Un nouveau grand sachem

Cette journée du 15 novembre 2005 n’était pas pour le Québec seulement la date des premières vraies chutes de neige sur Montréal. Le grand événement, c’était la conclusion de la course à la chefferie du Parti québécois (PQ). Finalement, c’est Monsieur André Boisclair qui l’a emportée au premier tour avec 53,68% des votes, loin devant les huit autres candidats. Ses adversaires ont d’ailleurs immédiatement reconnu sa victoire et lui on assuré leur soutien pour sa nouvelle fonction.

Mais qui est André Boisclair ? C’est un politicien du PQ, jeune (né en 1966) mais expérimenté qui a notamment occupé plusieurs postes ministériels au niveau provincial depuis 1995 : ministre des Relations avec les citoyens et de l’Immigration, ministre de la Solidarité sociale, ministre de l’Environnement et ministre des Affaires municipales et de la Métropole. Il est surtout connu en temps que défenseur du Protocole de Kyoto et du développement durable, pour avoir doublé la superficie des aires protégées au Québec et pour avoir doté la province de sa première politique nationale de l’eau.

Qu’est ce que le PQ ? C’est un parti politique québécois, œuvrant sur la scène provinciale – à la différence du Bloc québecois qui défend les intérêts des Québecois au niveau fédéral – et se positionnant comme social-démocrate et nationaliste. Il préconise la souveraineté du Québec. Suite à la démission surprise de Bernard Landry le 4 juin 2005, une élection a été organisée parmi les « péquistes » (140 000 personnes) pour choisir le nouveau chef du parti. Ce vote avait beaucoup d’importance pour l’avenir du Québec, car d’une part le PQ est le principal parti d’opposition contre les libéraux actuellement au pouvoir, d’autre part ses membres ont promi que s’ils remportaient les élections en 2007 ils organiseraient un nouveau référendum sur la souveraineté de la province.

C’est donc André Boisclair le nouveau chef du PQ, et peut-être l’homme politique qui entraînera le Québec sur une voie différente de celle du Canada. S’il a été élu avec une nette victoire, on peut regretter la médiocrité de certaines manoeuvres politiciennes digne de « l’affaire Monica Lewinsky » aux États-Unis qui ont animé la course à la chefferie, notamment celle qui a éclaté après que Monsieur Boisclair eut avoué avoir consommé de la cocaïne alors qu’il était ministre , ou les fausses rumeurs concernant son diplôme de master. Toutefois, on pourra tout de même apprécier que son homosexualité n’ait jamais fait l’objet d’attaque, signe d’un Québec moderne et tolérant.

On notera aussi que les manoeuvres politiques douteuses sont coutumes au Canada, puisque le Premier ministre du Canada Paul Martin vient de promettre ces derniers jours des baisses d’impôts à condition que l’opposition, majoritaire au parlement, ne demande pas des élections fédérales anticipées. Il faut dire que Paul Martin n’en est pas à sa première plaisanterie, puisqu’il est surtout connu pour avoir échappé à l’impôt en enregistrant sa compagnie, la Canada Steamship Lines, dans les paradis fiscaux. Pour que le tout soit légal, il a modifié la loi concernant l’évasion fiscale alors qu’il occupait le poste de ministre des finances. Sans doute que Paul Martin aura pris exemple sur son homologue Jacques Chirac, chef d’état d’un autre pays francophone depuis dix ans, accusé d’avoir détourné de l’argent pendant plusieurs années et qui a fait voter une loi pour l’immunité du Président de la République.

Étant donné que Jean Chrétien, prédecesseur de Paul Martin, déclara que « le Québec a autant de chances de devenir souverain que Jacques Chirac de remporter la course à la présidence de la France », on peut penser qu’André Boisclair a de beaux jours devant lui. L’avenir nous le dira !

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