra dès qu’elle quittera la vie politique.

Jean-Marie Le Pen, Front National (FN)

Rien de nouveau. Le Pen se pose en victime et en alternative aux grands partis. Il profite des problèmes sociaux pour mettre en avant ses thèses d’extrême-droite xénophobe. Il essaie de s’adoucir un peu pour séduire les grands-mères et les braves gens qui ont peur. Il essaie de brouiller les pistes et de se poser en défenseurs des « minorités » (même immigrées).

Frédéric Nihous, Chasse Pêche Nature Tradition (CPNT)

Chasse, pêche, nature, tradition. C’est un peu sectaire : si on est pas chasseur ou pêcheur, ce parti n’est pas pour nous. Si on cherche à élargir, ce parti sent un peu la vieille droite conservatrice. C’est un peu bizarre pour une élection où on va élire un président de tous les Français. Pourquoi pas un parti tir-à-l’arc, bowling, montagne, révolution?

Ségolène Royal, Parti Socialiste (PS)

Royal mise sur sa qualité de femme et prône la nouveauté. Elle a un programme avec pas mal d’idées. Par contre, elle a montré en campagne beaucoup d’inexpérience et dit fréquemment des énormes aneries. Elle se présente comme nouvelle et comme rompant avec le passé, pourtant elle est depuis très longtemps dans le paysage du PS et a occupé plusieurs postes importants dans des gouvernements de gauche, sans oublier que c’est une énarque. Elle représente plutôt la branche droite du PS et a soutenue activement le TCE, même après l’échec du référendum.

France 2007 : Les 4 premiers

Analyse des candidats à la présidentielle en France : Bayrou, Besancenot, Bové, Buffet.

François Bayrou, Union pour la Démocratie Française (UDF)

Bayrou se définit en centriste. En arbitre, neutre, entre la droite et la gauche. Le problème, c’est qu’il est à droite depuis toujours, même si c’est dans sa branche modérée. L’autre problème, c’est que ni son programme, ni sa stratégie ne sont clairs. En dehors du fait qu’il est pro-européen et chrétien-démocrate, on ne se sait pas grand chose. Il prône un gouvernement d’union entre la droite et la gauche. Il refuse de choisir un camp, c’est opportuniste.

Olivier Besancenot, Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR)

Le candidat et ses discours sont souvent sympathiques, le nom de son parti obsolète. Un programme intéressant par certains points, utopique pour d’autres (temps de travail descendu à 32 puis 30 heures), voire complétement fantasque (loi interdisant les licenciements, droit à l’autodétermination et au libre choix du statut et du régime politique pour la Corse).

José Bové, aucun parti

Le personnage est difficile à cerner. Éleveur, syndicaliste agricole, anti-militariste, altermondialiste (contre la mondialisation dite néolibérale), faucheur anti-OGM, révolutionnaire anti-malbouffe, radical, meneur d’actions de désobéissance civile. Il est membre fondateur d’ATTAC et du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. En 1995, il participe dans l’Océan Pacifique à l’opération menée par Greenpeace contre la reprise des essais nucléaires de Chirac. Il intervient également pour soutenir les mouvements des Tahitiens et des Kanaks entre 1995 et 1999, et le peuple palestinien en 2002. Il se bat pour le non au TCE en 2005, jugeant celui-ci ultra-libéral et antisocial. Il dit se présenter pour « redonner l’espoir d’une alternative à gauche » et être « le porte-voix des sans-voix ». Il est soutenu par des membres du PCF, des Verts et de la LCR. Bref, une personnalité médiatique très engagée depuis longtemps et pour des causes intéressantes. On peut lui reprocher le côté un peu « star » et un peu grande gueule.

Marie-Georges Buffet, Parti Communiste Français (PCF)

Elle se présente comme représentante des collectifs anti-libéraux, mais tout le monde sait qu’elle représente essentiellement le PC, dont elle est la chef suprême. Il ne semble pas y avoir beaucoup d’idées nouvelles dans son programme. Il y a quelques idées sociales intéressantes, mais un vieux fond de trucs communistes obsolètes.

Bye Bayrou

Bayrou. On ne parle que de lui pour les présidentielles. Il serait très haut placé dans les « fameux sondages » qui ne sont, rappelons-le, que des statistiques et donc pas neutres. Il battrait Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal au second tour des élections. Bon, ça, ce n’est pas dur : on ne parle que de ces deux derniers depuis un an, ils énervent tout le monde et comme dirait l’autre : « Ségolas Sarkolène, un seul candidat, un seul programme » (ce qui n’est quand même pas tout à fait vrai). On a donc un nouveau venu dans le débat. François Bayrou. Mais qui est-il, au juste ?

