Les disfonctionnements de la démocratie

Évidemment en Occident la démocratie n’est pas parfaite. Elle marche plutôt bien, bien que constamment soumise à des lobbys divers et variés (financiers, idéologiques, communautaires etc.). Cependant on a pu sentir certaines de ses disfonctionnements en France au cours de ces dernières semaines.

Le premier cas est la fameuse loi DADVSI, adptation française de la directive européenne EUCD, déjà cité sur ce blog. Pour résumer, cette loi vise à reglémenter ce qui concerne la copie privée, l’échange de données numériques et ce qui a trait au multimédia. Après avoir tenté de faire passer rapidement cette loi à Noël, pour éviter tout débat, le ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres a ensuite retiré les amendements qui ne lui plaisaient pas (notamment sur la licence globale), et a fait revoter la loi. Les députés de la majorité ont ainsi entériné toutes les dispositions répressives proposées par le gouvernement les 14, 15 et 16 mars 2006. Le projet de loi doit maintenant être étudié par le Sénat.

Le problème de l’échange de contenu numérique sur internet n’est pas simple et a suscité beaucoup de débats parmi les citoyens. Pourtant, le ministre semble avoir fait la sourde oreille aux revendications des internautes, des artistes et des entreprises qui ont signé la pétition d’EUCD.info. Il n’a apparement pas non plus étudié très longtemps la proposition d’une « licence globale » qui semblait pourtant satisfaire beaucoup de monde. Monsieur Renaud Donnedieu de Vabres a davantage prêté oreilles à la désinformation de l’industrie du disque. Simple volonté politique, ou bien manipulation de gros lobbies financiers? On trouve la réponse sur « l’incident » du 20 décembre 2005 à l’Assemblée Nationale relayé par de nombreuses sources. On apprend ainsi que « (…) quelques heures avant le début de l’examen du projet de loi DADVSI, des représentants d’éditeurs de services en ligne commerciaux (…), badgés « Ministère de la culture », ont fait des démonstrations de leurs sites de téléchargement de musique payante dans une salle, proche de l’hémicycle. Ils ont également offert des avantages en nature aux parlementaires (cartes prépayées de 9,99 Euros donnant droit à télécharger gratuitement une dizaine de morceaux de musique). ».

De mon point de vue, ce n’est que la partie immergée de l’iceberg des tentatives d’influence exercées auprès des politiciens par des compagnies richissimes qui sont prêtes à tout pour conserver leur pouvoir sur les artistes et les consommateurs. De plus, on peut penser que cette manipulation est d’autant plus facile que les députés ne comprennent pas tous grand chose à l’informatique et les nouvelles technologies, comme l’ont montré les débats.

Le deuxième exemple est la fameuse loi sur le Contrat première embauche (CPE). Je ne m’étendrai pas sur le contenu de ce nouveau contrat de travail, sur lequel on trouve moult informations sur internet et des jolies propositions pour le sigle CPE telles que « Cherche pigeon étudiant ». Je n’y vois ni plus ni moins qu’une loi permettant à certaines entreprises peu scrupuleuses d’embaucher des jeunes à bon prix et de les renvoyer le jour voulu, sans passer par la case départ et sans prendre 20 000 Francs (*), et réitérer le processus sans fin. La justification du gouvernement est que son projet réduira le chômage… ce qui n’a strictement rien à voir. Pour ne citer qu’un seul argument : ce n’est pas le CPE qui va donner envie aux entreprises d’embaucher, c’est la conjecture économique. Et dans le même genre de contrat, il existe déjà le Contrat à durée indéterminée qui contient une période d’essai de 3 mois. Bref, un projet qui n’apporte rien de bon pour les jeunes salariés, et qui vise à développer la précarité de l’emploi alors que la France est un pays assez riche pour proposer à ces citoyens des solutions plus intelligentes.

Ce n’est pas cela qui me gêne le plus. Les gouvernements UMP successifs nous ont habitués depuis 2002 à de nombreuses lois anti-sociales. La droite a été élue, il nous reste à être patient, rester vigilant, éventuellement se défouler, et lui indiquer la porte de sortie aux prochaines élections. Non, le vrai problème, c’est la méthode. Le Premier ministre a établi son projet de loi dans son coin. Il a omis de consulter les jeunes – qui sont quand même les premiers concernés -, les travailleurs sociaux, les syndicats, les salariés… en fait, il n’a consulté personne. Non content de son projet, il l’a fait passer de force à l’Assemblée Nationale en invoquant l’article 49-3. Maintenant que les sondages estiment que 63% de la population française est contre le projet de loi, que la plupart des Universités sont bloquées et que des centaines de milliers de gens manifestent, Monsieur de Villepin appelle au dialogue et affirme qu’ils ne veut pas retirer son projet de loi. Où est la démocratie ?

Le plus inquiétant, c’est que l’énergie dépensée pour faire passer coûte que coûte ces textes n’a pas vraiment l’air motivée par de réelles motivations politiques ou idéologiques, mais plutôt par des pressions exercées par des lobbies financiers. Loin de moi l’idée de dire que tous les ministres et les députés sont des corrompus, mais il n’est pas exclu qu’il y en ait beaucoup plus qu’on ne le pense.

La France joue un jeu absurde : son gouvernement crée des lois contre l’intérêt de ses citoyens. Dans le cas DADVSI, contre les utilisateurs de logiciel libre, les internautes, les consommateurs de musique et la majorité des artistes ; dans le deuxième cas, contre les jeunes salariés. Plutôt que de chercher à détruire son peuple, pourquoi le gouvernement ne se fait-il pas hara-kiri lui même?

(*) Allusion au jeu de société Monopoly.