Je l’ai rencontré en vrai la première fois aux Rencontres Mondiales du Logiciel Llibre à Nancy en juillet 2006. Il venait pour parler de son engagement contre la loi DADVSI et pour les logiciels libres. De tous les politiciens présents, c’était le seul qui semblait s’intéresser davantage à recruter des électeurs et à faire sa publicité qu’à s’intéresser vraiment au sujet. Pour sa défense, on notera tout de même que les autres n’étaient pas candidats potentiels à la présidentielle, même si c’était des élus. Une autre chose qui m’a profondément déplu, c’est qu’il serrait des mains sans même regarder ou écouter la personne à qui appartenait la patte. Un pur comportement politicien. Ce n’était pas les cas de Michel Rocard (député européen PS), Richard Cazenave (député UMP) ou Martine Billard (députée Verts) également présents. On rappelera qu’il y a encore 2 ans, il était favorable aux brevets logiciels en Union Européenne, qui menacent directement les ligiciels libres. En outre, son parti et lui-même refusent toujours de s’exprimer sur ce sujet. Bref, tout cela n’est pas très cohérent.

Regardons plutôt son histoire politique. Il a commencé sa carrière politique en 1982, il est d’abord conseiller général, puis quatre ans plus tard député UDF des Pyrénées-Atlantiques. Situons l’UDF dans l’échéquier politique : c’est un parti de centre droit fondé en 1978 pour servir Valéry Giscard d’Estaing. La majorité des membres de l’UDF sont proches du RPR devenu UMP et nombreux ont quitté l’UDF pour rejoindre l’UMP ces dernières années. Depuis 2002, l’UDF fait alliance avec l’UMP à l’Assemblée Nationale et a participé au gouvernement de Raffarin et de celui de de Villepin. Ce n’est que depuis 2006 que l’UDF tient ses distances avec l’UMP. On notera pour l’anecdote que Pierre-Christophe Baguet, député UDF, est exclu du groupe UDF de l’Assemblée nationale en octobre 2006 après avoir déclaré son soutien dès le premier tour de la présidentielle à Nicolas Sarkozy; cependant, ses collègues conseillers généraux lui renouvellent leur confiance en le confirmant comme président du groupe UDF du Conseil général des Hauts-de-Seine (92). Au final, on n’est pas vraiment sûr si l’UDF est au centre, mais en tous cas, il est à droite.

Revenons à notre ami Bayrou. En 1993, il est nommé ministre de l’Éducation nationale dans le gouvernement de cohabitation d’Édouard Balladur. Lors de l’élection présidentielle de 1995, il soutient, de même que Nicolas Sarkozy, le candidat Balladur (RPR). François Bayrou est un catholique pratiquant et il crèche pour sa paroisse. Resté ministre sous Alain Juppé, il veut à tout prix intégrer au budget de l’État les investissements et la construction des établissements d’enseignement confessionnel, et intégrer à l’Éducation nationale les enseignants du privé. Il n’y parvient pas à cause du «tollé» que cela provoque dans l’opinion publique favorable à l’école publique laïque. En 2002, il se présente comme candidat de l’UDF à l’élection présidentielle; plusieurs leaders de l’UDF appellent à voter pour Jacques Chirac dès le premier tour, mais il arrive à obtenir 6,84% des voix au premier tour. En 2005, il soutient activement le Traité Constitutionnel Européen libéral, comme Sarkozy et Royal. Maintenant, il est candidat à la présidentielle de 2007.

Quelle est sa stratégie ? Bayrou joue à fond, et ça marche, la carte du centriste. Puisque depuis un an on oppose la gauche Royale et la droite Sarkozy, il se déclare, « ni de droite, ni de gauche ». Puisqu’il est acquis que son parti est ancré à droite, il déclare qu’il pourrait nommer, s’il était élu, un premier ministre socialiste. Puisque l’UMP et Sarkozy subissent les foudres des gens qui n’aiment pas la politique des gouvernements UMP depuis 2002, il déclare qu’il est désormais dans l’opposition. Puisque c’est à la mode, il signe le pacte écologique de Nicolas Hulot. Bref, Bayrou a l’air d’un type bien sympathique, à qui on ne peut rien reprocher, puisqu’il n’a pas vraiment d’étiquette politique claire. C’est un peu comme si un joueur de foot déclarait à ses collègues lors d’un match OM-PSG : « je ne suis ni de l’OM, ni du PSG, passez moi le ballon, vous verrez bien dans quel but je vais tirer ». Ouais. C’est une tactique politique habile. Mais bon, le coup du mec de droite qui veut faire croire qu’il est de gauche (ou l’inverse), ça a déjà été fait.