Les causes de la guerre en Tchétchénie

La Tchétchénie a été le théâtre de durs affrontements, de conflits intenses touchant des civils sur place, additionné d’actes de terrorisme en réaction. Pourquoi Vladimir Poutine n’a pas accordé son indépendance à la Tchétchénie? Pourquoi ce territoire escarpé et modeste fait autant face à la violence?

La République tchétchène a du gaz et du pétrole. Cependant, le Caucase ne représente que 2% du pétrole russe. C’est peu. En revanche, en Tchétchénie passe l’oléoduc qui relie la mer Caspienne (Azerbaïdjan, Kazakhstan, etc.) à la mer Méditerranée, en particulier pour la Turquie. Ceci est important pour l’économie russe et en voici la preuve : en 2005, les États-Unis ont construit un oléoduc concurrent traversant l’Azerbaïdjan et la Géorgie, contournant la Tchétchénie. Toutefois les raisons économiques ne sont pas la seule cause de l’escalade militaire.

En effet, il faut absolument prendre en compte la politique intérieure. La guerre et la lutte contre le terrorisme est un moyen commode de justifier une politique autoritaire et le contrôle des médias. Le conflit en Tchétchénie a été très utile à la prise en main de la Russie par Vladimir Poutine.

En réalité, la guerre en Tchétchénie et au Daghestan voisin est également au centre d’intérêt géopolitiques étrangers. Certains islamistes, financés par des pays du Golfe, rêvent d’un Caucase islamique séparé de la Russie. On peut aussi y voir la patte des États-Unis d’Amérique et de la CIA, qui dans un contexte post-guerre froide, n’avait pas pour seul objectif l’effondrement de l’URSS, mais aussi le morcelement de la Russie afin de l’affaiblir. Dans ce plan, les séparatistes tchétchènes peuvent être très utile, un peu comme les Afghans ont été supportés par les Américains contre l’Union soviétique dans les années 1980.

Journée mondiale du cerveau

Aujourd’hui, c’est la Journée internationale de la femme. Enfin, c’est ce qui se dit dans les médias. En tant que militant pour l’égalité entre les sexes, je trouve cela absurde : tous les autres jours de l’année sont-ils les jours des mâles ? C’est un peu la mode de faire des « journées » comme cela. Comme nous le montre Wikipedia, il y en a beaucoup, des journées internationales. C’est l’ONU qui les a créés pour la plupart ; l’organisation a peut-être fait ça pour occuper ses fonctionnaires qui s’ennuient, depuis la baisse d’influence de l’ONU sur la scène politique internationale. En tous cas tout ceci est une belle dépense de temps inutile. Voici quelques exemples croustillants de journées :

  • « Journée internationale de la douane et sur l’éthique » le 26 janvier. Pas mal, une journée sur deux trucs qui ont plus ou moins rien à voir !
  • « Journée internationale du patrimoine canadien » le 16 février. Si on fait ça avec tous les pays, on a pas fini.
  • « Journée mondiale du livre et du copyright » le 23 avril. Et comme ca ne suffit pas, il y aussi en plus du copyright la « Journée mondiale de la propriété intellectuelle » le 26 avril. Il n’y a pas encore de journée mondiale du copyleft mais un groupe obscur a d’ores et déjà lancé l’idée – stupide – d’une journée du logiciel libre.
  • « Journée internationale d’action pour la santé des femmes » le 28 mai et la « Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes » le 25 novembre, parce que la « Journée de la femme » c’est bon au niveau marketing, même si c’est sexiste, alors on va en faire le plus possible.
  • « Journée internationale de la radio et de la télévision en faveur des enfants » le 8 décembre. Sans doute parce que « Journée de la playstation » c’était trop moderne et « Journée de fais tes devoirs et mange ta soupe » trop peu vendeur.
  • C’est un peu comme le principe des jours fériés. Sauf que là, ce sont des journées pour des défendre des causes. Et des causes à défendre, il y en a des milliers, bien plus que le nombre de jours dans une année. Quand on voit le nom de certaines de ces journées, je ne serai pas surpris qu’il y ait un jour une « Journée de la lutte contre les problèmes de dentition des rats musqués boiteux à droite ».

    Je comprends l’idée de mettre en lumière une cause un jour donné pour sensibiliser les gens, mais pourquoi s’intéresser à une cause un seul jour? Les femmes ne subissent pas seulement des discriminations le 8 mars et n’ont pas que des problèmes ce jour là. On devrait parler de ces problèmes avec la même intensité toute l’année. Par exemple, l’état du Dakota du Sud aux États-Unis d’Amérique a signé hier une loi interdisant l’avortement dans tous les cas « sauf si la vie de la mère est en jeu » qui devrait rentrer en application le 1er juillet prochain. Malheureusement, cela s’est passé le 7 mars. On n’en parlera donc pas trop dans les médias. On ne dira pas non plus que la loi ne devrait pas décider à la place d’une femme ce qu’elle veut pour son propre corps. On ne dira pas non plus que les parents des activistes de la droite chrétienne de cet état auraient dû avorter, la Terre comptant déjà assez de dangereux personnages. On ne dira pas tout ça, car c’était le 7 mars. Les femmes qui subissent l’oppression, l’excision, la violence conjuguale, qui doivent porter le hijab… on n’en parlera pas non plus les autres jours? C’est pareil pour toutes les autres causes.

    Arrêtons donc ces journées hypocrites qui servent à faire semblant que l’on s’intéresse à un sujet un jour dans l’année. Cela dit, les femmes subissent encore beaucoup d’injustices : comment se fait-il qu’en Chine, toute l’année 2006 est consacrée au chien qui est un animal, alors que dans nos régions, les êtres humaines n’ont droit qu’à un seul jour?